Prévenir la violence à l’école et le décrochage du même coup!

par Rosalie Poulin, doctorante en psychopédagogie et Claire Beaumont, Ph.D Professeure-chercheure Université Laval, Québec

La violence a pris une place importante dans les débats collectifs alors que les événements de violence qui surviennent en milieu scolaire sont largement médiatisés. La société québécoise, de plus en plus consciente des conséquences, cherche des moyens concrets pour agir dans l’intérêt des élèves et de tous ceux qui évoluent en milieu scolaire.

C’est ainsi que le Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) a mis en place en 2008 un plan d’action visant à prévenir le phénomène dans les écoles1. Tout récemment, un projet de loi a aussi été voté, obligeant les adultes évoluant en milieu scolaire à agir concrètement contre cette violence2. Cette nouvelle loi demande notamment aux établissements scolaires de déposer un plan de lutte contre l’intimidation et la violence dans leur milieu intégrant les mesures de prévention, de suivi et d’encadrement pour faire face au phénomène. Par ailleurs, l’Université Laval, en partenariat avec le MELS, a inauguré en juin 2012 une toute nouvelle Chaire de recherche sur la sécurité et la violence en milieu éducatif qui visera notamment à mieux suivre le phénomène au fil des ans et à accroître les connaissances pour orienter les interventions.

À ce jour, certaines recherches ont cependant permis de faire ressortir des éléments de réflexion pouvant orienter des interventions efficaces pour prévenir la violence et favoriser la réussite scolaire des élèves.

Être victime de violence à l’école : un obstacle à la réussite et à la persévérance scolaires

Les adolescents victimes de violence par leurs pairs en milieu scolaire éprouvent différents problèmes au niveau social et psychologique (baisse d’estime de soi, solitude, dépression) pouvant mener aux idées suicidaires et au passage à l’acte3 4 . Il est possible que les victimes de violence éprouvent une baisse de motivation scolaire, des problèmes de mémoire et de distraction pouvant causer des difficultés d’apprentissage et même des échecs scolaires. Par ailleurs, la peur extrême de fréquenter l’école peut être la source d’un désengagement face au milieu scolaire allant jusqu’à l’absentéisme chronique 5. Ces élèves victimes de violence doivent alors continuer leur scolarisation en faisant face à de sérieux obstacles qui risquent d’affecter leur réussite et leur persévérance scolaires, influençant leurs chances d’accéder à un diplôme. Certains d’entre eux sont en effet susceptibles de décrocher du système scolaire puisque l’expérience scolaire devient alors trop pénible6. C’est pourquoi il est nécessaire d’agir en amont afin de prévenir les échecs répétés et le décrochage scolaire non seulement pour ces élèves qui sont victimes à répétition de la violence de leurs pairs, mais aussi pour favoriser l’adaptation scolaire et sociale de tous les jeunes qui fréquentent les établissements d’enseignement.

Agir sur le climat scolaire pour prévenir la violence et le décrochage scolaires

Puisque les victimes de violence à l’école sont plus à risque d’abandonner leurs études avant l’obtention d’un diplôme, des efforts constants doivent être faits pour agir en prévention et créer des environnements d’apprentissage sécuritaires et stimulants. De plus, comprendre les facteurs pouvant influencer le niveau de violence dans les milieux éducatifs peut permettre de mieux planifier les interventions.

Parmi ces facteurs, la qualité du climat scolaire d’un établissement a été reconnue par plusieurs chercheurs comme ayant une influence importante sur le niveau de violence et la réussite scolaire des élèves7 8. Par définition, le climat scolaire fait référence à la qualité des relations interpersonnelles dans le milieu (entre adultes, entre élèves et entre élèves et adultes) de même qu’à la qualité de l’environnement physique et organisationnel. La participation et la collaboration de tous dans la vie de l’école, ainsi que le partage de buts, croyances et valeurs favorisent aussi grandement le développement du sentiment de sécurité et de justice qui règne au sein de l’établissement9 10 11.

Certains éléments du climat scolaire contribuent à prévenir la violence alors que d’autres préviennent le décrochage scolaire. Toutefois, il existe des facteurs de prévention communs à ces deux problématiques tels que l’établissement d’une relation enseignant-élève positive, des interventions justes et équitables envers tous, des activités qui invitent la participation à la vie scolaire et la collaboration entre élèves, un encadrement sécurisant qui fournit un milieu sécuritaire et l’importance accordée à la propreté et au respect des lieux physiques.

S’inspirer de ces éléments du climat scolaire pour orienter les interventions constitue une force d’action plus efficace et un moindre effort d’intervention si on vise à créer un environnement non violent et à diminuer du même coup les risques de décrochage scolaire dans un établissement. En contexte scolaire actuel où les ressources sont limitées, il faut donc miser sur des interventions qui ont le potentiel d’atteindre plus d’un objectif à la fois. Par ailleurs, certains principes d’action peuvent être mis de l’avant en s’inspirant des résultats de la recherche qui soutiennent l’importance de miser sur la qualité du climat scolaire7 afin de diminuer les obstacles à la sécurité des élèves et d’optimiser leurs chances de réussite scolaire et de diplomation.

