Impacts de la COVID-19 sur les enseignants du primaire et secondaire au Québec

Temps approximatif de lecture : 4 minutes

À la lumière de l’année 2020-2021, il apparait que l’école québécoise est une institution qui a démontré peu de résilience en temps de crise. L’équipe de recherche de la Chaire UNESCO de développement curriculaire de l’UQAM s’intéresse aux systèmes éducatifs à travers de monde qui sont en contexte d’éducation en situation d’urgence. Leur étude vise à évaluer les impacts de la crise liée à la pandémie dans le système québécois. Cet article constitue un aperçu de leurs données de recherche préliminaire.

Texte rédigé à partir du contenu de la conférence de Patrick Charland, professeur titulaire de la Chaire UNESCO de développement curriculaire à l’UQAM, Olivier Arvisais, professeur à l’UQAM, et Teqwen Gadais, professeur à l’UQAM, tenue lors du colloque virtuel Bilan d’une année scolaire en contexte de pandémie, organisé par la Fondation Jasmin Roy et Sophie Desmarais.

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Un contexte de crise globale

Comme l’équipe a pu le souligner dans une précédente conférence, l’UNESCO observe que la pandémie de COVID-19 a eu des impacts importants sur les élèves et les institutions scolaires : interruption des apprentissages, exacerbation des inégalités, adaptation requise des parents, etc.

Au cours de cette conférence, l’équipe de recherche s’intéressait plus précisément aux impacts sur les enseignants, en s’appuyant sur différentes données qui ont été dévoilées en cours de l’année scolaire 2020-2021.

Plus de 637 participants ont répondu à un questionnaire et certains ont participé à un entretien avec les chercheurs. L’équipe de chercheurs les a alors interrogé sur leurs inquiétudes, le stress vécu dans le cadre de leur fonction d’enseignant.e.s, leur sentiment d’efficacité personnel et leur degré de satisfaction à l’égard de la profession.

Quelques constats

Contraintes liées à l’enseignement en contexte COVID19

Bien que les données d’entretien n’avaient pas encore été complètement collectées et analysée, se dégagent déjà quelques constats qui seront à valider. D’abord, lors des entrevues et dans les questionnaires, il est à noter que les contraintes principales associées à l’enseignement étaient la gestion des mesures sanitaires (bulles, groupes, heure du repas, etc.) ainsi que la gestion du temps, et ce, pour le personnel enseignant du primaire et du secondaire. Plusieurs enseignants ont ensuite rapporté que les multiples changements amenaient des planifications bousculées et peu de temps était accordé à la mise à jour de leur enseignement ou l’intégration de nouveautés. À cela s’ajoute, dans le cas des enseignant.e.s du primaire, les enjeux d’organisation physique de la classe et de l’école et, dans le cas des enseignant.e.s du secondaire, les enjeux technologiques.

Perception d’effets négatifs de la COVID-19

Conformément aux précédents travaux de Turcotte, Giguère et Prévost (2021), les données collectées jusqu’ici semblent indiquer que les enseignants du primaire perçoivent le français comme la discipline où les élèves ont été impactés dans leurs apprentissages, surtout en matière de grammaire et d’écriture (orthographe). De leur côté, les enseignant.e.s du secondaire ont remarqué des effets négatifs de la COVID-19 sur : la capacité d’attention, la capacité d’attention et leur capacité à résoudre des problèmes et ce, toutes disciplines confondues.

Impacts sur l’enseignement

Au primaire

Lors de certains entretiens, l’équipe a remarqué que les contraintes rapportées ont eu des effets indirects sur l’enseignement et le fonctionnement de la classe. Par exemple, en réaction aux nécessités de désinfection du matériel et de mise en quarantaine, certains enseignants ont préféré éviter l’utilisation de matériel commun. Cela s’est traduit parfois dans le retrait du «coin lecture», moins de travail en équipe, ou encore la disparition des mesures de classe flexible.

Ainsi, le personnel enseignant s’est souvent tourné vers un enseignement plus magistral, avec un recours plus systématique aux cahiers d’exercices. Plus de temps a été accordé à l’enseignement explicite relatif à l’utilisation des technologies (ordinateur, logiciels, plateformes numériques, etc.), ceci afin de favoriser un gain d’autonomie chez les jeunes. L’équipe évoque aussi que le travail en équipe-école au primaire a été plus difficile, ce qui aurait eu un impact négatif important sur l’accompagnement et le soutien qu’ont reçu les enseignants.

Au secondaire

L’équipe rapporte que le contenu qualifié d’«essentiel» en mathématiques était couvert, mais d’autres contenus ont été un peu plus difficiles à aborder en classe avec les contraintes et à distance, comme par exemple, la géométrie et l’algèbre. Toutefois, les apprentissages des élèves inscrits en programmes enrichis semblaient moins fragilisés par ce traitement de la matière plus englobante.

Par ailleurs, d’autres disciplines ont vécu des problèmes logistiques, comme en Science et technologie, ce qui a nui au bon fonctionnement des cours. Les questions liées à l’utilisation du matériel pour les expérimentations scientifiques ou les conceptions technologiques ont été des entraves à leur bon déroulement ou à leur tenue effective.

Conclusion

En somme, les chercheurs soulignent que plusieurs problématiques préexistantes ont été exacerbées par la pandémie, comme la pénurie de personnel, le stress chez les enseignant.e.s et la variabilité des compétences du personnel des écoles. Néanmoins, d’autres facteurs ont contribué à forger la résilience du personnel enseignant : la souplesse dans l’enseignement, l’ouverture à l’innovation (technologique); les compétences technologies acquises en pré-pandémie.

Référence

Turcotte, C., Giguère, M-H. et Prévost, N. (2021). Le point de vue des enseignantes et enseignants du primaire sur la compétence à lire et à écrire de leurs élèves en contexte pandémique depuis septembre 2020. Rapport d’enquête. Montréal : Université du Québec à Montréal. Repéré à https://adel.uqam.ca/wp-content/uploads/2021/02/D-18096%20-%20Document_Point-de-vue-enseignant_VF-Web.pdf?_t=1614448101

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Dernière modification : 26 juillet 2021.

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