Les jeunes et les familles face à la COVID-19

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Quels sont les facteurs liés au développement de la résilience et des capacités d’adaptation des enfants et des jeunes de 6 à 17 ans? C’est ce qu’une équipe de recherche a voulu découvrir au cours de la dernière année. Plus précisément, elle avait pour objectif de déterminer et de décrire les facteurs individuels et interpersonnels qui ont influencé le développement de ces capacités en situation de stress social, comme ce fut le cas en 2020 et en 2021 en contexte de COVID-19. 

Texte rédigé à partir du contenu de la conférence des chercheuses Catherine Laurier et Katherine Pascuzzo, accompagnées de leur étudiant à la maîtrise Alex Labonté, présentée dans le cadre du colloque virtuel Bilan d’une année scolaire en contexte de pandémie, organisé par la Fondation Jasmin Roy et Sophie Desmarais.

Source de l’image : ShutterStock

Catherine Laurier et Katherine Pascuzzo sont toutes les deux professeures et membres du Groupe de recherche et d’intervention sur les adaptations sociales de l’enfance (GRISE) au département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke.

Plus de 188 parents d’enfants âgés de 6 à 17 ans ainsi que 156 adolescentes.es de 12 à 17 ans ont été recrutés pour cette étude. L’équipe a pu mener ses analyses quantitatives et qualitatives à partir des données recueillies à l’aide de questionnaires sociodémographiques et de questions ouvertes visant à mesurer la détresse chez les individus.

La détresse psychologique chez les adolescent.e.s

En utilisant les scores de l’Indice de détresse psychologique (Préville, Potvin et Boyer, 1995) des jeunes participants, les chercheuses se sont intéressées à une détresse autorapportée par les individus. Cet outil permet d’évaluer quatre dimensions de la détresse : la dépression, l’anxiété, l’irritabilité et les problèmes cognitifs.

Il en est ressorti que les symptômes dépressifs étaient les plus prévalents parmi les quatre dimensions étudiées chez les jeunes participants à l’été 2020. Cette tendance s’est maintenue à l’hiver 2021, voire intensifiée. En effet, les symptômes de dépression et d’anxiété étaient plus élevés à l’hiver 2021 comparé à l’été 2020. Cela pourrait s’expliquer par le prolongement des mesures sanitaires au Québec et le contexte d’incertitude par rapport au retour en classe.

Bien que l’équipe ne possède pas de mesure portant sur la détresse psychologique avant la pandémie de COVID-19, les chercheuses ont utilisé les données de Santé Québec pour établir un étalon de comparaison. Elles en arrivent donc à la conclusion que la détresse psychologique clinique a plus que doublé par rapport à l’année 2016-2017.

La détresse des parents d’enfants de 6 à 17 ans

Pour analyser la résilience en temps de pandémie, l’équipe de recherche a pris en considération quatre facteurs qui se combinent dans l’expérience individuelle de la pandémie : les facteurs personnels, le contexte économique et professionnel, la relation de couple ainsi que le soutien social. Ces facteurs, individuellement, expliquent uniquement une partie du processus de développement de la résilience, mais une fois mis en relation, ils permettent d’avoir une bonne vue d’ensemble.

Le niveau de détresse

Contrairement aux adolescents, c’est l’anxiété qui semblait être un symptôme prédominant pour les parents à l’été 2020. De plus, les niveaux de détresse (dépression, anxiété, irritabilité, problèmes cognitifs) étaient significativement plus élevés comparés aux moyennes de Santé Québec fournies pour ce groupe d’âge avant le déclenchement de la pandémie (Boyer, Préville, Légaré et Valois, 1993). Ainsi, 67 % rapportaient une détresse clinique lors des premiers mois de la pandémie.

Le dysfonctionnement familial

Le niveau de détresse des parents semble avoir affecté le bon fonctionnement du noyau familial dans trois volets précis.

