Améliorer les relations humaines grâce à la zoothérapie

La zoothérapie a pour but de solliciter la relation à l’animal pour apporter des réponses à des besoins humains. Elle part du postulat que la mécanique à l’œuvre dans les relations entre les humains et les animaux est la même que dans le rapport des humains entre eux. Par conséquent, en travaillant sur les habiletés relationnelles avec l’animal, il est raisonnable de croire que ce travail pourra améliorer le comportement d’humain à humain.

La zoothérapie sollicite les sens, le corps, l’action motrice et pas uniquement la pensée rationnelle. C’est pourquoi elle est particulièrement bien adaptée aux groupes cibles les plus jeunes. De plus en plus populaire à partir du milieu des années 2000, elle s’adresse surtout aux clientèles chez qui les interventions plus traditionnelles fonctionnent moins bien.

Cette collaboration ne compte pas uniquement sur la présence de l’animal en classe. La zoothérapie suppose une triade thérapeutique, explique cette dernière : une personne en besoin, un animal sélectionné en fonction de critères spécifiques et un intervenant formé en conséquence qui va piloter l’intervention entre l’humain et l’animal pour atteindre des objectifs bien précis.

« En observant un enfant entrer en relation avec l’animal, je peux faire une lecture directe et très claire des difficultés relationnelles qu’il éprouve. En cernant rapidement le problème dans ses façons de faire, je peux donc déjà aider l’enfant. Et lui-même est capable, en discutant de la situation, de voir les choses qui clochent dans son comportement. », remarque Anne-Françoise Doré, enseignante-participante.

Développer aussi des habiletés liées aux fonctions exécutives

Outre les compétences sociales des enfants, le projet de recherche avait pour but d’améliorer certaines habiletés liées aux fonctions exécutives, soit des fonctions cognitives qui permettent, entre autres, d’adapter le comportement à un contexte donné mais aussi à résoudre des problèmes, à contrôler l’impulsivité ainsi que les émotions ou à être attentif sans se laisser distraire.

Par exemple, dans le cadre du projet de recherche, l’enfant était appelé à décoder le langage de communication de l’animal et à en tenir compte lorsqu’il voulait entrer en contact avec lui. Il devait gérer son impulsivité et respecter la réponse du chien pour réussir à avoir une bonne relation avec lui ou à se faire obéir.
Généralement les enfants arrivent entre eux à comprendre le pourquoi du comportement et du choix des animaux et à en tirer des leçons.

Il est clair que ces habiletés liées aux fonctions exécutives, avec lesquelles les enfants qui présentent des problèmes de comportement ou une déficience intellectuelle ont de la difficulté, peuvent influencer de façon importante le développement de leurs compétences sociales.

Une approche adaptée aux besoins des milieux

Il n’a pas été difficile de convaincre madame Anne-Françoise Doré, enseignante en 4e année à l’école Antoine-De-St-Exupéry, une école située en milieu défavorisée, de se joindre à l’équipe de recherche. « Je me suis dit que l’expérience pouvait être intéressante pour des enfants qui éprouvent des difficultés de comportement comme certains avec lesquels je travaille ». Les enfants sont très près des animaux, explique-t-elle, et on peut obtenir de beaux résultats avec eux en utilisant des animaux. Les effets du programme sur le comportement des enfants ont pu être observés au quotidien.

Avant d’amener les chiens en classe, il y a toute une logistique à prévoir et des mesures de sécurité et d’hygiène à respecter. Au préalable, un volet de formation a aussi été prévu pour les sept intervenants participant au projet : trois enseignantes, trois techniciens en éducation spécialisée et une psychoéducatrice. Ces personnes ont pris part à une journée de formation et une autre d’ateliers expérientiels, c’est-à-dire qu’elles ont été mises dans la même situation que les enfants et ont réalisé des exercices de zoothérapie. De cette façon, elles ont été en mesure de comprendre « de l’intérieur » les rapports avec les animaux et leurs effets possibles sur le comportement des enfants.

Il faut le souligner, précise Emmanuelle Fournier-Chouinard, cette dimension du projet de recherche est très novatrice. On se contente souvent d’une présentation PowerPoint pour expliquer une approche aux participants. Nous, on a fait vivre l’expérience aux intervenants. C’est autre chose, ajoute-t-elle.

Plutôt que de proposer un programme « clé en main », souvent mal adapté à la réalité, les chercheures ont opté pour un processus plus dynamique de co-construction avec les intervenants au fur et à mesure de la progression du projet. Cette approche a permis d’identifier les besoins particuliers des classes, d’ajuster les façons de faire en fonction des réalités de chacune et de fournir une rétroaction intéressante aux intervenants. Ainsi, le programme n’a pas été appliqué exactement de la même façon dans le groupe d’Anne-Françoise que dans la classe où il y avait des jeunes ayant une déficience intellectuelle.

Collaborer à rendre les enfants disponibles aux apprentissages

Au départ, nous avons présenté le projet aux membres du conseil d’établissement et aux parents, précise Karine-N. Tremblay. Il fallait aller les chercher comme partenaires si on voulait maximiser les impacts du programme, explique-t-elle. Un carnet de route personnalisé a été élaboré pour chaque enfant et ce carnet a permis aux parents de suivre leur progression dans le projet.

Nous avons obtenu une très grande adhésion de la part des parents lors des séances d’information. Dans le milieu où je travaille, les parents ne participent pas beaucoup aux rencontres, précise madame Doré, mais dans ce cas-ci, nous avons constaté un réel intérêt pour le projet. Leur collaboration a été très appréciable.

Outre les rencontres de suivi et de bilan avec les intervenants, le projet a donné lieu à une cérémonie de clôture en présence des enfants, des parents, du personnel participant, des chercheures et des chiens, bien sûr. À l’occasion de cette célébration, qui s’est déroulée dans le grand amphithéâtre de l’UQAC, les enfants ont reçu une attestation de participation et tous les collaborateurs ont été remerciés pour leur contribution, y compris les compagnons à quatre pattes!

Pour le moment, l’analyse des résultats de la recherche n’est pas complétée. Plusieurs mesures ont été prises cependant, à partir de questionnaires et d’entrevues individuelles, qui indiquent que l’expérience a certainement développé chez les intervenants scolaires un autre regard sur les élèves, un regard plus attentif au langage du corps et des sens. De plus, le programme devrait se poursuivre dans l’une des écoles participantes.

L’équipe de recherche a surtout réalisé qu’il importe de travailler tous ensemble à mettre en œuvre les conditions nécessaires pour que les jeunes soient disponibles aux apprentissages. Il faut le dire, note madame Doré, il y a beaucoup à faire pour bien préparer les enfants à apprendre, ce qui implique qu’on s’occupe d’abord de la gestion de leurs émotions et de leurs comportements.

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Karine-Nancy Tremblay

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