La justice réparatrice comme outil de persévérance scolaire

Temps approximatif de lecture : 3 à 5 minutes

La suspension et l’expulsion des élèves sont des approches reconnues pour augmenter les risques de décrochage scolaire. Les initiatives faisant appel à la justice réparatrice pourraient être une solution de rechange aux mesures disciplinaires et un outil favorisant la persévérance scolaire. Les recherches des professeures Anne Gregory et Katherine R. Evans aux États-Unis démontrent en outre que cette approche encouragerait aussi des pratiques inclusives et un plus grand bien-être à l’école. Apprenez comment dans cet article.

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Comme le rapportent les chercheures Gregory, de la Rutgers University, et Evans, de l’Eastern Mennonite University, les mesures disciplinaires punitives comme l’expulsion sont devenues des politiques communes dans les écoles étatsuniennes durant les années 1990. Cependant, des études ont révélé que les élèves suspendus ou expulsés étaient plus enclins à avoir de la difficulté à réussir leur année scolaire et même à décrocher. Selon Gregory et Evans, une approche alternative créant une justice réparatrice en éducation pourrait constituer la clé de la persévérance scolaire, lorsqu’elle vise à réguler les comportements problématiques et qu’elle est appliquée dans son intégralité.

Fondamentaux de la justice réparatrice

Cette approche holistique tire ses origines des communautés des Premiers Peuples et de leur vision du monde, comme les Navajos. Cette philosophie de vie est « une façon d’être qui privilégie les échanges, l’interdépendance, l’équité, la prise de décision partagée, la solidarité et la réconciliation » (traduction libre, Gregory et Evans, 2020 : 7). En termes pratiques, ceux qui adoptent la justice réparatrice doivent réagir aux comportements répréhensibles de sorte que les élèves réparent leurs torts. Un des éléments importants de cette démarche est de demeurer à l’écoute des besoins non seulement des victimes, mais aussi de ceux qui ont commis l’acte. Cela implique trois principes essentiels applicables à l’échelle de l’école :

  1. La reconnaissance de l’importance de la classe et de l’école en tant que communauté;
  2. Le rejet des mesures punitives traditionnelles;
  3. Une transition vers un modèle d’engagement social et communautaire.

Pièges à éviter dans la mise en œuvre

Cependant, il n’existe pas de guide résumant la méthode pas-à-pas pour mettre en place les approches transformatives comme celle-ci. Un changement de culture est nécessaire. Néanmoins, Gregory et Evans évoquent cinq types de mises en œuvre ratés qui doivent être évités dans l’implantation de l’approche de justice réparatrice.

  1. Éviter une mise en œuvre verticale

La justice réparatrice est une démarche valable uniquement lorsqu’elle est basée sur une collaboration de toutes les parties prenantes (enseignants, professionnels, direction, etc.). Il serait contre-productif d’imposer cette approche.

  1. Éviter une implantation trop étroite

La participation de l’étudiant peut parfois prendre trop de place dans les cercles de justice réparatrice. Il ne faut pas oublier que l’ensemble de l’école doit contribuer au processus. En focalisant l’attention uniquement sur le comportement à changer, on peut négliger les autres aspects de cette approche concernant l’environnement scolaire, par exemple.

  1. Éviter une approche faisait abstraction de l’origine ethnique

Certains experts affirment que cet aspect de la justice réparatrice est souvent négligé, même dans les contextes nationaux qui présentent des enjeux de profilage, par exemple. Il faut donc garder en tête la présence de racisme structurel, comme aux États-Unis, et miser sur un enseignement adéquat de ces enjeux.

  1. Éviter de généraliser les résultats

D’autres chercheurs précisent aussi que les enseignants et directions ne doivent pas croire qu’une intervention basée sur la justice réparatrice modifiera l’ensemble des comportements d’un individu, peu importe le contexte ou les personnes impliquées. Il s’agit d’un processus à long terme et continu.

  1. Éviter les implantations partielles

L’approche requiert une adhésion totale et entière. Les personnes intéressées par celle-ci doivent donc appréhender avec réalisme les délais de mise en œuvre, l’engagement ainsi que les coûts. On rapporte qu’un alignement total des règlements aux principes et valeurs de la justice réparatrice peut prendre jusqu’à quatre ans.

Conclusion

L’approche de la justice réparatrice offre aux personnes qui ont eu des comportements répréhensibles la possibilité d’apprendre pendant ce processus. Elles ont la possibilité de cultiver une image positive de soi et de favoriser le sentiment d’appartenance envers sa classe et son école. Des éléments indispensables pour encourager la persévérance scolaire.

Référence

Gregory, A. et Evans, K.R. (2020). The Starts and Stumbles of Restorative Justice in Education: Where Do We Go from Here?. National Education Policy Center. http://nepc.colorado.edu/publication/restorative-justice.

Pour aller plus loin…

 

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Dernière modification : 16 février 2020.

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Un commentaire

  1. Par Martin Lavoie le 19 février 2020 à 15:28

    Bonjour, je trouve le sujet fort intéressant et pertinent. Il aurait été intéressant de donner quelques exemples concrets de « Justice réparatrice » qui pourraient être expérimentés avec nos élèves.
    Merci!

    Commentaire inapproprié ?

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