L’impact des pratiques pédagogiques sur les habiletés graphomotrices des élèves et sur leur réussite scolaire

Les enfants du premier cycle du primaire apprennent à lire avant d’apprendre à écrire, mais ce sont des compétences aux habiletés communes. Dans le document Le plaisir d’écrire : ça se prépare!, réalisé en collaboration avec le Centre de transfert en éducation du Québec (CTREQ) et à l’aide du soutien financier du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES), les auteures avancent l’idée que l’écriture doit se faire conjointement à l’apprentissage de la lecture. Le présent article, qui résume ce document, vise à répondre aux quatre questions suivantes :

  1. Quelles sont les pratiques pédagogiques qui préparent le mieux les élèves à l’apprentissage formel de l’écriture en première année?
  2. Comment favoriser le développement des habiletés graphomotrices et l’automatisation du geste d’écriture?
  3. Qu’implique le développement de ces habiletés?
  4. Comment prévenir et réduire les difficultés qui y sont associées?
graphomotricité

© Pixabay/rawpixel

Les habiletés graphomotrices au préscolaire

La première des six compétences liées au programme d’éducation préscolaire est la suivante : « Agir avec efficacité dans différents contextes sur le plan sensoriel et moteur ». L’écriture des lettres demande à l’enfant de faire travailler plusieurs de ses sens. En effet, pour écrire une lettre, les habiletés graphomotrices requises concernent des informations à la fois phonologiques (le son), visuomotrices (le tracé), orthographiques (le nom) et allographiques (la forme).

 

Les habiletés graphomotrices réfèrent aux “apprentissages liés […] à la mémorisation de la forme des lettres, à la gestion du tracé, à la reconnaissance des formes graphiques et au développement d’une fluidité d’écriture.”

Lavoie, Morin et Labrecque, 2015, p. 178, cité par Labrecque et al., 2018, p. 7

 

Aussi, sur le plan moteur, au moment d’effectuer un exercice d’écriture, l’enfant doit être capable de tenir un crayon et contrairement à la croyance populaire, la façon dont il tient ce crayon importe peu, il doit seulement être à l’aise pour tracer les lettres correctement. Ne pas être en mesure de faire cela peut faire naître un sentiment d’incompétence, et, pour cette raison, il est possible que l’enfant, par la suite, essaye d’éviter toutes situations d’écriture.

 

La graphomotricité : l’enseigner

L’objectif de l’enseignant est que ses élèves puissent produire des lettres de façon lisible, aisée et rapide. Pour ce faire, ils doivent avoir de bonnes habiletés graphomotrices. Le développement de cette compétence réduira les ressources attentionnelles que nécessite le geste d’écriture. Les habiletés graphomotrices sont importantes, car elles influencent la qualité orthographique et rédactionnelle des élèves au primaire. Lorsque le tracé des lettres est bien acquis, les productions écrites des élèves sont meilleures et ces derniers peuvent donc se concentrer sur l’orthographe et sur le contenu. Le minimum de temps consacré à l’apprentissage des habiletés graphomotrices devrait être de 10 heures et plus par année.

 

Pour automatiser le geste d’écriture, l’élève doit donc devenir habile à se remémorer et tracer la forme des lettres et des mots de façon efficiente, pour que ces actions ne sollicitent plus (ou très peu) son attention.

Labrecque et al., 2018, p. 10

 

Des pratiques prometteuses

Voici quelques exemples qui peuvent aider les enseignants à développer les habiletés graphomotrices de leurs élèves (ce sont des exercices qui permettent de travailler la motricité globale des élèves afin qu’ils visualisent bien les lettres) :

  1. Manipuler des lettres en trois dimensions;
  2. Former une lettre au sol avec son corps;
  3. Marcher le tracé d’une lettre géante au sol;
  4. Produire le tracé dans les airs avec la main.

Pour rendre explicite l’utilisation de l’écrit, l’enseignant peut aussi favoriser les activités où les élèves auront besoin de l’écrit, ainsi qu’engager des conversations avec eux et entre élèves. Deux programmes sur le sujet sont offerts aux enseignants :

  1. En mouvement, j’écris!
  2. Handwriting Without

 

Guider l’enfant pour le conduire progressivement à lier ses connaissances de la langue à l’oral à ses découvertes sur l’écrit est nécessaire. […] cette prise de conscience, qui survient dans des contextes réels de communication, permet à l’enfant de saisir un principe majeur pour apprendre à traiter efficacement la langue écrite, en lecture comme en écriture : le principe alphabétique. La compréhension du principe alphabétique suppose que l’enfant ait saisi que les signes sonores à l’oral sont à mettre en relation avec des signes écrits, sans pour autant connaître le code pour concrétiser cette relation.

Morin, 2017, p. 28-29, cité par Labrecque et al., 2018, p. 8

 

Les élèves en difficulté

Pour les élèves en difficulté qui peuvent parfois avoir des problèmes neuro-développementaux, l’écriture est souvent lente et de moins bonne qualité. Ces élèves ont notamment besoin de plus d’attention de la part de l’enseignant, mais celui-ci n’a pas toujours les ressources pour leur donner ce dont ils ont besoin. Dans ce cas, la différenciation pédagogique peut être une solution (ex. : faire travailler des élèves plus faibles avec des élèves plus forts en sous-groupes). Des stratégies, comme la variation du matériel, la réduction de la durée des périodes de pratique et l’exploration multisensorielle peuvent pallier le manque d’attention et les difficultés d’élèves ayant de moins bonnes habiletés graphomotrices.

 

[Dans un même ordre d’idée,] la posture, le support (ajustement du mobilier, type et positionnement de la feuille), les mouvements du tracé des lettres et l’outil (type et prise de crayon) peuvent également faire l’objet d’une adaptation ou d’un enseignement supplémentaire et différencié auprès de l’élève.

Rigal, 2009, p. 165, cité par Labrecque et al., 2018, p. 15

 

Il faut sans aucun doute se soucier, dès le préscolaire et tout au long du primaire, du développement des habiletés graphomotrices. Pour bien accompagner les élèves, l’enseignant doit leur offrir des contextes variés et signifiants où ils peuvent utiliser l’écrit.

 

 

Références

Labrecque, D., Morin, M.-F., Labrecque, N. et Cantin, N. (2018). Le plaisir d’écrire : ça se prépare!. Repéré à https://www.ctreq.qc.ca/wpcontent/uploads/2018/05/Graphomotricit%C3%A9.pdf

 

Morin, M.-F., Lavoie, N., Labrecque, A.-M., et Coallier, M. (2016). Développer l’aisance graphomotrice en 2e année du primaire par un programme d’enseignement explicite en écriture. Vivre le primaire, 29(2), 22-25.

 

Rigal, R. (2009). L’éducation motrice et l’éducation psychomotrice au préscolaire et au primaire. Québec : Les presses de l’Université du Québec.

 

——

 

 

Source de l’image : Pixabay/rawpixel

Dernière modification : 1 septembre 2019.

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