Pour motiver vos enfants à lire, envoyez leur toutou à la bibliothèque !

La grande majorité des élèves qui éprouvent des difficultés scolaires dans leur parcours au primaire en ont aussi en lecture. C’est pourquoi les premiers apprentissages entourant cette compétence ont une importance fondamentale. Ainsi, toutes les occasions d’éveil à la lecture qui sont offertes aux jeunes enfants contribuent au développement de leur langage et à l’acquisition de compétences dont ils auront besoin plus tard pour apprendre à lire et à écrire. Pour susciter le goût de la lecture chez les tout-petits, des chercheurs japonais ont expérimenté une méthode originale : faire passer une nuit à la bibliothèque à leur peluche préférée.

Lecture-enfant

Pixabay/Pixel2013

Toutes les recherches s’entendent sur le fait que les livres procurent aux enfants un immense plaisir, et ce, même s’ils ne savent pas lire. De nombreuses initiatives pour favoriser l’éveil à la lecture chez les tout-petits sont donc mises en œuvre bien avant qu’ils n’entrent à l’école, comme ces activités de nuit pour animaux en peluche[1] qui se sont rapidement répandues dans les bibliothèques du monde entier, y compris au Québec.

Pour une nuit bien spéciale, ton toutou dormira à la bibliothèque! Participe à l’activité et découvre les folies qu’il fera pendant ton absence. Surprises garanties lorsque tu viendras chercher ton toutou le lendemain (photos à l’appui).

 

L’étude menée par l’équipe de chercheurs japonais visait deux objectifs :

  1. Déterminer si le fait, pour de jeunes enfants, de laisser leur toutou passer une nuit à la bibliothèque les encourage à lire;
  2. Examiner la durée de l’effet de motivation à lire créé par cette activité.

Pour ce faire, on a demandé à 42 enfants d’âge préscolaire (5 ans) d’apporter leur peluche préférée à la bibliothèque pour qu’ils l’y laissent passer une nuit. Les employés de la bibliothèque ont ensuite pris des photos des peluches en train d’explorer cet espace, de choisir des livres et de lire. À l’issue de cette nuit, les enfants ont récupéré leur petit compagnon, avec des photos de l’aventure nocturne vécue par chaque peluche et de ses lectures. Ils ont aussi reçu un message qui leur demandait de faire la lecture à leur toutou de temps en temps.

Pour déterminer l’effet de motivation à lire créé par cette activité, d’une part, et la durée de cet effet, d’autre part, les chercheurs ont examiné le comportement des enfants à trois moments différents : le jour de l’activité, trois jours après et un mois après. Voici en résumé ce que les chercheurs ont entre autres constaté :

  1. Avant que leur toutou ne passe la nuit à la bibliothèque, les enfants ne choisissaient pas nécessairement de lire durant leur période de jeu libre en classe. Immédiatement après l’activité, les chercheurs ont remarqué un changement dans les habitudes de lecture des enfants, c’est-à-dire que ces derniers semblaient avoir développé un intérêt plus grand pour les livres. Ainsi, non seulement ils souhaitaient lire les albums qu’ils avaient rapportés de la bibliothèque durant la période de jeu libre, mais aussi ils étaient motivés à faire la lecture à leur peluche.
  2. Après trois jours, l’effet de motivation avait cependant diminué.
  3. Un mois plus tard, les chercheurs ont demandé aux enseignants de cacher les peluches des enfants (elles se trouvaient à l’école depuis leur nuit à la bibliothèque). Quand les enfants ont constaté leur disparition, les enseignants leur ont demandé s’ils avaient une idée de l’endroit où elles se trouvaient. Un enfant a dit qu’elles devaient être retournées à la bibliothèque lire des livres. Le lendemain, les toutous étaient de retour en classe avec de nouvelles photos de leur soirée. Les enseignants ont alors rappelé aux enfants ce qu’on leur avait demandé la première fois que leur peluche avait passé une nuit à la bibliothèque, soit de lui faire la lecture une fois de temps en temps. Cette façon de faire est apparue comme une stratégie efficace pour raviver et maintenir l’intérêt des enfants concernant la lecture d’albums.
  4. Les chercheurs ont aussi souligné que l’implication des enseignants dans ce type d’activité et les discussions de ces derniers avec les enfants pour stimuler leur imagination semblaient deux facteurs de réussite importants.