  • Rôle : l’efficacité avec laquelle les tâches familiales sont attribuées et accomplies.
  • Investissement affectif : l’intérêt et la préoccupation qu’ont les uns pour les autres.
  • Communication : l’efficacité, l’étendue, la clarté et l’ouverture de l’échange d’informations.

Portrait global des facteurs pour favoriser la résilience

En croisant les données des questionnaires, plusieurs constats émergent.

  • La détresse psychologique est moins élevée lorsque le parent a un revenu plus élevé et qu’il bénéficie d’un soutien social.
  • Les problèmes de communication dans la famille semblent être moins présents chez les parents qui étaient en télétravail, qui avaient un réseau social, qui étaient plus heureux dans leur couple et qui présentaient moins de symptômes de détresse psychologique.
  • Quant au volet lié aux rôles dans la famille, moins de problèmes semblent émerger de familles où les parents avaient un soutien social (amis), où ils se sentaient plus heureux et où l’on rapportait moins de symptômes de détresse psychologique.
  • En ce qui concerne l’investissement affectif, l’équipe de recherche remarque que les parents s’investissent davantage s’ils éprouvent moins de symptômes de détresse psychologique.

À la lumière de ces résultats, le croisement de plusieurs facteurs explique cette « fatigue associée à la COVID-19 » rapportée par les parents. Les chercheuses rappellent l’importance du soutien social et du bonheur dans le couple pour combattre l’adversité.

La parole aux jeunes

La pandémie a demandé plusieurs adaptations aux jeunes, comme la manière de fréquenter l’école. En faisant une analyse qualitative de leurs réponses, il est possible de mieux comprendre la façon dont ils ont fait face à ces adaptations qui leur étaient demandées. Il est possible aussi de remarquer que les jeunes ont fait preuve d’une grande conscience sociale, notamment par un respect étroit des règles sanitaires, comme cela a été rapporté dans cette étude.

À l’hiver 2021, on remarque chez les jeunes des symptômes dépressifs associés à l’isolement, une tristesse liée à l’impression de « manquer » quelque chose de l’expérience normale en lien avec l’école ou de « passer à côté de quelque chose d’important ». De plus, des symptômes physiques de la dépression ont été rapportés par plusieurs : sommeil troublé, alimentation bouleversée, pleurs fréquents, etc.

La famille a été investie comme une manière d’avoir des liens sociaux malgré les restrictions sanitaires. Le contact avec les animaux de compagnie a aussi été souligné comme façon de composer avec le manque de contact social. En contrepartie, les jeunes ont le sentiment d’avoir moins de relations sociales en dehors de la famille, comme les liens tissés de manière informelle à l’école.

Conclusion

Il semble que le noyau familial se soit avéré très important comme soutien dans le contexte de la pandémie de COVID-19. L’hiver 2021 a fait apparaître une aggravation des symptômes dépressifs chez la population adolescente.es. Selon l’équipe de recherche, il sera donc important d’agir dans la prochaine année dans une perspective post-traumatique avec les jeunes et les familles afin de réduire les effets des symptômes dépressifs et l’effritement des relations sociales.

Références

Boyer, R., Préville, M., Légaré, G. et Valois, P. (1993). La détresse psychologique dans la population du Québec non institutionnalisée : résultats normatifs de l’enquête Santé Québec [Psychological distress in the noninstitutionalized population of Quebec: Normative Results from the « Quebec Health » survey]. The Canadian Journal of Psychiatry/La Revue canadienne de psychiatrie, 38(5), 339-343.

Préville, M., Potvin, L. et Boyer, R. (1995). The Structure of Psychological Distress. Psychological Reports, 77(1), 275‑293. https://doi.org/10.2466/pr0.1995.77.1.275

Traoré, I., Julien, D., Camirand, H., Street, M.-C. et Flores, J. (2018). Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2016-2017. Résultats de la deuxième édition. L’adaptation sociale et la santé mentale des jeunes. (p. 189) Repéré à https://bdso.gouv.qc.ca/docs-ken/multimedia/PB01670FR_EQSJS_2016_2017H00F02.pdf

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Dernière modification : 21 juin 2021.

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