Les différentes trajectoires associées à la motivation à apprendre dans le contexte de la transition du primaire au secondaire

Par : Jonathan Smith, M.A., PhD. Professeur-chercheur à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

En 2012, le ministère de l’Éducation publiait un document informatif afin d’orienter les efforts visant à faire vivre aux élèves une transition de qualité du primaire au secondaire. S’appuyant principalement sur des données étrangères, ce référent sensibilisait effectivement les acteurs scolaires à la nécessité d’adopter des pratiques qui permettraient de mieux soutenir les élèves à cette étape de leur cheminement. En parallèle, des chercheurs se sont fixé pour cible d’évaluer comment les élèves réagissent à cette transition. Leurs efforts les ont menés à constater, entre autres, que les perceptions que les élèves entretiennent à propos de leurs capacités et en ce qui concerne l’attrait et l’importance des apprentissages pouvaient se détériorer. Sachant que celles-ci jouent un rôle prédominant dans la motivation à apprendre, ces résultats avaient de quoi préoccuper les acteurs scolaires.

[Dossier thématique : La motivation scolaire au secondaire]

Cela étant dit, il y avait lieu de penser que certains élèves pouvaient préserver des dispositions motivationnelles favorables. Afin de faire une meilleure interprétation des changements que connaissent celles-ci dans ce contexte transitoire, il convenait de poursuivre le travail d’analyse en recourant à des modèles qui allaient permettre de faire des interprétations plus fines. C’est l’orientation que j’ai donnée à mes recherches doctorales récentes.

Qu’est-ce qui rend cette transition si particulière?

Avant de résumer les résultats des analyses qui ont été réalisées en conformité avec cette intention, il importe d’expliquer en quoi la transition primaire-secondaire se distingue de la transition qui la précède et de celles qui lui succèdent. Ainsi, celle-là a la particularité d’être vécue de manière simultanée avec des changements développementaux importants. En effet, tandis que les élèves tentent de s’adapter à une école secondaire de taille plus imposante, qui adopte un mode de fonctionnement distinct et qui formule de nouvelles attentes et exigences à leur endroit, ils font du même coup l’expérience d’importants changements psychophysiologiques qui sont propres à l’adolescence. Face à de pareils bouleversements, les élèves pourraient modifier la perception qu’ils ont d’eux-mêmes et des apprentissages scolaires.

[Dossier thématique : Transition scolaire]

Différentes réactions à ces changements?

Ainsi, afin de pouvoir lever le voile sur les différents changements que connaissent les dispositions motivationnelles précédemment identifiées, j’ai soumis les données auxquelles j’avais accès à des analyses de trajectoires développementales. Les résultats qui ont émergé ont indiqué, d’une part, que presque le tiers des élèves sont parvenus à préserver des attentes de succès plutôt positives; et, d’autre part, que les quelques élèves qui accordaient une valeur plutôt faible aux apprentissages avant de vivre cette transition ont néanmoins préservé des perceptions assez intactes. On peut donc en conclure que cette transition n’exerce pas forcément un effet négatif sur la motivation de tous les élèves.

Que peuvent faire les intervenants scolaires?

Des caractéristiques propres aux élèves, liées à leur environnement scolaire et aux relations qu’ils cultivent avec leur entourage, ont été mises en corrélation avec les différents changements documentés. Il est apparu que les caractéristiques relationnelles entretenaient des liens particulièrement significatifs avec ceux-ci. Or, contre toute attente, les élèves qui préservaient leurs dispositions motivationnelles n’étaient pas ceux qui décrivaient leurs relations avec leurs pairs et leurs enseignants comme étant les plus chaleureuses et les plus « soutenantes ». En effet, peu importe l’orientation que prenait la motivation à apprendre pendant cette transition, plus les élèves maintenaient une opinion favorable à propos de leurs capacités et de la valeur des apprentissages, plus ils s’exprimaient favorablement aussi en ce qui concerne leurs relations. À la lumière de ces résultats, on peut penser que les acteurs scolaires gagneraient à être attentifs à la qualité des relations que les élèves entretiennent à cette étape de leur développement et de leur cheminement, car il semblerait bien que leur motivation puisse être à l’image de celles-ci.

[Soutenir une transition de qualité vers le secondaire]

[Consulter la thèse]

Références

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Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. (2012). Guide pour soutenir une transition scolaire de qualité vers le secondaire. Repéré à http://www.mels.gouv.qc.ca /fileadmin/site_web/documents/dpse/adaptation_serv_compl/Guide_SoutenirTransitionScolaireQualiteVersSec.pdf

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Dernière modification : 6 juillet 2018.

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