 

 Les photographies ont captivé l’imagination des enfants — de nombreux enfants croyaient que les animaux en peluche avaient vraiment trouvé les livres  

Dr Okazaki

[Traduction libre]

Cette initiative a eu d’autres effets bénéfiques. Par exemple, des parents ont rapporté aux chercheurs avoir remarqué que leur enfant était beaucoup plus attentif à sa peluche après cette nuit passée à la bibliothèque, qu’il en prenait soin davantage depuis lors.

 

Limites de l’étude

Okazaki et ses collègues suggèrent qu’on devrait tenir compte des habitudes de lecture des enfants avant leur participation à une telle activité (ex. : chercher à savoir si les enfants lisent déjà des albums à leurs animaux en peluche à la maison avant de procéder à l’activité), ce que n’a pas examiné la présente étude. D’autre part, il serait aussi essentiel d’observer si les enfants lisent déjà des mots avant de prendre part à ce type d’activité, afin d’évaluer leurs capacités de lecture (l’efficacité de la lecture, y compris la vitesse et la compréhension).

Les chercheurs espèrent malgré tout que les résultats qu’ils ont obtenus favoriseront un transfert efficace des connaissances et des savoir-faire liés à cette méthode, qui semble produire des effets positifs sur les habitudes de lecture des enfants. Selon eux, les programmes de promotion de la lecture offerts par les bibliothèques contribuent à développer des lecteurs actifs. Ils constituent aussi des initiatives peu coûteuses et simples à organiser qui associent jeu créatif, narration d’histoires et amour des livres dans une ambiance magique qui sollicite l’imagination des enfants.

 

Référence :

 Okazaki, Y. S., Asakawa, A., Ishii, K. et Yamada, Y. (2017, 28 février). The stuffed animal sleepover: enhancement of reading and the duration of the effect. Heliyon, 3(2). http://dx.doi.org/10.1016/j.heliyon.2017.e00252

Note :

L’activité décrite dans cet article s’inspire d’un album jeunesse japonais écrit par Kazuhito Kazeki et illustré par Chiaki Okada. (2016). Une nuit à la bibliothèque. Voir la description de cet album dans le site Web des éditions du Seuil à www.seuiljeunesse.com/ouvrage/une-nuit-a-la-bibliotheque-chiaki-okada/9791023506181

 

Pour lire un extrait de l’album, voir : http://ref.lamartinieregroupe.com/media/9791023506181/129025_extrait_Extrait_0.pdf

[1] Voir la galerie de photos de différentes bibliothèques sur Pinterest à l’adresse suivante : www.pinterest.fr/carriealicepins/stuffed-animal-sleepover/

[2] Annonce de l’activité à la bibliothèque de La Petite-Patrie, à Montréal : Les toutous dorment à la bibliothèque. Repéré à http://calendrier.bibliomontreal.com/detail/777622-les-toutous-dorment-a-la-bibliotheque

Dernière modification : 9 juillet 2019.

Partager sur les réseaux sociaux :

Contribuez à l'appréciation collective
Cette information est-elle utile à votre pratique ?

1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Aucun vote actuellement)

Il n’y a aucun commentaire présentement.

Écrire un commentaire

Politique éditoriale des commentairesPolitique éditoriale des commentaires

Le RIRE invite les internautes à laisser leurs commentaires qui contribuent à la réflexion et ainsi enrichissent le réseau. Dans cette optique, le RIRE s'est doté d'une politique éditoriale des commentaires :

  1. a. Les commentaires doivent être écrits dans l’une des deux langues officielles (Canada), soit le français ou l’anglais.
  2. b. Les commentaires doivent se faire dans le respect des personnes et la diversité des opinions.
  3. c. Les commentaires haineux ou disgracieux seront supprimés.
  4. d. Les écarts langagiers et les propos malveillants ne sont pas tolérés.
  5. e. La publicité est interdite.
  6. f. La publication d’hyperliens vers d’autres sites est autorisée si ces sites respectent la politique éditoriale des commentaires.
  7. g. Les administrateurs du RIRE peuvent modifier en tout temps leur politique éditoriale des commentaires.

Le Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE) diffuse de l’information susceptible de répondre aux besoins des acteurs de la réussite éducative. Cette information est repérée grâce aux activités de veille du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ)