Le coenseignement : les bénéfices semblent bien réels

Texte rédigé par: Laura-Ève Gagnon, Enseignante, bachelière en éducation préscolaire et enseignement primaire

Temps approximatif de lecture : 3 minutes

Depuis quelques années, le coenseignement est de plus en plus mis en place dans les classes dites « régulières ». L’inclusion croissante d’élèves en difficultés d’apprentissage et/ou de comportement y serait à l’origine. S’appuyant sur une approche d’enquête, l’article de Janin et Couvert (2020) propose de s’attarder sur les nombreux bénéfices de cette pratique ainsi que sur l’importance d’une formation de qualité au coeur même de l’expérience vécue.

Myriam Janin et David Couvert sont tous deux membres de la Direction des Services Départementaux de l’Éducation nationale de Moselle, Metz, France. L’article qui sous-tend cette vulgarisation provient du numéro spécial: Regards croisés sur le coenseignement en francophonie de la Revue scientifique virtuelle: Éducation et francophonie dont la coordination a été assurée par M Philippe Tremblay, Université Laval, et Mme Nancy Granger, Université de Sherbrooke.

 

Le coenseignement, c’est quoi?

Le coenseignement est « le partenariat entre un enseignant régulier et un enseignant spécialisé dans le but d’enseigner conjointement, dans une classe de l’enseignement régulier, à un groupe hétérogène d’élèves, afin de répondre à leurs besoins d’apprentissage de manière flexible et délibérée » (traduction libre de Janin et Couvert [2020] de Benoit et Angelucci, 2019, p. 204).

 

Les bénéfices surpasseraient de loin les difficultés

Bénéfices constatés par les enseignants mettant en pratique le coenseignement

(Janin et Couvert, 2020).

L’enquête semble avoir relevé de nombreux bénéfices du coenseignement parmi les réponses obtenues.

Pour les élèves :

  • Entrée dans la tâche facilitée
  • Augmentation de la concentration
  • Augmentation du temps de travail effectif
  • Amélioration du climat de classe
  • Possibilité de profiter également aux élèves fragiles des classes « régulières »

Pour les enseignants :

  • Sentiment d’auto-efficacité renforcé
  • Susceptibilité de déclencher une évolution progressive des pratiques professionnelles enseignantes
  • Plus-value ressentie en matière d’augmentation des compétences et de développement professionnel (gagner en compétence dans son champ d’expertise, diversifier ses compétences, se sentir compétent pour reconnaître les besoins éducatifs particuliers des élèves et y répondre, conforter ses compétences didactiques)

Des difficultés, mais des solutions aussi

Difficultés ressenties par les enseignants mettant en pratique le coenseignement

(Janin et Couvert, 2020).

Les auteurs ont observé que les difficultés s’estompaient dans le cas d’une pratique installée depuis plus de deux ans et, donc, avec l’expérience. Selon eux, cela pourrait s’expliquer par le fait que les enseignants deviendraient plus organisés et ainsi plus efficaces avec le temps. Il y aurait aussi la possibilité qu’au fur et à mesure que leurs habitudes de travail s’installent, les enseignants ont besoin de moins de temps pour travailler ensemble (Janin et Couvert, 2020). Ces difficultés semblent donc temporaires.

D’autres solutions proposées seraient de favoriser le travail collaboratif à distance à l’aide d’outils (Teams, par exemple), mais également d’accorder aux enseignants du temps de planification à l’école. Cela permettrait, selon les auteurs, de faciliter et de rendre plus efficaces la planification et l’évaluation.

En effet, une condition importante de la réalisation du coenseignement est la mise en place de temps de planification et de préparation communs déterminés (Rousseau et Belanger, 2004; Kohler-Evans, 2006). Le fait d’officialiser ces heures contribuerait également à aplanir les difficultés (Janin et Couvert, 2020). L’équipe de direction jouerait donc un rôle important dans la persévérance des enseignants et dans la perpétuation du coenseignement en s’impliquant et en mettant en œuvre les dispositions favorisant cette pratique.

La formation, un essentiel!

La formation serait déterminante pour développer et pérenniser le coenseignement dans une école (Janin et Couvert, 2020).

Elle permettrait :

  • de conscientiser les enseignants aux bénéfices de cette pratique;
  • de possiblement déconstruire des a priori ou des stéréotypes[1] qui les retenaient initialement;
  • d’avoir un impact positif sur leurs pratiques pédagogiques;
  • d’augmenter les bénéfices de cette pratique.

Une pratique d’avenir?

Finalement, la grande majorité des enseignants qui avaient commencé ou continué le coenseignement ont répondu souhaiter poursuivre cette pratique, et ce, qu’ils aient reçu ou non une formation. De plus, parmi les répondants qui ne mettaient pas en pratique le coenseignement, plus de la moitié étaient ouverts à l’adopter éventuellement. Ainsi, avec une formation en poche et un bon appui de la direction, les bénéfices du coenseignement observés chez les enseignants par Janin et Couvert (2020) semblent avoir convaincu même les plus réticents au départ.

 

Références :

Benoit, V. et Angelucci, V. (2019). Réflexions autour du concept de coenseignement en contexte inclusif. Éducation et Francophonie39(2), 105-121.

Kohler-Evans, P. (2006). Co-teaching: How to make this marriage work in front of the kids. Education127, 260-264.

Rousseau, N. et Bélanger, S. (2004). Dix conditions essentielles à la mise en place d’une école inclusive. Dans N. Rousseau et S. Bélanger (dir.). La pédagogie de l’inclusion scolaire (p. 348-358). Québec : Presses de l’Université du Québec.

 

Ce texte est une vulgarisation de l’article suivant :

Janin, M. et Couvert, D. (2020). Le coenseignement : bénéfices, limites et importance de la formation. Éducation et francophonie48(2), 200-219.

Pour aller plus loin…

Coenseignement orthopédagogue-enseignant : expériences vécues dans trois écoles primaires

Le coenseignement pour favoriser la différenciation pédagogique

Pecha Kucha – Le projet CoEnseignement

[1] (Janin et Couvert, 2020 p.214)

Source de l’image : ShutterStock

Dernière modification : 27 juillet 2021.

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