Un bilan mitigé de la rentrée scolaire 2020 en contexte de pandémie

Temps approximatif de lecture : 3 à 4 minutes

La seconde vague de propagation de la COVID-19 anticipée au Québec à l’automne 2020 a forcé la prise de mesures sanitaires drastiques pour les établissements scolaires de tous les ordres scolaires. Mais quels en sont les impacts socio-émotionnels chez les enseignants et les élèves? Loin de constituer un succès, la rentrée scolaire a plutôt révélé l’intensification des iniquités et des inégalités chez les élèves, en plus de mettre encore davantage de pression sur les enseignants. C’est du moins ce que révèlent des résultats préliminaires de recherche sur la question proposée à l’occasion du colloque Bilan d’une rentrée scolaire en contexte de pandémie tenu le 24 novembre 2020 et organisé par la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais, en collaboration avec le Comité québécois pour les jeunes en difficulté de comportement (CQJDC), sous l’égide de la Commission canadienne de l’UNESCO.

La Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais

Créée en 2010, la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais est à la fois un organisme de bienfaisance et un organisme communautaire dont la mission consiste à créer des milieux positifs et bienveillants en cohérence avec les objectifs de développement durable (ODD; en anglais : Sustainable Development Goals, ou SDG) fixés par l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Le Comité québécois pour les jeunes en difficulté de comportement (CQJDC)

Fondé en 1994, le CQJDC est un organisme de bienfaisance et communautaire qui a pour mission de favoriser le bien-être des jeunes qui vivent des difficultés d’ordre social, émotif et comportemental, et de faire progresser la qualité des services éducatifs qui leur sont offerts.

S’adapter aux nouvelles réalités scolaires

Les enseignants ont dû s’adapter aux contraintes nouvelles qui leur étaient imposées et aux nouveaux besoins exprimés par les élèves. Nouvelles façons de communiquer (SMS, visites sans contact à domicile, courriels, etc.), d’enseigner (en ligne, synchrone ou asynchrone), d’assurer un ensemble de tâches (rétroactions, évaluations, etc.). Cela témoigne de l’engagement des enseignants, mais cela n’est pas non plus sans conséquence : bouleversement des manières de travailler, contraintes logistiques de l’enseignement avec le numérique, formation accélérée aux outils numériques et technologiques en classe ou en ligne, etc. Une des questions soulevées concerne les effets de ces changements sur le bien-être et la santé mentale. C’est sur ce thème que plusieurs chercheurs ont livré les résultats préliminaires de leur recherche dans ce colloque.

Des résultats signifiants

« L’augmentation de l’agressivité chez les élèves est aussi palpable. Les enseignants ont identifié les sources de ce problème. Par exemple, en étant confinés dans leur classe, ils ne peuvent évacuer leur énergie. De plus, l’usage accru des appareils mobiles et le temps passé sur les réseaux sociaux lors du confinement ont contribué à développer un nouveau phénomène : celui des disputes qui débutent sur les réseaux pour se poursuivre en classe », explique Anne Lessard, professeure au Département d’études sur l’adaptation scolaire et sociale de la Faculté d’éducation, à l’Université de Sherbrooke.

Le colloque réunissait cinq équipes de recherche, qui ont donc présenté des résultats préliminaires de recherche portant sur les effets de la pandémie ou faisant ressortir des éléments associés aux effets de celle-ci sur les élèves. Voici, en résumé, quelques-uns de ces résultats.

  1. Des risques relatifs à une diminution du sentiment de compétence et d’accomplissement pèsent sur les enseignants. En matière de prévention du décrochage scolaire, l’attitude positive de ces derniers s’avère essentielle; elle contribue à la qualité des interactions en classe. Il est donc important de s’attarder aux besoins des enseignants : cela aura des effets sur le bien-être et la réussite éducative des élèves.
  2. Sur le plan psychosocial, les élèves ont fourni des réponses très variables quant à leur niveau de stress et d’anxiété ainsi qu’à leur ressenti vis-à-vis de leur réussite éducative. Par exemple, le tiers des élèves du primaire interrogés et près de la moitié des jeunes du secondaire ont exprimé une crainte d’échouer, même s’ils ne rapportent pas nécessairement de difficultés apparentes.
  3. Les jeunes parlent d’un effet négatif de la pandémie (plus de 26 %) sur leur bien-être et leur santé mentale.
  4. Les enfants exposés de manière importante aux informations relatives à la pandémie rapportent plus de difficultés d’adaptation, globalement; ils sont ainsi plus irritables et d’humeur labile, etc.
  5. Le niveau de symptômes anxieux et dépressifs est beaucoup plus élevé chez les adolescentes que chez les garçons du même âge, mais il est difficile d’établir un lien avec la pandémie.
  6. La pandémie a mis de l’avant le rôle de l’école, qui va au-delà de la tâche d’instruire les élèves. En effet, l’école offre un environnement de socialisation pour les enfants et les adolescents, en plus de jouer un rôle majeur dans la protection des enfants vulnérables.

Il est à noter que ces résultats, ainsi que chacune des recherches les concernant, feront l’objet d’un article publié dans le site Web du Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE). Restez à l’affût!

Conclusion

L’équipe qui a organisé le colloque a formulé quelques recommandations pour contribuer à redresser la situation, dont les suivantes.

  • Déterminer quels sont les enfants et les adolescents ayant des besoins criants et mettre à profit les ressources disponibles.
  • Garder les écoles ouvertes, en s’inspirant, en ce qui a trait à leur fonctionnement, des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : p. ex., ouvrir les écoles des demi-journées, en alternance, avec des groupes réduits de moitié.
  • Réévaluer les élèves à risque en fonction des nouveaux besoins exprimés cet automne.
  • Considérer davantage les possibilités qu’offrent le sport et les activités physiques extérieures sur le plan pédagogique.
  • Soutenir les enseignants souffrant de fatigue et de stress en mettant en place des initiatives visant à assurer leur bien-être.

 

Vous avez manqué le colloque? Vous pouvez l’écouter en rattrapage en cliquant sur ce lien : https://fondationjasminroy.com/colloque/.

 

Dernière modification : 1 décembre 2020.

Partager sur les réseaux sociaux :

Contribuez à l'appréciation collective
Cette information est-elle utile à votre pratique ?

1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (1 votes, moyenne: 2,00 sur 5)

Les commentaires sont fermés.

Le Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE) diffuse de l’information susceptible de répondre aux besoins des acteurs de la réussite éducative. Cette information est repérée grâce aux activités de veille du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ)