Un cheminement dans le désordre

En règle générale, les futurs enseignants du régulier commencent par suivre une formation initiale, incluant quatre stages, ce qui leur permet de s’intégrer graduellement au monde de l’enseignement. Ils font ensuite une recherche d’emploi, arrivent sur le marché du travail et idéalement, trouvent une situation stable dans un milieu où ils vont se sentir à l’aise.


Pour les enseignants de la formation professionnelle, le parcours est différent. Il ne correspond pas nécessairement à cette succession des différentes étapes. Ils vivent bien souvent ces étapes dans le désordre.
En effet, leur cheminement débute souvent par la phase de l’insertion professionnelle. C’est seulement ensuite qu’ils s’inscrivent au baccalauréat en enseignement. Tout en apprivoisant la culture organisationnelle de leur nouveau lieu de travail, qu’ils ne connaissent généralement pas, les nouveaux enseignants sont appelés à réaliser des tâches qu’ils découvrent au fur et à mesure qu’ils les accomplissent. Ils sont donc tenus, en quelques sortes, d’apprendre sur le tas, en amorçant en même temps un parcours de formation universitaire à temps partiel. Ouf!

Il faut ajouter que les enseignants en formation professionnelle sont souvent engagés à la dernière minute, soit pour combler un besoin immédiat, un remplacement de dernière minute, ou pour répondre à quelques semaines d’avis, à une augmentation des inscriptions à un programme. Il n’est pas rare que, durant un certain temps, des personnes connaissent un va et vient entre leur carrière d’enseignant et l’exercice de leur métier professionnel, à cause de contrats temporaires. Cette instabilité très exigeante complique encore leur insertion dans le milieu de l’enseignement.

Dans un article publié en 2010, les chercheurs expliquent comment l’insertion professionnelle des nouveaux enseignants constitue un passage difficile entre l’exercice d’un métier, où les individus sont reconnus comme des experts, et le milieu de la formation professionnelle, dans lequel ils sont considérés comme des débutants, non qualifiés et inexpérimentés. Malgré les efforts déployés par les centres de formation professionnelle pour faciliter l’entrée en poste des nouveaux enseignants, ceux-ci manquent de soutien et éprouvent des problèmes d’adaptation à leur nouveau contexte de travail.

Soutenir les enseignants en période de transition

La situation que vivent les nouveaux enseignants en formation professionnelle suppose beaucoup plus qu’un simple changement de travail, fait remarquer Armand Gaudreault, un étudiant à la maîtrise en sciences de l’éducation à l’UQAC, dont le mémoire, réalisé sous la direction de la professseure Sandra Coulombe, porte sur l’identité professionnelle. Lui-même enseignant en électricité au Centre de formation professionnelle de Jonquière, il participe également au projet de recherche-action sur l’insertion professionnelle comme personne-ressource et accompagnateur.

La démarche de recherche mise en œuvre par madame Coulombe et ses collègues vise à identifier les besoins des nouveaux enseignants dans le cadre de leur insertion en emploi et les obstacles auxquels ils doivent faire face. Le projet a également pour but d’examiner les pratiques d’accompagnement existantes dans les centres de formation. Certains sont très bien organisés pour accueillir et soutenir les nouveaux enseignants, explique la chercheure. « On voulait ajouter un moyen transversal de soutien à ce qui existe déjà afin de mieux répondre aux demandes des nouveaux enseignants ».

« J’ai proposé un projet à un groupe de partenaires composé de directeurs de commissions scolaires, de directeurs de centre de formation professionnelle, de conseillers pédagogiques, d’enseignants en FP, groupe qui représentait les quatre commissions scolaires de la région du Saguenay – Lac Saint-Jean, , etc. Tout le monde a adhéré au projet. » Il a reçu un financement du Consortium régional de recherche en éducation.

Les résultats de la recherche devaient permettre d’atténuer les problèmes rencontrés, de proposer des principes et des stratégies d’accompagnement pour une intégration réussie des nouveaux enseignants et d’adapter le programme de baccalauréat en enseignement professionnel.

