Comment expliquer les reculs conceptuels en éducation?

L’apprentissage n’est pas un processus linéaire. Dans son dernier article, publié dans Pédagogie collégiale, Nathaniel Lasry tente d’expliquer les reculs conceptuels des apprenants.
Exam

Les tests avant-après

Pour évaluer la compréhension conceptuelle des apprenants, il est habituel de voir des professeurs de physique utiliser des tests diagnostiques de type Force concept Inventory (FCI) surnommés tests « avant-après ». Cette pratique permet d’évaluer l’évolution conceptuelle qu’a connue l’apprenant grâce aux enseignements prodigués.

Une analyse plus poussée des résultats à ces tests permet de soulever un détail intriguant : à la fin de la période d’apprentissage, plusieurs apprenants vont fournir une réponse erronée à une question réussie lors de la première passation. Puisque la structure même de ces tests diagnostiques a été créée pour écarter le phénomène du « coup de chance », ce détail laisse entrevoir une situation très  intéressante.

À l’aide des réponses de 13 000 étudiants ayant passé le même test diagnostique, on a pu conclure que 30 % des réponses initialement correctes aux tests vont être incorrectes suite à la formation des apprenants.

Comment expliquer ce phénomène?

Trois explications à ce phénomène sont soulevées :

1. L’habitude créée dans le cours de physique de remettre en question les idées préconçues va pousser les apprenants à écarter des éléments véridiques qu’ils connaissaient avant le cours.

2. Il est possible que la construction des savoirs scientifiques soit encore instable chez ces apprenants et que cette situation leur a fait commettre des erreurs qu’ils n’auraient pas faites initialement.

3. Considérant que les étudiants ayant davantage de connaissances préalables font plus de progrès avec moins de recul (selon ces tests diagnostiques), il est possible que les nouveaux concepts aient plus de chance de se greffer à un réseau conceptuel existant.

Cette recherche permet d’entrevoir l’aspect fluctuant des conceptions des apprenants.

La construction d’une vision du monde experte semble être un processus fragile et non linéaire, particulièrement quand les étudiants possèdent peu de connaissances dans le domaine.

(Lasry, 2016, p. 7)

 [Consulter l’article]

Pour consulter cet article en PDF

Source: Lasry, N. (2016). Peut-on apprendre sans désapprendre?Pédagogie Collégiale, 29(4), 4–7.

Image: « Exam » (CC BY 2.0) by  albertogp123 

Dernière modification : 6 juillet 2016.

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4 commentaires

  1. Par Patrick Daganaud le 28 juin 2016 à 9:39

    Comment expliquer les reculs conceptuels en éducation?

    Je proposerai que l’abandon de la pratique systématique du doute et le vide de formation à la systémique et à la théorie de la complexité soient explorés…

    Le réductionnisme atrophie copieusement les champs de vision et conduit à l’impuissance face aux déséquilibres cognitifs.

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  2. Patrick attribue la cause au réductionnisme. Je soumets l’hypothèse que c’est le harcèlement incessant et intensif subi par le cerveau (massage numérique) entre les tests «avant-après» qui (a) réduit l’attention et la concentration et (b) favorise l’impulsivité.
    Pour vérifier cette hypothèse, voici un objet d’étude.
    Faisons passer le test «avant» à mille étudiants. Suite au test, 500 d’entre eux réduiront leur temps numérique à l’essentiel, (à préciser) les 500 autres maintiendront ou augmenteront leur temps numérique. Au moment de passer le test «avant», notons le temps numérique (télévision, internet, porno, réseaux sociaux, jeux vidéo, smartphones, SMS, tablette…) des mille sujets.
    Au moment de passer le test «après», vérifions le temps numérique de chacun. Si on veut reprendre l’étude, notons aussi l’intervalle entre le test AVANT et le test APRÈS, période durant laquelle le massage numérique a été subi.

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  3. intéressant, mais l’argument de l’instabilité scientifique est largement suffisant, et montre que ces 30% sont capable d’être malléables, qu’ils ont écouté !

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  4. En fait, la statistique de 30 % s’applique à un nombre de questions qui ont été bien répondues lors d’une première passation de l’examen et qui seront incorrectes après la séquence d’enseignement. Il ne s’agit pas vraiment de malléabilité, mais d’un recul post-éducation au sujet de ces concepts.

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