Les compétences du 21e siècle

Avec l’industrialisation massive, le développement d’une économie et d’une politique mondiales, ainsi que des moyens de transport et de communication, et l’invention d’Internet, qualifier le 20e siècle d’ère de changement résonne comme un euphémisme. Toutefois, en comparaison avec le début du 21e siècle, le monde en était alors possiblement encore seulement aux premiers pas d’une courbe exponentielle de changements ayant le pouvoir de balayer entièrement la manière de vivre que nous connaissions jusqu’ici.

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Shutterstock / Monkey Business Images

La problématique soulevée ci-dessus agit comme trame de fond du rapport de Cynthia Luna Scott qui affirme la nécessité de redéfinir et d’enseigner de nouvelles compétences pour faire face aux principaux défis du 21e siècle. Son texte met en lumière les différentes formes possibles de l’apprentissage dans une ère de mondialisation, de migration, de concurrence internationale et de nouveaux défis environnementaux et politiques.

[Intégrer les compétences du 21e siècle dans l’enseignement des sciences et de la technologie]

Pourquoi repenser les compétences?

Scott recense de nombreuses études pour réfléchir sur l’apprentissage de demain et elle souligne d’entrée de jeu deux choses. Premièrement, de nouvelles compétences et aptitudes (personnelles, sociales) ainsi que de nouvelles formes d’apprentissage s’avèrent essentielles pour opérer de manière optimale dans le monde du travail du 21e siècle. Deuxièmement, leur développement ne doit pas être retardé ou réservé uniquement aux étudiants de niveau supérieur (ex. : collégial, universitaire).

La première priorité est de déterminer les éléments qu’il faudrait retirer d’un programme déjà surchargé […] avant d’intégrer de nouvelles compétences ou aptitudes ou de transformer la façon dont le temps de cours est utilisé. 

Quelles compétences privilégier?

Au cours des dernières décennies, une dizaine d’organisations internationales (ex. : organisations gouvernementales) et d’institutions privées, entre autres, se sont penchées sur « les compétences requises pour relever les défis du 21e siècle ». Scott a décidé de synthétiser l’information relative à l’ensemble de ces recherches. Pour ce faire, elle a choisi de présenter les nouvelles formes d’apprentissage et compétences à maîtriser selon les quatre piliers de l’éducation du rapport Delors, produit par la Commission internationale sur l’éducation pour le 21e siècle. Ce rapport s’intitule L’éducation : un trésor est caché dedans. Voici les quatre piliers en question :

  1. Apprendre à connaître;
  2. Apprendre à faire;
  3. Apprendre à être;
  4. Apprendre à vivre ensemble.

[Consulter ces cadres de référence aux pages 2, 3 et 4]

 Apprendre à connaître

Scott souligne un certain consensus sur le fait que les étudiants doivent toujours apprendre à maîtriser les matières de base « en apprenant à donner du sens à des problèmes mondiaux importants et complexes », qui touchent quatre thèmes interdisciplinaires (ex. : apprendre à faire). Ainsi, en travaillant sur la possession d’une conscience globale, sur la culture financière, économique, commerciale et entrepreneuriale, sur la culture civique et sur la culture de la santé physique et mentale, de quoi s’assure-t-on? Eh bien, on s’assure de contextualiser les connaissances pour que les élèves puissent développer des compétences et des aptitudes les préparant aux exigences de la vie adulte et du travail.