Des entrevues menées auprès de nouveaux enseignants à la formation professionnelle et aussi d’autres intervenants du milieu ont permis de faire plusieurs constats. Les nouveaux enseignants qui arrivent en poste sans être suffisamment préparés éprouvent des difficultés à planifier leur enseignement, à comprendre les différentes dimensions de leur nouveau métier et à gérer les comportements des élèves en classe.

L’analyse des obstacles qui ont été décrits par les répondants a ensuite permis de proposer des pistes de solution à appliquer pour mieux aider les nouveaux enseignants et leurs accompagnateurs, notamment en répondant rapidement aux besoins urgents et ponctuels de planification de l’enseignement, de gestion de classe, etc. C’est ainsi qu’une communauté de pratique a semblé l’approche appropriée à ces besoins de soutien.

Une communauté de pratique comme mesure de soutien à l’insertion

Au début, explique monsieur Gaudreault, les conseillers pédagogiques et les enseignants d’expérience intéressés à agir comme personnes ressources ont été réunis sur une plateforme virtuelle. Les nouveaux enseignants étaient invités à leur poser des questions en ligne et devaient recevoir une réponse de la personne ressource ciblée. Le projet-pilote a duré à peine deux mois et n’a pas vraiment eu le succès attendu.

Pourquoi? Les chercheurs croient que le dispositif ne répondait pas aux besoins immédiats, soit à l’instant même où la demande était réalisée. Lorsque les participants exposent leur problème, c’est vraiment dans l’urgence, ajoute-t-il. Il ne faut pas non plus négliger l’importance des embûches technologiques qui en a découragé plusieurs, peu familiers avec un micro-ordinateur et le branchement à un forum virtuel.

« Pour que la communauté de pratique puisse fonctionner, il faut qu’elle réponde à un réel besoin. Il faut aussi que les gens soient conscients que le forum répond à un de leurs besoins. Parfois, les participants pensent, certainement à tort, que cela ne va pas leur servir, parce qu’ils sont capables de trouver des réponses autour d’eux, dans leur milieu. Mais la communauté de pratique permet d’élargir leur horizon. »
Armand Gaudreault, accompagnateur

Nous n’avons pas baissé les bras après ce premier projet-pilote et nous avons mis sur pied une nouvelle communauté de pratique en ligne, mais cette fois, dans le cadre d’un cours au baccalauréat en enseignement professionnel dans lequel plusieurs nouveaux enseignants étaient réunis, raconte Sandra Coulombe. « Nous voulions voir quel bénéfice pouvait-on tirer de la communauté de pratique, quels apprentissages et quelles compétences les enseignants pouvaient développer au cours de cette nouvelle expérience ».

Le second projet-pilote s’est avéré un succès : 450 messages transmis en trois mois dans un groupe comptant une cinquantaine d’étudiants. C’est beaucoup. Il faut dire qu’il y avait un fort incitatif : la participation était notée, indique la chercheure. Mais les étudiants sont allés bien au-delà des paramètres fixés et des attentes de participation, ajoute-t-elle.

Des bénéfices pour les nouveaux enseignants

Au cours de la seconde expérimentation, nous avons constaté que les participants ne cherchaient pas nécessairement des réponses à leurs questions, relate Armand Gaudreault. Le forum virtuel a plutôt aidé les nouveaux enseignants à s’entraider en partageant leurs expériences et leur vécu. Les participants ont déclaré que les échanges à distance leur avaient permis de développer leurs compétences en écriture et leurs habiletés dans l’utilisation des nouvelles technologies. Comme le confie l’un d’entre eux : « Plus j’utilise les technologies, plus je les apprécie. »

De plus, ajoute Sandra Coulombe, plusieurs personnes ont signalé que l’expérience leur permettait de réfléchir sur leurs propres pratiques. Faire une réflexion sur sa pratique, souligne-t-elle, c’est un gain important lorsqu’on est un nouvel enseignant.

Le prochain projet de recherche de madame Coulombe poursuit le même objectif : soutenir les nouveaux enseignants en FP. Il vise la mise en place de groupes de co-développement où les nouveaux enseignants et des accompagnateurs échangeront en face à face de façon à répondre plus immédiatement aux besoins des nouveaux enseignants. Ce mécanisme se veut un support complémentaire aux pratiques d’accompagnement déjà en place dans les centres. L’expérience est à suivre.

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