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Le contrôle de soi chez l’enfant

Pourquoi certains enfants sont-ils plus impulsifs que d’autres? Quelles sont les stratégies associées à un meilleur contrôle de soi? Cet article de Katrina Schartz se penche sur les travaux du chercheur en psychologie Walter Mischel à ce sujet.

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Shutterstock / Suzanne Tucker

Une expérimentation bien connue dans le domaine de la psychologie se nomme le test de la guimauve (« the marshmallow experiment »). L’expérimentation consiste à placer un enfant seul dans une pièce et lui remettre une guimauve en lui disant qu’il peut la manger, mais que s’il attend le retour de l’adulte (15 minutes plus tard), il obtiendra une deuxième guimauve (récompense différée). L’enfant a la possibilité de sonner une cloche, au son de laquelle l’adulte reviendra dans la pièce, ce qui permettra à l’enfant de manger la guimauve, mais sans en obtenir une deuxième.

Walter Mischel, le chercheur à l’origine de cette expérimentation, ainsi que ses collègues ont suivi les 600 participants sur une période de 50 ans, et ont observé que les individus qui avaient fait preuve d’un bon contrôle d’eux-mêmes au cours de l’expérimentation (ceux qui avaient été capables d’attendre 15 minutes sans manger la guimauve) avaient obtenu plus de succès dans leur vie, ce succès se traduisant entre autres par de meilleurs résultats scolaires et une plus grande capacité à gérer le stress. Ces gens entretiendraient également de meilleures relations interpersonnelles et seraient en meilleure forme physique et mentale que ceux n’ayant pas démontré de capacité d’autocontrôle dans le cadre de l’expérimentation.

À la suite de l’expérimentation de Mischel, plusieurs études longitudinales ont examiné l’importance du contrôle de soi chez l’individu, habileté qui est aujourd’hui considérée comme une composante importante du développement cognitif de l’enfant.

Le contrôle de soi est la capacité de contrôler ses pensées, ses impulsions et ses émotions.

Des travaux du chercheur Beaumeister ont également montré que le contrôle de soi agit comme un muscle – on peut le renforcer en l’exerçant.

Les stratégies d’autocontrôle

L’une des stratégies utilisées par les enfants lors du test de la guimauve est la stratégie de l’autodistraction. Les enfants imaginaient par exemple qu’ils se trouvaient à un autre endroit, ou ils chantaient des chansons afin d’orienter leur attention ailleurs que sur la guimauve.

Une autre stratégie utilisée par les enfants consistait à se distancier de la tentation, soit de la guimauve. Par exemple, l’un des enfants a placé la cloche qui pouvait être utilisée pour faire revenir le chercheur le plus loin possible de lui. D’autres enfants s’imaginaient que la guimauve n’en était pas une vraie, ce qui rendait la récompense immédiate moins attrayante.

Les systèmes « chaud » et « froid » selon Mischel

Pour expliquer le phénomène du contrôle de soi, Mischel utilise l’image d’un système « chaud » et d’un système « froid » qui interviennent chez l’individu. Le système chaud est associé aux réflexes, aux réactions impulsives face à une situation. C’est le système « chaud » qui pousse l’enfant à sonner la cloche pour pouvoir manger la guimauve sans plus attendre.

Le système froid, quant à lui, est lié au rationnel, à la prise de décision moins spontanée, plus réfléchie. C’est donc ce système qui, selon Mischel, régit la capacité d’autocontrôle de l’individu.

Comment développer un meilleur contrôle de soi

Selon Mischel, la clé du contrôle de soi est de rendre l’individu plus conscient des conséquences à long terme d’une situation et de rendre la récompense immédiate moins attractive.

Pour expliquer cette stratégie, le chercheur donne un exemple tiré d’une expérience personnelle. Il raconte qu’à un moment, il a essayé d’arrêter de fumer, car il savait que la cigarette était nuisible pour lui. Or, le savoir n’était pas suffisant pour rendre les conséquences « réelles » à ses yeux. Un jour, lorsqu’il se trouvait dans un hôpital, il a rencontré un homme qui s’en allait à une séance de radiothérapie. Cette expérience personnelle a fait en sorte que les conséquences du tabagisme apparaissaient désormais plus réelles pour Mischel, et c’est le rappel de cette image encrée en mémoire qui l’a aidé à mettre de l’avant son « système froid » et à cesser de fumer.

Dans un même ordre d’idées, Mischel suggère que pour aider les élèves à développer leur contrôle de soi, les éducateurs pourraient prendre le temps d’aider chacun à identifier ses propres stratégies, en élaborant un « plan » (individual mapping) sous forme de « Si… Alors… », qui s’appuierait sur des aspects spécifiques et personnels à chacun. Pour le chercheur, la motivation des élèves à l’école serait intimement liée au fait d’être capable de se fixer des objectifs à plus long terme.

Quand les enfants vivent du stress, c’est beaucoup plus difficile pour eux de garder en tête des objectifs à plus long terme parce qu’ils activent constamment leur système chaud.

La maitrise de soi, une clé pour la réussite scolaire des élèves à risque

Par ailleurs, le spécialiste en psychologie se veut rassurant en mentionnant que les jeunes ont un meilleur contrôle de soi qu’auparavant. Le chercheur soulève aussi l’idée que les jeux vidéo pourraient exercer la capacité d’autocontrôle des enfants, puisque ces jeux nécessitent souvent l’établissement d’objectifs à plus long terme et la mise en œuvre de mécanismes liés au contrôle de l’attention pour y parvenir. En ce sens, les jeux vidéo pourraient être un outil particulièrement utile au développement des fonctions exécutives chez l’enfant.

[Consultez l'article]

 

Photo : ShutterstockSuzanne Tucker

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