Apprendre à faire

Six compétences composent le thème « Apprendre à faire ». Elles permettent de relier « savoir et capacités, apprentissage et compétence, apprentissage inerte et actif, savoir codifié et tacite, apprentissage créatif et adaptatif et les transformer en compétences précieuses » (Roberto Carneiro [2007] cité par Scott). Les voici :

  1. Pensée critique
    C’est la capacité à obtenir, à analyser et à synthétiser l’information. Plusieurs cadres soulignent l’importance d’enseigner cette compétence, de la pratiquer et de la maîtriser.
  2. Résolution de problèmes
    C’est la capacité à analyser les faits, à rechercher, à organiser et à évaluer les solutions possibles. On recherche cette compétence, liée à la collaboration, à la créativité et à l’autonomie, dans les emplois hautement concurrentiels.
  3. Communication et collaboration
    C’est la capacité d’exprimer oralement ou à l’écrit ses pensées, et de travailler efficacement en équipe. Cette compétence sous-tend l’apprentissage collaboratif nécessaire pour atteindre des niveaux supérieurs de compréhension, d’innovation et de créativité.
  4. Créativité et innovation
    C’est la capacité qui prend la place des apprentissages par cœur et de la mémorisation des faits statiques. Cette double compétence prisée du milieu professionnel permet « d’invoquer de nouvelles façons de penser, de mettre de l’avant de nouvelles idées et solutions [et de] trouver des réponses inattendues » (Gardner [2008] et Sternberg [2007] cités par Scott).
  5. Information, médias et maîtrise de la technologie
    C’est la capacité à obtenir l’information, à l’évaluer et à l’utiliser, ainsi qu’à créer des messages d’expression de soi; c’est aussi la capacité à influencer et à informer autrui.
  6. Maîtrise des technologies de l’information et de la communication (TIC)
    C’est la capacité à obtenir, à gérer, à évaluer et à créer de l’information grâce aux TIC. La maîtrise des TIC permet aussi de « maîtriser d’autres compétences et aptitudes requises pour réussir au 21esiècle » (Trilling et Fadel [2009] cités par Scott).

Apprendre à être

Pour que les élèves d’aujourd’hui soient en mesure de s’adapter au monde qui change et de travailler plus tard efficacement avec des gens de divers milieux, le milieu scolaire doit permettre à ces élèves de développer dès maintenant « les qualités personnelles qui façonnent l’identité des apprenants, guident leurs réponses à l’échec, aux conflits et aux crises, et les préparent à affronter les difficiles problèmes du 21e siècle » (Perkins [2007] cité par Scott). Six types de compétences composent le thème « Apprendre à être ».

  1. Compétences sociales et interculturelles
    C’est la capacité à travailler en équipe, à être ouvert aux différentes idées et valeurs, et à utiliser les différences culturelles comme un avantage. Scott souligne l’importance de créer des situations pour développer la résilience et l’empathie : « il importe que les éducateurs et les parents étayent cet apprentissage informel par un enseignement direct ».
  2. Responsabilité personnelle, autorégulation et initiative
    C’est la capacité à gérer son autonomie, sa motivation, son apprentissage continu et la prise de risque tout en sachant s’adapter aux changements rapides du 21esiècle. La curiosité, la gestion du temps et l’agilité mentale sont aussi essentielles.
  3. Aptitude à donner du sens
    C’est la capacité à donner du sens aux problèmes mondiaux complexes et teintés d’incertitude.
  4. Compétences métacognitives
    C’est la capacité à « penser la pensée », ce qui est fortement associé à une amélioration de l’apprentissage. Il faut apprendre aux élèves que l’intelligence est malléable, leur apprendre aussi à se fixer des objectifs, à évaluer leur apprentissage et à s’adapter au besoin.
  5. Esprit d’entreprise
    C’est la « capacité de reconnaître et d’exploiter les possibilités et la disposition à prendre des risques et à assumer des responsabilités ». Lié à la pensée inventive et créative, l’esprit d’entreprise permet de créer des emplois pour soi et pour les autres.
  6. Apprendre à apprendre et habitudes d’apprentissage continu
    C’est la capacité de se développer de manière autonome et continue.

Apprendre à vivre ensemble

Les cinq compétences reliées au « vivre ensemble » et transférables au monde du travail permettront aux élèves de travailler en équipe pour atteindre des niveaux de réflexion supérieurs.

