Le rôle de la compétence émotionnelle dans la réussite scolaire, de l’enfance à l’âge adulte

La réussite scolaire constitue un enjeu important qui a des répercussions sur les élèves tout au long de leur vie. Le développement d’une bonne maitrise des connaissances et compétences enseignées à l’école est notamment associé à une bonne adaptation sociale, à une intégration facilitée sur le marché du travail ainsi qu’à une bonne santé mentale et physique que l’on peut constater de nombreuses années après la fin des études. Plusieurs facteurs ont été identifiés comme prédicteurs de la réussite scolaire des enfants, des adolescents et des jeunes adultes, mais le rôle de la compétence émotionnelle en contexte scolaire est un sujet relativement nouveau qui mérite de s’y intéresser.

 

Shutterstock/oliveromg

Par Olivier Gaudet1 et Marie-Hélène Véronneau1, en collaboration avec les membres de l’équipe de recherche en compétence émotionnelle2

 

Qu’est-ce que la compétence émotionnelle?

Cette notion regroupe un ensemble d’habiletés qui permettent à un individu de gérer ses émotions stratégiquement dans le but de favoriser l’atteinte d’objectifs significatifs sur les plans personnel et social. Ces habiletés regroupent notamment l’identification, la compréhension, l’expression, la régulation et l’utilisation des émotions.

Par exemple, si un élève stressé en vue d’un examen prend conscience que cette situation génère pour lui du stress et qu’il entreprend des démarches pour le gérer (ex. : établir un échéancier ou un horaire de travail, faire du sport, parler de son stress à un proche), il démontre une bonne compétence émotionnelle. À l’inverse, si cet élève se laisse envahir par son stress, n’ose pas en parler ou devient désagréable dans ses interactions avec les autres en raison de la pression qu’il vit, il fait plutôt preuve d’une faible compétence émotionnelle.

La compétence émotionnelle comprend donc deux facettes :

  1. Intrapersonnelle : l’application de stratégies de gestion des émotions pour atteindre ses objectifs de manière autonome ;
  2. Interpersonnelle : l’application de stratégies de gestion des émotions pour gérer efficacement ses relations avec autrui dans le but d’atteindre ses objectifs.

Compétence émotionnelle et réussite scolaire

Les enfants, les adolescents et les jeunes adultes qui démontrent une bonne compétence émotionnelle ont tendance à obtenir de meilleurs résultats scolaires que ceux qui manifestent des habiletés plus faibles ou insuffisantes sur ce plan. En effet, un élève ou un étudiant qui sait réguler ses émotions et qui se montre capable de les communiquer efficacement aux autres – notamment aux personnes qui sont là pour l’aider – pourra plus facilement faire face aux sources de stress et aux défis auxquels il s’expose durant son parcours scolaire. Ainsi, il pourra mettre davantage d’énergie sur ses tâches scolaires et mieux performer lors des évaluations.

Les résultats de recherche obtenus suggèrent également ceci : un élève ou un étudiant qui démontre une bonne compétence émotionnelle est amené à accroître sa confiance en ses habiletés de gestion des émotions, de sorte qu’il se sent « équipé émotionnellement » pour affronter les défis propres à son parcours scolaire. Cette confiance l’aide à mettre en pratique de bonnes stratégies d’étude et d’apprentissage (ex. : en vue de la révision d’un examen ou d’un travail), ainsi qu’à persévérer dans ses efforts, malgré les tâches difficiles.

Comment améliorer la compétence émotionnelle

Il existe des programmes, que l’on peut implanter dans les écoles primaires et secondaires, dont certains des volets ont pour but de favoriser le développement de la compétence émotionnelle. Les professionnels de la santé mentale qui œuvrent dans les milieux d’enseignement peuvent consulter ces programmes afin de conseiller les enseignants, les étudiants ou les élèves à risque d’échec scolaire sur les stratégies qui peuvent aider ces derniers à développer leur compétence émotionnelle. Cependant, ces programmes ne sont pas tous appuyés par des données probantes, de sorte que les professionnels qui souhaitent les mettre en œuvre doivent garder un esprit critique par rapport à ceux-ci. Voici quelques ressources à cet effet :

 

Notes

  1. Olivier Gaudet est candidat au doctorat au Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, sous la direction de Marie-Hélène Véronneau, professeure à ce département et directrice du Laboratoire d’études sur les parcours scolaires et les influences sociales (LÉPSIS, lepsis.uqam.ca). La préparation de cet article a été rendue possible grâce à une subvention de développement Savoir du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, ainsi que d’une bourse de carrière du Fonds de recherche du Québec – Santé attribuées à Marie-Hélène Véronneau.
  2. L’Équipe de recherche en compétence émotionnelle est financée par le programme de soutien aux équipes de recherche du Fonds de recherche du Québec — Société et culture. Elle est composée de Dale M. Stack (coordonnatrice et membre régulière), Erin T. Barker, Holly Recchia, Lisa A. Serbin, Marie-Hélène Véronneau (membres régulières) et Paul Hastings (collaborateur). Les membres de cette équipe sont affiliés au Centre de Recherche en Développement Humain (CRDH, http://crdh.concordia.ca/homee.html).

 

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Source de l’image : Shutterstock/oliveromg

Dernière modification : 1 mai 2018.

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