Un rôle de médiation qui soutient les collaborations entre l’école, les familles immigrantes et la communauté

Temps approximatif de lecture : 3 minutes

Par :

Josée Charette, professeure au Département d’études sur l’adaptation scolaire et sociale, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke

Anne Lessard, professeure au Département d’études sur l’adaptation scolaire et sociale, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke

Jean-Claude Kalubi, professeur au Département d’études sur l’adaptation scolaire et sociale, Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke

Les collaborations entre l’école, les familles et la communauté sont soulignées dans plusieurs recherches et écrits ministériels comme un facteur qui soutient l’expérience socioscolaire et la réussite éducative des élèves. Dans ce contexte, un rôle de médiation a émergé au cours des dernières décennies au Québec, soit celui de l’intervenant « école-famille-communauté ». Pour des familles ayant récemment immigré, il semble que ce rôle soit souvent significatif dans l’établissement de collaborations avec l’école. Cet article met en lumière la contribution du rôle de médiation pour favoriser la mise en place de conditions favorables aux collaborations entre l’école, la communauté et les familles immigrantes.

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Les collaborations école-familles immigrantes-communauté avec espace de médiation

Les collaborations entre l’école, les familles et la communauté sont reconnues dans plusieurs recherches et documents ministériels comme étant un facteur qui soutient l’expérience socioscolaire et la réussite éducative des élèves. Les dynamiques relationnelles école-famille-communauté permettraient notamment :

  • de poser un regard croisé sur la réalité et sur les besoins scolaires et extrascolaires de l’élève;
  • de faire converger les expertises et les compétences de tout un chacun au profit de l’élève et de tous les acteurs impliqués dans la relation.

Pour les familles ayant récemment immigré au Québec, il est parfois plus facile de se tourner vers des acteurs qui se trouvent à une certaine distance de l’école pour faire part de leurs questionnements, de leurs inquiétudes et de leurs aspirations sur la scolarisation de leurs enfants. Depuis quelques années, le rôle des intervenants école-familles immigrantes-communauté (IEFIC) a pris une place significative en ce sens. Ces derniers endossent un rôle de médiation qui favorise en effet l’établissement de collaborations avec l’école.

Qu’entend-on par « rôle de médiation »?

Le rôle de médiation réfère ici au processus qui vise à établir un lien social entre plusieurs individus, parfois rattachés à des institutions sociales, comme l’école. Le rôle de médiation a pour objectif de favoriser la circulation de différentes visions du monde afin de créer du sens pour tous les acteurs impliqués dans une relation.

Les IEFIC, qui incarnent un rôle de médiation, facilitent le partage d’informations entre l’école, la communauté et les familles. Ils mettent en lumière une diversité de cadres de référence et permettent à chaque partie (école, familles, communauté) de dialoguer entre eux. Ils contribuent donc à une meilleure connaissance et à une meilleure reconnaissance de tous les acteurs.

Le rôle de médiation des IEFIC soutient la mise en place de conditions favorables à l’établissement de collaborations qui soutiennent l’expérience socioscolaire des élèves.

Fig. 1. –  Un concept-clé du rôle de médiation : la circulation bidirectionnelle de l’information et de sens

 

Le rôle de médiation en action

Concrètement, les IEFIC peuvent notamment mener les actions suivantes.

  • Sensibiliser l’école à des contraintes que peuvent rencontrer les parents ayant récemment immigré au Québec. Par exemple, certains parents n’ont ni réseau social pour faire garder leurs enfants en bas âge ni accès à des moyens de transport pour se rendre à l’école. Aussi, certains n’ont qu’une maîtrise partielle de la langue utilisée dans l’espace scolaire.
  • Contribuer aux processus d’accueil et d’intégration des familles dans le milieu scolaire. Par exemple, les IEFIC peuvent rencontrer des familles pour leur fournir des informations sur le quotidien scolaire. Ils peuvent aussi offrir un moment aux parents pour qu’ils puissent exprimer leurs préoccupations et leurs attentes envers l’école.
  • Informer les membres du personnel scolaire des ressources disponibles sur leur territoire afin qu’ils puissent en informer les familles. Par exemple, des membres d’une communauté religieuse offrent des vêtements ou des paniers alimentaires à bas prix; des organismes communautaires organisent des activités extrascolaires pour les enfants et les jeunes.
  • Contribuer au dénouement de malentendus lorsque ceux-ci surviennent entre l’école et les familles. Les IEFIC soutiennent la communication entre les acteurs afin que chacun puisse, au besoin, réinterpréter les attitudes de ses interlocuteurs et mettre en perspective certaines de leurs prises de position.

Conclusion

Le rôle de médiation incarné par les IEFIC s’inscrit dans une dynamique relationnelle qui vise une meilleure reconnaissance de tous les acteurs qui soutiennent l’élève. Les IEFIC doivent donc tenir compte à la fois des besoins des familles, de l’école et de la communauté. La vigilance demeure toutefois de mise pour s’assurer que le rôle de médiation ne se substitue pas au rôle de l’école. Car cela risquerait d’accentuer la distance entre les familles immigrantes et l’école et d’être en contradiction avec le rôle de médiation lui-même. Ainsi, on suggère d’accorder une place au rôle de médiation dans les espaces de concertation avec des membres de l’équipe-école ou de la communauté et de se rappeler l’objectif commun qui sous-tend les collaborations : soutenir l’expérience socioscolaire et la réussite éducative des élèves.

Références

Charette J. (2018). Le rôle d’ICSI : l’intégration des élèves immigrants et de leurs parents. Dans F. Kanouté et J. Charette (dir.), La diversité ethnoculturelle dans le contexte scolaire québécois. Pratiquer le vivre-ensemble (p. 145-161). Les Presses de l’Université de Montréal (PUM).

Charette J. et Kalubi J.-C. (2016). School-Family-Community Collaborations: the Contribution of the Intercultural Worker in Accompanying Newly Immigrant Parents to School, Education, Sciences & Society, 2, 127-149.

Charette, J., Kalubi, J.-C. et Lessard, A. (2019). Intervenants école-familles immigrantes : défis et perspectives du rôle de médiation, La revue internationale de l’éducation familiale, 1(45), 23-35.

Vatz Laaroussi, M. et Tadlaoui, J. E. (2014). Les médiations interculturelles dans la société pluraliste du Québec : espaces de tensions, espaces de créativités! Dans P. Stalder et A. Tonti, La médiation interculturelle : représentations, mises en œuvre et développement des compétences (p. 29-58). Éditions des archives contemporaines.

 

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Dernière modification : 24 novembre 2020.

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