Perspectives pédagogiques de l’imitation de gestes musicaux

Temps approximatif de lecture : 3 minutes

Par : Julie Raymond, doctorante Université Laval

Vous serez peut-être étonné d’apprendre que l’imitation est au centre d’apprentissages tels que parler, boire dans un verre, manger avec une fourchette. L’imitation est même centrale pour réaliser des apprentissages plus complexes comme l’acquisition des compétences socioémotionnelles. En effet, comme le rapporte une équipe de recherche menée par Manuela Filippa de l’Université de Genève, l’imitation s’avère fondamentale durant la petite enfance pour acquérir des compétences linguistiques, sociales et émotionnelles Filippa, Monaci, Young, Grandjean, Nuti et Nadel, 2020).

Source de l’image: Shutterstock

Les nouveau-nés imitent les expressions faciales et les mouvements du corps, comme ceux des doigts. L’imitation enrichit ainsi l’inventaire de gestes et d’actions que l’enfant acquiert en regardant ou en écoutant les autres. Pour leur part, les nourrissons imitent les gestes, les sons et les rythmes de la voix d’une autre personne. Ils répondent même à leur mère lorsqu’elle leur parle avec une voix chantante en agençant leurs mouvements de façon rythmique. En ce sens, l’imitation est non seulement un processus complexe, mais aussi un phénomène interpersonnel qui implique un engagement émotionnel.

En solo

Lorsque les poupons créent des sons à partir d’objets tels un trousseau de clés ou une cymbale, ils font des mouvements répétés avec des variations simples. Quand un son retient leur attention, ils restent immobiles pendant quelques secondes et, souvent, lancent un regard vers un auditeur potentiel pour partager leur découverte importante. Attirés par ce nouveau son, ils continuent à explorer leur environnement en répétant et en variant la création sonore. Cette exploration est une source fondamentale d’apprentissage : ils développent de nouveaux gestes qui produisent des sons aussi appelés gestes musicaux et ils élargissent leur répertoire de mouvements.

En ensemble

Dans une série d’études effectuée par un membre de l’équipe de Filippa, Jacqueline Nadel, de Sorbonne Université, a présenté des objets identiques ou différents à des groupes de deux ou trois enfants. Lorsqu’on leur présentait des objets identiques, les enfants le tenaient en main plus longtemps, portaient davantage attention aux actions de leur partenaire, tenaient et lâchaient l’objet généralement en même temps et jouaient à tour de rôle avec une grande symétrie entre celui qui imite et celui qui est imité. Cela n’a pas été observé lorsque des objets différents leur ont été présentés. Ces résultats pointent vers l’existence d’une communication non verbale qui émerge avant le langage et qui implique des tours de rôles, une attention partagée et une synchronie.

Les chercheurs pensent donc que lorsque l’enfant crée des sons en interaction avec un pair à l’aide d’objets musicaux identiques, chaque partenaire profiterait des découvertes de l’autre. Il élargirait son répertoire de mouvements en écoutant et en imitant les sons joués. Il apprendrait, tout en communiquant en même temps.

Émotion et affiliation

Cette communication par les gestes musicaux est importante, car ceux-ci correspondent à l’émotion exprimée et sont ainsi un véhicule universel d’expression des émotions. Interagir avec des pairs ou des adultes en créant des sons implique ainsi des aspects émotionnels qui peuvent aider les enfants à mieux comprendre les interactions sociales. Le partage d’expériences émotionnelles peut aussi amener l’enfant à utiliser les émotions pour réguler les interactions sociales.

De plus, l’imitation de rythmes et de gestes de manière synchrone, c’est-à-dire en même temps, a aussi des effets positifs sur les processus d’affiliation et sur les comportements prosociaux durant la petite enfance. En effet, bouger ensemble au son de la musique augmenterait le sentiment de se sentir proche de l’autre, de se soucier de lui et de vouloir l’aider.

En contexte éducatif

En faisant des gestes sonores, comme taper des mains, secouer un hochet ou frapper un tambour, l’enfant développe son répertoire de mouvements. L’aspect sonore lui permet d’entendre les sons produits par une autre personne, de tenter de les imiter et de se synchroniser. Selon l’équipe de recherche, il est important de réfléchir au choix d’activités et d’objets sonores présentés aux enfants en contexte d’apprentissage. Susciter l’exploration et l’imitation de gestes musicaux en présentant des objets musicaux identiques dès la petite enfance pourrait influencer non seulement le développement musical, mais aussi l’apprentissage et les habiletés de communication socioémotionnelles.

 

Ce texte est une vulgarisation de l’article suivant:

Filippa, M., Monaci, M. G., Young, S., Grandjean, D., Nuti, G. et Nadel, J. (2020). Shall we play the same? Pedagogical perspectives on infants’ and children’s imitation of musical gestures. Frontiers in Psychology, 11. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2020.01087

 

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