Le coenseignement : une avenue pour favoriser l’inclusion et la collaboration

Par : Audrey Leblanc, doctorante à l’UQAM

Avec l’intégration des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (EHDAA) en classe ordinaire, les milieux scolaires ont vu les besoins se multiplier. Les diverses ressources professionnelles, notamment les orthopédagogues, ont alors observé un accroissement des demandes d’aide. Afin de favoriser l’inclusion et la réussite de tous les élèves, plusieurs milieux scolaires ont repensé l’organisation des services qui leur sont destinés et ont opté pour la mise en place de pratiques collaboratives telles que le coenseignement entre le personnel enseignant et les orthopédagogues.

Dans le cadre d’une recherche-action-formation, 4 chercheuses de l’Université du Québec à Montréal ont collaboré avec 3 orthopédagogues et 14 enseignants et enseignantes provenant de 3 écoles montréalaises ayant implantés le coenseignement en classe. Cette équipe de recherche a ainsi pu décrire, à la suite d’entretiens avec les orthopédagogues, les pratiques de coenseignement, ses facilitateurs et les obstacles à son utilisation pour enfin proposer quelques pistes afin de faciliter l’implantation de cette approche en classe.

Source de l’image: Shutterstock

Qu’est-ce que le coenseignement?

Selon Friend et Cook (2016), « le coenseignement peut être défini comme un travail pédagogique commun, dans un même temps et un même espace, de deux enseignants ou d’un enseignant et d’un professionnel (p. ex. : orthopédagogue), ceux-ci partageant les responsabilités éducatives d’un groupe d’élèves pour atteindre des objectifs spécifiques communs ». Bien que les configurations du coenseignement soient multiples (p. ex. : enseignement en ateliers, enseignement parallèle, etc.), chacune d’entre elles exige des dyades une planification et un enseignement en commun. On relève de nombreux avantages au coenseignement. Entre autres, il faciliterait l’inclusion au moyen de pratiques pédagogiques efficaces et il soutiendrait le développement professionnel des intervenants qui le pratiquent.

Les pratiques de coenseignement

Dans le cadre d’entretiens, les trois orthopédagogues, qui ont participé à toutes les étapes de la recherche pendant l’année scolaire entière, ont pu partager leurs points de vue avec l’équipe de recherche à propos de leur expérience de coenseignement. Ils ont d’abord mentionné qu’ils concevaient le coenseignement comme un travail d’équipe et de collaboration où les forces de chacun peuvent être exploitées afin de planifier et d’enseigner des stratégies pédagogiques et des contenus disciplinaires. La concertation est également un élément-clé du coenseignement, celle-ci permettant de planifier et d’atteindre des objectifs partagés par les deux intervenants. Enfin, les orthopédagogues indiquaient que le coenseignement les a conduits à modifier leurs pratiques orthopédagogiques habituelles pour répondre davantage aux besoins des élèves. D’ailleurs, ils affirmaient qu’il en a été de même pour les enseignants et enseignantes qui, grâce à la collaboration instaurée, leur communiquaient plus aisément leurs besoins d’accompagnement.

Les facilitateurs et les défis du coenseignement

Les orthopédagogues ont relevé divers facilitateurs à la mise en place du coenseignement en classe. Parmi ceux-ci figurent :

  • la coplanification et le temps nécessaire pour la réaliser;
  • des temps de régulation, de rétroaction mutuelle;
  • le fait de détenir certaines qualités personnelles telles que la souplesse, la diplomatie, l’ouverture, etc.;
  • le non-jugement et le respect afin de faciliter les liens dans les dyades.

 

Bien que le coenseignement semble une approche profitable pour tous les élèves, son implantation comporte quelques défis. Ainsi, les orthopédagogues ont mentionné le manque d’organisation et la nécessité de bien définir les rôles au sein de la dyade. Par exemple, certains orthopédagogues ont précisé qu’ils avaient parfois de la difficulté à situer leur rôle envers les enseignants et enseignantes, à savoir s’ils agissaient davantage comme des conseillers pédagogiques plutôt que comme des orthopédagogues. Enfin, le coenseignement provoque un changement de culture dans une école relativement aux pratiques orthopédagogiques. Cela peut constituer un défi pour les orthopédagogues qui veulent démontrer que d’intervenir en classe plutôt que de « sortir des élèves » est également efficace.

Conclusion

Le coenseignement semble l’une des avenues à privilégier pour répondre aux multiples besoins des élèves en classe ordinaire et pour favoriser la collaboration entre les divers intervenants scolaires. Le travail d’équipe amorcé par le coenseignement permet de jumeler les forces de chacun afin d’offrir un enseignement plus efficace aux élèves et soutenir leur réussite éducative. Se réserver du temps pour planifier, se concerter, s’organiser et se réguler semble essentiel afin que s’implante un coenseignement bénéfique à tous, élèves comme intervenants scolaires.

 

Références

Dubé, F., Cloutier, É., Dufour, F. et Paviel, M.-J. (2020). Coenseignement orthopédagogue-enseignante et orthopédagogue-enseignant : l’expérience de trois écoles primaires montréalaises. Éducation et francophonie, 48 (2), 35-56.

Friend, M. P. et Cook, L. (2016). Interactions: Collaboration skills for school professionals (8e éd.). Pearson Education.

 

Ce texte s’ajoute à une série de textes thématiques sur le coenseignement et l’insertion professionnelle. En ce début d’année scolaire, l’idée étant de proposer des perspectives documentées qui peuvent faire la différence au quotidien dans la classe.

 

 

 

Dernière modification : 23 août 2021.

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