Mobiliser les adolescents grâce à des « laboratoires du changement » : une clé pour aider à la prise de décision concernant leur santé

Temps de lecture approximatif : 3 à 5 minutes

 

Par :

Sylvie Barma, professeure UL

Rollande Deslandes, professeure UQTR

Étudiant-e-s chercheur-e-s : Amélie Dubois, Vincent-Gabriel St-Cyr, Olivier Turgeon-Dorion, Samantha Voyer, UL

 

L’expérience de la légalisation du cannabis dans certains pays a montré une augmentation de la consommation chez les adolescents, probablement causée par l’altération de la perception des risques liés à la consommation et par l’interprétation erronée de la loi. Puisque le cannabis est devenu légal au Canada, il est essentiel d’éduquer les jeunes à la prévention de la consommation de drogues. La recherche menée par Barma et Deslandes et financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) vise le développement de la pensée critique des jeunes pour favoriser une prise de décision éclairée concernant l’usage du cannabis à la suite de sa légalisation au Canada, en octobre 2018. La méthodologie choisie est celle du Laboratoire du changement (Lab_C) qui encourage les acteurs d’un milieu à mettre en œuvre des actions qui visent à transformer leur environnement.

Les objectifs

Le projet de recherche de Barma et de Deslandes répond à trois objectifs :

  1. Collaborer avec des élèves de deuxième secondaire à la création d’activités pour développer une pensée critique menant à la prise de décision éclairée relativement à leur santé;
  2. Accompagner ces adolescents dans l’utilisation d’une grille de critères qui leur permet de vérifier la fiabilité de sources d’information et de faire des choix appropriés concernant leur santé;
  3. Développer l’esprit critique et faciliter le processus de réflexion chez les adolescents relativement à la loi et aux risques liés à la santé en matière de consommation de cannabis.

Qu’est-ce qu’un Lab _C?

Le Laboratoire de changement (Lab_C), d’origine finlandaise, permet de mettre à profit la participation de plusieurs acteurs-clés (enseignants, parents, grands-parents, médecin, élèves, techniciens en éducation spécialisée, intervenants en toxicomanie). En participant à plusieurs rencontres, enregistrées et analysées, les acteurs-clés développent une vision commune du problème et communiquent leurs besoins. L’implication des élèves permet d’en apprendre plus sur les intérêts de leur groupe et sur l’approche pédagogique à privilégier. Par exemple, dans le projet de recherche mis en œuvre par Barma et Deslandes, le point de vue des cinq jeunes participants a été crucial pour développer les activités vécues en classe.

La création d’activités qui font sens pour les jeunes

Des activités originales et personnalisées ont vu le jour dans deux écoles secondaires choisies pour réaliser le projet de recherche. Alors que les quelques jeunes impliqués dans le projet se sont sentis écoutés, les autres élèves de leur classe ont participé avec enthousiasme et sérieux aux activités que leurs camarades avaient préparées pour eux en collaboration avec l’équipe de recherche.

Les cinq points suivants comptent parmi les faits les plus saillants du projet :

  1. Création de cinq activités expérimentées dans deux classes de deuxième secondaire;
  2. Correction des conceptions erronées sur les aspects légaux et de la santé chez les jeunes;
  3. Amélioration du dialogue entre les jeunes et leur famille sur la consommation de drogues;
  4. Implication des jeunes pour développer des activités qui répondent à leurs besoins et pour susciter l’intérêt de leurs camarades de classe;
  5. Sensibilisation des jeunes à l’importance d’une bonne hygiène de vie pour réussir leurs études.

Conclusion

Parce que la consommation de cannabis peut avoir des conséquences néfastes sur la réussite scolaire des jeunes en diminuant leur concentration et leur motivation, des activités en classe, comme celles développées dans le cadre du projet de Barma et de Deslandes, peuvent sensibiliser les jeunes aux différents enjeux de la consommation et de la légalisation du cannabis. Il ressort notamment de ce projet que les activités auxquelles ont pris part les adolescents étaient proches de leur réalité puisque développées par et pour des jeunes, ce qui a favorisé leur participation. Voici d’ailleurs à ce sujet quelques témoignages des élèves participants :

« J’ai trouvé ça très instructif, parce qu’on en a appris vraiment beaucoup. »

« J’ai aimé qu’on puisse donner notre avis en tant que jeune, en tant qu’élève, de qu’est-ce que nous on pensait et puis que vous avez collaboré avec nos idées, j’ai vraiment aimé ça. »

« Les autres classes, ils n’ont pas eu la chance d’en apprendre autant… c’est dommage qu’il n’ait pas les mêmes notions que nous au même moment. »

 

Références

  • Estoup, A. C., Moise-Campbell, C., Varma, M. et Stewart, D. G. (2016). The impact of marijuana legalization on adolescent use, consequences, and perceived risk. Substance use & misuse, 51(14), 1881-1887.
  • Marsiglia, F. F., Kulis, S. S., Kiehne, E., Ayers, S. L., Libisch Recalde, C. A. et Barros Sulca, L. (2017). Adolescent substance-use prevention and legalization of marijuana in Uruguay: A feasibility trial of the keepin’ it REAL prevention program. Journal of Substance Use, 1-9.
  • Volkow, N. D., Baler, R. D., Compton, W. M. et Weiss, S. R. B. (2014). Adverse Health Effects of Marijuana Use. The New England Journal of Medicine, 370(23), 2219-2227. Doi:10.1056/NEJMra1402309

 

Source de l’image : ShutterStock

Dernière modification : 10 février 2020.

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