Les filles et les sciences

Radia Perlman? Marcelle Gauvreau? Sauriez-vous sans hésiter dire qui sont ces femmes[1] ou ce qu’elles ont fait? Cela vous apparaît-il impossible? Pourtant, toutes deux sont des pionnières dans le domaine des sciences; nous leur devons beaucoup. Il existe ainsi de nombreux exemples de femmes inspirantes liées au domaine des sciences qu’on connaît peu. On sait par ailleurs que les filles se trouvent souvent parmi les meilleurs élèves de leurs cours de sciences jusqu’à l’université. Or, peu d’entre elles s’engagent dans des études en sciences. Comment dès lors les encourager à poursuivre une carrière de scientifique, c’est-à-dire à œuvrer dans un domaine où elles se trouvent encore aujourd’hui en minorité? En se basant sur les recherches actuellement disponibles et qui traitent de cette problématique, voici quelques pistes de solution prometteuses, ainsi que quelques ressources disponibles au Québec et ailleurs.

Shutterstock/De Photographee.eu

Les femmes restent sous-représentées dans le domaine des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM). Aux États-Unis, par exemple – et ce constat est aussi valable au Québec ainsi qu’au Canada –, bien que le nombre de femmes diplômées en ingénierie ait augmenté au cours des 20 dernières années, leur participation reste encore bien inférieure à celle des hommes : aux États-Unis, on compte en effet moins de 20 % de doctorantes en 2014, tandis qu’au Canada le pourcentage actuel de 17,9 % n’a pas augmenté depuis trois ans. Quels sont les facteurs qui expliquent que les filles ne poursuivent pas leurs études en sciences et ne font pas carrière de scientifique?

Low participation field for women: Engineering, 1995, 2004, 2014

 

Pourcentage d’ingénieures nouvellement admises au 31 décembre 2017

 

Combattre les stéréotypes

Plusieurs croyances peuvent dissuader les filles de poursuivre une carrière dans les STIM dès l’entrée à l’école primaire, notamment celles qui relèvent de stéréotypes négatifs sur leurs capacités intellectuelles. Ainsi, les filles autant que les garçons pensent que ceux-ci sont meilleurs que celles-là en informatique et en ingénierie. Les recherches montrent non seulement que les perceptions des élèves sont fortes à cet égard, mais aussi que ce sont les croyances culturelles qui façonneraient les préférences des filles et des garçons, et non des différences innées qui les détermineraient. D’ailleurs, une recherche menée en 2017 a démontré que permettre à des filles en 1re année du primaire de jouer avec un jouet robotisé pouvait accroître leur intérêt pour l’apprentissage de l’informatique et de l’ingénierie, alors que cela n’a eu aucun effet similaire sur les garçons[2]. Le rôle des parents et des éducateurs s’avère donc primordial pour convaincre les filles que les carrières scientifiques sont à leur portée et, surtout, pour les débarrasser de toutes ces idées fausses qui les empêchent de s’engager dans une carrière scientifique[3].

On peut aussi déconstruire certains stéréotypes en montrant aux filles des exemples et des modèles de femmes qui ont réussi dans les STIM. Il est important de faire connaître l’histoire de ces dernières et de mettre en évidence la façon dont elles ont réussi comme scientifiques, notamment afin de permettre aux filles de s’imaginer plus facilement suivre avec succès un chemin semblable.

Créer des opportunités d’apprentissage et des lieux d’exploration ouverts pour impulser un changement de mentalité, de culture

Privilégier les occasions de rencontre avec le monde de la science s’avère une autre stratégie gagnante. De nombreuses initiatives sont ainsi mises sur pied pour faire connaître les carrières scientifiques aux jeunes filles et pour stimuler leur intérêt pour les sciences. Car bien souvent, ce n’est pas par manque d’intérêt pour les sciences que les filles ne s’engagent pas dans ce domaine, mais plutôt en raison du fait qu’on expose peu les filles à tout ce qui touche les métiers technologiques et scientifiques. Cela explique sans doute en partie pourquoi elles demeurent encore trop peu à s’orienter vers de telles carrières.

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Références

National Science Foundation | National Center for Science and Engineering Statistics (NCSES). (2019, 8 mars). Women, Minorities, and Persons with Disabilities in Science and Engineering. Repéré à https://ncses.nsf.gov/pubs/nsf19304/digest

National Science Foundation. (2010, 5 mai). Preparing the Next Generation of Stem Innovators: Identifying and Developing our Nation’s Human Capital. Repéré à www.nsf.gov/nsb/publications/2010/nsb1033.pdf

Bian, L., Leslie, S.-J. et Cimpian, A. (2017, 27 janvier). Gender stereotypes about intellectual ability emerge early and influence children’s interests. Science, 355(6323), 389-391. Repéré à https://science.sciencemag.org/content/355/6323/389

Boston, J. et Cimpian, A. (2017). How Do We Encourage Gifted Girls to Pursue and Succeed in Science and Engineering? Social Psychological and Personality Science, 2(6). Repéré à https://psyarxiv.com/adtzh/

Lei, R., Rhodes, M. et Green, E. (2018). Children lose confidence in their potential to “be scientists”, but not in their capacity to “do science”. PsyArXiv. Doi : 10.1111/desc.12837.

Potvin, P. et Hasni, A. (2019, 10 février). Les jeunes filles et la science. Repéré dans le magazine numérique Découvrir de l’Acfas à www.acfas.ca/publications/decouvrir/2019/02/jeunes-filles-science

Cheryan, S., Siy, J. O., Vichayapai, M., Drury, B. J. et Kim, S. (2011, 15 avril). Do Female and Male Role Models Who Embody STEM Stereotypes Hinder Women’s Anticipated Success in STEM? https://doi.org/10.1177/1948550611405218

Bussières, I. (2019, 23 février). Les filles, toujours moins nombreuses en sciences. Le Soleil. Repéré à www.lesoleil.com/actualite/science/les-filles-toujours-moins-nombreuses-en-sciences-065bfe9289266f02aa3be5047c3f2387

 

Source de l’image : Shutterstock/Photographee.eu

 

[1] Radia Perlman a joué un rôle clé dans le développement d’Internet (lire par exemple à son sujet cette page de Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Radia_Perlman). Quant à Marcelle Gauvreau, elle fut la première Québécoise à décrocher un diplôme de maîtrise en sciences (lire cette page Web à son sujet cette page Web : www.acfas.ca/publications/decouvrir/2018/04/marcelle-gauvreau).

[3] Master, A., Cheryan, S., Moscatelli, A. et Meltzoff, A. N. (2017, août). Programming experience promotes higher STEM motivation among first-grade girls. Journal of Experimental Psychology, 160, 92-106. Repéré à www.sciencedirect.com/science/article/pii/S002209651730200X

[4] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1092211/stereotypes-femmes-science-dessins-enfants</a

Dernière modification : 26 septembre 2019.

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