Des principes d’action à retenir pour décupler les effets des interventions

Certains constats concernant le climat scolaire peuvent ainsi être réinvestis afin d’orienter les actions pour prévenir à la fois la violence et le décrochage scolaire.

  • Une relation enseignant-élève perçue par l’élève comme étant positive, soutenante, chaleureuse, encourageante, où l’adulte croit au potentiel de tous les élèves. Ceci aura une influence positive sur le niveau de violence et la réussite des élèves. Les élèves se sentiront accompagnés et soutenus par leur enseignant créant ainsi un climat sécurisant.
  • Un climat de justice, où les élèves ont l’impression que les intervenants scolaires agissent de manière équitable envers tous. Que ce soit au niveau des interventions liées au comportement ou pour celles concernant l’évaluation des travaux et examens, un climat de justice diminue les risques d’escalade de la violence et favorise la réussite des apprenants.
  • Un milieu qui invite la participation et la collaboration des élèves, où ces derniers font partie du processus décisionnel de l’école. Tant au plan des règles de vie que du choix des activités scolaires, la collaboration et la participation améliorent le sentiment d’appartenance face à leur milieu. Cela aura pour effet un plus grand respect des élèves quant aux règles et consignes mises en place, contribuera à faire diminuer le niveau de violence et favorisera les apprentissages et la réussite scolaire.
  • Un milieu sécuritaire, où les élèves ont le sentiment de pouvoir circuler, vivre et apprendre en toute sécurité est un facteur de protection contre la violence et le décrochage. La mise en place d’une politique de non violence au niveau de l’école, élaborée en concertation avec le milieu scolaire (direction, enseignants, non enseignants, élèves), la famille et les organismes communautaires désirant s’impliquer, est une première action qui favorise l’adhésion de tous vers une compréhension commune du phénomène. Cette politique doit être connue de tous, appliquée justement et rigoureusement.
  • Un milieu scolaire où la propreté et le respect des lieux physiques (intérieur et cours d’école) règnent, contribue à améliorer le climat scolaire. Lorsque par exemple on appose des publicités et autres affiches (faites par les élèves) visant à promouvoir les valeurs de l’école et les comportements prosociaux (ex. : entraide, empathie, respect des différences, etc.), cela favorisera le sentiment de respect et pourra contribuer à faire diminuer le niveau de violence et les conséquences qui en découlent.

Bref, de petits gestes quotidiens peuvent contribuer à développer les comportements prosociaux, le sentiment de sécurité et de justice, la collaboration et la participation de tous à la vie de l’école et à améliorer la qualité des relations interpersonnelles dans l’école. Évoluer dans un climat sain, positif et pacifique permettra aux élèves d’être plus disponibles aux apprentissages qui les mèneront vers le chemin de la persévérance et de la réussite scolaires.

Références

1

      Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS, 2008). La violence à l’école : ça vaut le coup d’agir ensemble! Plan d’action pour prévenir et traiter la violence à l’école 2008-2011. Québec : Gouvernement du Québec.

2

      Beauchamp, L. (2012). Projet de loi no 56 : Loi visant à prévenir et à combattre l’intimidation et la violence à l’école. Québec : Ministère de l’Éducation du Loisir et du Sport, Gouvernement du Québec.

3

      Beran, T. N., Hughes, G. et Lupart, J. (2009). A model of achievement and bullying: analyses of the Canadian National Longitudinal Survey of Children and Youth data. Educational Research, 50 (1), 25-39.

4

      Blaya, C. (2010). Décrochages scolaires. L’école en difficulté. Bruxelles: Éditions De Boeck.

5

      Beale, A. V. (2001). Bullybusters : Using drama to empower sudents to take a stand against bullying behavior. Profesionnal School Counseling, 4, 300-306.

6

      Lessard, A., Butler-Kisber, L., Fortin, L., Marcotte, D., Potvin, P. et Royer, É. (2008).

 

      Shades of disengagement: high school dropouts speak out. Social Psychology of Education, 11, 25-42.

7

      Debarbieux, E. (2011). Climat scolaire et prévention de la violence. Les cahiers de la

 

      sécurité à l’école, 16, 14-21, France, Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice (INHESJ).

8

      Laufer, A. et Harel, Y. (2003). The role of family, peers and school perceptions in predicting involvement in youth violence. International Journal of Adolescent Medicine and Health, 15 (3), 235-244.

9

      Cohen, J., McCabe, L., Michelli, N. M. et Pickeral, T. (2009). School climate: Research, policy, practice and teacher education. Teachers College Record, 111, 180-193.

10

      Janosz, M., Georges, P. et Parent, S. (1998). L’environnement socioéducatif à l’école secondaire: un modèle théorique pour guider l’évaluation du milieu. Revue canadienne de psychoéducation, 27 (2), 285-306.

11

    Ma, X, Stewin, L. L. et Mah, D. L. (2001). Bullying in school: nature, effects and remedies. Research Papers in Education, 16 (3), 247-270.

Le Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE) diffuse de l’information susceptible de répondre aux besoins des acteurs de la réussite éducative. Cette information est repérée grâce aux activités de veille du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ)