Relation école-famille : Opter pour la coéducation

« Que voulez-vous que l’on fasse avec des enfants comme ça? Ce qu’on leur enseigne à l’école, ils le désapprennent aussi vite en famille. » « Vous devriez plutôt leur apprendre les calculs comme cela… » Ce type de propos, tenus soit par des enseignants, soit par des parents d’élèves, reflète des tensions entre le milieu scolaire et le milieu familial. Celles-ci peuvent fragiliser la relation école-famille, qui constitue un facteur de réussite scolaire majeur. Comment aider les parents et les enseignants à renforcer cette relation pour le bien de l’élève?

Shutterstock / Franck Boston

Bruno Humbeeck et ses collaborateurs ont travaillé à élaborer une solution pour éviter que la relation entre les enseignants et les parents ne tourne au conflit. Dans un article publié sur Érudit, ils présentent les résultats de leur travail de recherche-action, identifient notamment les « parasites » de la relation école-famille et proposent une réflexion sur l’utilisation des différents moyens de communication entre parents et enseignants.

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Un partenariat efficace grâce à la coéducation

Les auteurs de cet article montrent tout d’abord que la tension entre les parents et les enseignants naît de l’absence de frontière entre l’école et la famille. Cette absence de frontière autorise l’intrusion des parents et des enseignants dans le territoire éducatif de l’autre et peut générer des jugements négatifs. Ainsi, les parents comme les enseignants peuvent nuire à un partenariat dirigé essentiellement sur le développement de l’enfant. Pour aider les acteurs de cette relation, Bruno Humbeeck dicte trois principes de base de la coéducation à ne pas transgresser.

1.Coéduquer ne signifie pas coenseigner : 

Pour que la coéducation de l’élève soit efficace et qu’elle se déroule à l’intérieur d’une bonne relation, le parent ne devrait pas porter de jugements sur les méthodes d’enseignement de l’enseignant. Ce type de jugement incite les écoles à « dresser des murs » pour empêcher les parents de s’y immiscer, ce qui marque un recul de la relation école-famille.

La classe est clairement le lieu de l’enfant et de l’enseignant

2.Coéduquer ne signifie pas cogérer : 

Dans le même ordre d’idées, le parent ne devrait pas critiquer les règles, l’organisation ou le fonctionnement de l’école, puisque cela est perçu comme une intrusion au sein du territoire de tout le personnel scolaire.

3.Coéduquer avec la famille, ce n’est pas éduquer la famille : 

À l’inverse, l’enseignant ne devrait pas cibler « l’enseignement implicite des parents » (manière de parler, d’agir, etc.) et devrait éviter de juger la manière dont les parents éduquent leurs enfants.

[…] les enseignants n’ont pas à s’inviter au domicile des parents et à y édicter des règles ou à y définir des normes

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Revisiter les médias de communication parents-enseignants

Dans leur recherche-action, Humbeeck et ses collaborateurs ont consulté les parents afin de réinventer les canaux de communication traditionnellement utilisés. Ainsi, ils prônent un partenariat de coéducation que favorise une communication centrée sur l’élève à travers les devoirs, le journal de classe et le bulletin.

Les devoirs

Une foule de recherches prouvent que la prise en charge des devoirs par les parents est une source de tensions extrêmes et désagréables, qui mènent souvent au désengagement des parents.

Pour développer une nouvelle façon d’aborder les devoirs, les parents ont été invités à noter les notions et les concepts qui font obstacle à l’apprentissage dans les devoirs. En plus de donner une nouvelle source de rétroaction à l’enseignant, les chercheurs notent une diminution des tensions grâce à cette méthode. Cette nouvelle perspective permet donc de transformer le devoir en un instrument de communication entre l’école et la famille en plus de rétablir le devoir comme un outil pédagogique efficace.

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Le journal de classe

Théoriquement, le journal de classe est un outil de communication entre le parent et l’enseignant ainsi qu’un outil pour noter les activités et les apprentissages que l’enfant a faits durant la journée. Or, les communications centrées sur le développement de l’élève seraient trop souvent délaissées au profit de messages négatifs, qui pointent les mauvais coups de l’élève.

Pour pallier cette situation, Humbeeck et ses collaborateurs ont réinventé le journal de classe en invitant les parents et les enseignants à partager de l’information sur l’évolution de l’enfant, par exemple en relatant des évènements précis liés à des contextes scolaires ou familiaux. On centre ainsi toute l’attention sur le développement de l’enfant et l’on retrouve l’utilité pédagogique de cet outil qu’est le journal de classe.

Le bulletin

Les enseignants et les parents qui ont participé au travail de recherche-action d’Humbeeck et de ses collaborateurs utilisent dorénavant le bulletin pour échanger sur « l’évolution du développement socioaffectif de l’enfant plutôt que de se limiter à justifier les manquements cognitifs. » Cette nouvelle façon de voir le bulletin a permis de diminuer les exigences excessives des parents et d’éviter les attitudes défensives des enseignants.

En évitant de transgresser les trois principes de base de la coéducation et en repensant les médias de communication entre les parents et les enseignants, on remet l’élève au centre du processus formatif, on favorise la relation école-famille et on communique plus efficacement pour un objectif commun : l’épanouissement de l’enfant dans son rapport au savoir.

Référence :

Humbeeck, B. Lahaye, W. Balsamo, A. Pourtois, J-P. 2006. Les relations école-famille : de la confrontation à la coéducation. Revue des sciences de l’éducation. Volume 32, Numéro 3, 2006, p. 649–664. 

Image : © Shutterstock / Franck Boston 

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Dernière modification : 12 juillet 2017.

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