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Les habiletés graphomotrices : une composante de l’écriture sous-estimée des enseignants

Si apprendre à écrire c’est, entre autres, apprendre à transposer par écrit de petites unités sonores qui constituent les mots, c’est aussi développer des compétences qui relèvent des habiletés motrices de l’enfant.

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Shutterstock / Albina Glisic

Les habiletés graphomotrices

Cet article expose les résultats d’une recherche menée par Nathalie Lavoie, Marie-France Morin et Anne-Marie Labrecque.

Ces chercheuses se sont intéressées aux débuts de l’apprentissage formel de l’écriture; plus précisément à la composante graphomotrice de cet apprentissage qui bat son plein en première année du primaire. L’objectif était d’examiner le lien entre les pratiques pédagogiques mises de l’avant par les enseignantes et la performance des élèves à l’égard du geste graphique.

[L]a maitrise du geste graphique requiert plusieurs apprentissages, entre autres, des apprentissages liés à la posture, à la mémorisation de la forme des lettres, à la gestion du tracé, à la reconnaissance des formes graphiques et au développement d’une fluidité d’écriture.

Depuis plusieurs années, les recherches ont montré qu’il était nécessaire d’enseigner ces habiletés graphomotrices pour que l’apprentissage de l’écrit soit optimal. L’automatisation du geste graphique associé au tracé des lettres serait une étape importante de l’apprentissage de l’écriture, puisqu’elle permettrait à l’enfant d’orienter son attention sur le discours produit et sur l’orthographe des mots.

Il semblerait toutefois que les enseignants ne soient pas suffisamment à l’affut des pratiques appuyées par la recherche pour offrir un soutien adéquat aux élèves dans le développement de leurs habiletés graphomotrices.

Les fonctions exécutives et l’écrit : synthèse des connaissances

Comment aider les élèves à développer leurs habiletés graphomotrices?

Le travail au regard des habiletés graphomotrices consisterait à amener les élèves à écrire de façon rapide et lisible. Par l’entremise d’un enseignement explicite, l’enseignant offre un modèle à l’enfant sur la façon de tracer les lettres pour ensuite lui offrir un soutien lorsqu’il se pratique à effectuer le geste moteur. L’enseignant réduit ce soutien au fur et à mesure que l’enfant acquiert de l’autonomie dans la formation des lettres dans des contextes isolés ainsi qu’à l’intérieur de mots ou de phrases. Il ne s’agit pas de mettre l’accent sur l’esthétisme des lettres, mais plutôt de fournir des occasions variées pour automatiser le geste moteur associé au tracé de chacune des lettres de l’alphabet, et ainsi développer une fluidité d’écriture.

Quelques constats

L’étude a permis d’établir certains constats à l’égard des pratiques d’enseignement des habiletés graphomotrices des enseignants de première année.

  • Premièrement, les enseignants ne mettraient pas suffisamment de l’avant un enseignement explicite et structuré des habiletés graphomotrices dans les classes de première année, probablement puisqu’aucune prescription officielle n’est faite à cet égard dans le programme de formation de l’école québécoise (ministère de l’Éducation du Québec, 2001).
  • Deuxièmement, si les enseignants de première année accordent beaucoup de temps en début d’année au développement des habiletés graphomotrices, il semblerait que cet apprentissage soit délaissé au fur et à mesure que l’année avance, alors que les études encouragent la poursuite du travail d’automatisation du geste graphique tout au long de la première année et même lors des années qui suivent.
  • Troisièmement, les résultats de l’étude montrent que les enseignants placent fréquemment les élèves dans des situations d’écriture variées, ce qui va dans le même sens que ce que suggère la recherche quant à la diversification des activités d’apprentissage pour favoriser le développement de la fluidité en écriture.
  • Quatrièmement, les chercheuses constatent que les enseignants tiennent peu compte de la vitesse d’écriture lorsqu’ils évaluent la compétence à écrire des élèves en fin d’année scolaire.
  • Cinquièmement, au cours de la première année, il semblerait que les enfants développent davantage d’habiletés graphomotrices associées au tracé des lettres qui lui sont familières, comme les lettres de son prénom, mais que cette maitrise ne soit pas nécessairement transférable aux autres lettres de l’alphabet auxquelles ils sont moins exposés.

En conclusion, les résultats de l’étude montrent que les enseignants ne seraient pas suffisamment sensibilisés à l’importance de travailler les habiletés graphomotrices de leurs élèves, pour que ceux-ci puissent automatiser progressivement le geste graphique et réduire la charge cognitive que requiert le tracé des lettres lors de l’activité d’écriture.

[Consultez l'article]

 

Source de l’image : Shutterstock / Albina Glisic

Dernière modification : 30 mai 2016.

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Un commentaire

  1. Par Chantal le 12 septembre 2016 à 9:29

    Interessant! Avez vous des references à propos que les études americaines je croient, démontreraient qu’en 2 ieme annee primaire, les devoirs à la maison ne seraient pas conseiller ou nécessaire! Je m explique: ma fille frequente une ecole publique, la plus « forte » classe de 2 ieme annee et, son prof ne donnera que des lecons a la maison. Tous se fera en classe en ce qui concerne les devoirs!

    Merci pour la documentation ou reference si vous en avez…

    Pour votre article, je vais faire le test sur mon fils de 3 1/2 ans né en décembre, je compte lui faire une derogation!

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