  1. Recherche et valeur de la diversité
    C’est la capacité à percevoir et à comprendre les différences, et à travailler au sein d’une équipe culturellement diverse. Scotte souligne l’importance de mettre sur pied des activités d’apprentissage qui permettent aux élèves d’apprécier et de pratiquer le « vivre ensemble ».
  2. Travail d’équipe et interconnexion
    C’est la capacité à travailler en équipe et à mettre à profit le travail interdisciplinaire. Cela s’avère nécessaire pour régler les problèmes planétaires et pour lutter efficacement contre la discrimination.
  3. Citoyenneté civile et numérique
    C’est la capacité à exercer les droits et les obligations de la vie civique, et ce, tant au niveau local qu’au niveau national, en plus de participer de manière productive et responsable à la « vie en ligne », à la culture numérique. L’école est un lieu idéal pour encourager les élèves à s’engager dans leur communauté et à devenir de bons citoyens numériques.
  4. Compétence mondiale
    C’est la capacité à se voir comme des citoyens du monde plutôt que comme des citoyens d’un pays en prenant en compte les points de vue des autres et en utilisant son éthique personnelle.
  5. Compétence interculturelle
    C’est la capacité à comprendre et à communiquer par-delà les barrières culturelles en faisant preuve de souplesse et de coopération au sein d’équipes interdisciplinaires et interculturelles.

 Comment y arriver?

Ces nouvelles compétences et aptitudes sont essentielles aux élèves pour qu’ils puissent supporter et surmonter les contraintes futures du marché du travail. Pour demeurer à l’avant-garde de ces changements, les nouveaux systèmes d’éducation doivent aussi réaffirmer « l’importance des matières et des formes traditionnelles de savoir », en plus de fournir aux élèves les connaissances nécessaires à la compréhension des problèmes civiques.

Chaque pays peut participer à la création d’un réseau mondial d’apprentissage aussi dominant et omniprésent que les réseaux internationaux existants d’affaires, de finance et de communication. 

Tout indique que les pédagogies centrées sur l’élève, comme l’apprentissage collaboratif, l’apprentissage personnalisé, l’apprentissage par projet ou l’apprentissage par enquête, sont les meilleurs vecteurs pour développer ces compétences. Les approches qui favorisent la production et le partage de créations de toutes sortes et « qui conduisent les apprenants à remettre en question leurs propres croyances et celles de leurs pairs » seraient en effet à même de préparer les élèves d’aujourd’hui à surmonter les obstacles de demain.

[L’approche par projets comme source d’expression]

[Consulter l’article]

Référence :

Scott, Cynthia Luna. (2015). Les apprentissages de demain 2 : Quel type d’apprentissage pour le XXIe siècle?. Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture. UNESCO. Repéré en ligne : http://unesdoc.unesco.org/images/0024/002429/242996F.pdf

Dernière modification : 9 juillet 2018.

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2 commentaires

  1. Par Francine Payette le 4 juillet 2018 à 10:23

    Madame Cynthia Luna Scott a-t-elle lu les 4 premiers chapitres du programme de formation de l ‘école québécoise?
    Le rapport Delors « L’Education, un trésor en est caché dedans » était l’un des documents de réflexion qui a inspiré les rédacteurs, ainsi que le rapport Corbo « Eduquer les jeunes au xxie siècle », aussi le, rapport Inchauspé, qui présentait la nécessité de certaines compétences transversales, les réflexions de Edgar Morin, aussi, « Le monde nouveau” de Federico Mayor, etc,…nous avons eu l’occasion de belles rencontres avec Michel Serres, Edgar Morin, Alfred Douady, et autres.
    Il me semble que les chapitres introductifs du programme national québecois, avec l’importance donnée aux domaines généraux de formation et aux compétences transversales basées évidemment sur les connaissances acquises dans les disciplines, préparent vraiment les jeunes, pour le monde complexe qui est le notre maintenant.

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