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Un programme d’entrainement à l’orthographe lexicale

L’orthographe lexicale, c’est la façon d’écrire les mots comme dans le dictionnaire, selon la norme établie (comparativement à l’orthographe grammaticale qui consiste à accorder les mots à l’intérieur d’une phrase ou d’un texte). En français, l’apprentissage de l’orthographe lexicale constitue un défi de taille. Pour être en mesure d’enseigner efficacement cet objet d’apprentissage, il importe de demeurer à l’affut des pratiques d’enseignement ayant fait leurs preuves du côté de la recherche.

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L’enseignement de l’orthographe

Pour enseigner aux élèves à écrire, l’une des méthodes (essentielle) consiste à leur faire prendre conscience des propriétés phonologiques des mots, c’est-à-dire des sons qui composent les mots (ex. : on entend quatre sons dans le mot « bateau » : /b/, /a/, /t/ et /eau/). Les élèves établissent ainsi un lien entre les sons qu’ils entendent lorsqu’ils prononcent un mot et les lettres utilisées pour transposer ces sons par écrit.

Or, utiliser les propriétés phonologiques des mots ne permet d’orthographier correctement qu’environ 50% des mots de la langue française, car, d’une part, il existe plusieurs façons d’écrire la plupart des sons (dans la langue française, on compte 36 sons différents [phonèmes] et environ 130 façons de les écrire [graphèmes]). D’autre part, les mots comportent souvent des lettres que nous n’entendons pas à l’oral (ex. : si l’on prononce le mot « enfant », le « t » est inaudible).

C’est pourquoi l’enseignement des propriétés phonologiques des mots est essentiel, mais non suffisant pour permettre aux élèves d’atteindre le niveau de compétence attendu quant à la maitrise de l’orthographe lexicale. En plus de porter sur les propriétés phonologiques, l’enseignement de l’orthographe devrait porter sur les propriétés morphologiques et visuelles des mots.

C’est l’un des constats auquel est arrivé Daniel Daigle dans le cadre d’une recherche sur l’enseignement de l’orthographe lexicale.

[Les] résultats [de la recherche] indiquent non seulement la pertinence d’enseigner les propriétés des mots, mais aussi sa nécessité.

Tenir compte des propriétés morphologiques des mots, c’est tenir compte des mots de même famille lexicale pour orthographier (ex. : on écrit « lait » avec un « t » en raison de son appartenance lexicale aux mots « laitier » ou encore « allaiter » qui comprennent le graphème « t », comparativement au mot « laid », qui tire son « d » de son appartenance à d’autres mots de même famille lexicale tels que « laide » ou « laideur ». En ne tenant compte que des propriétés phonologiques (les sons dans le mot), un élève écrirait possiblement ces deux mots (« lait » et « laid ») de la même façon.

Quant à elles, les propriétés visuelles des mots réfèrent aux particularités orthographiques propres à chacun des mots, en l’absence d’indices phonologiques ou morphologiques indiquant leur présence. Par exemple, dans le mot « ballon », la consonne « l » est doublée. Dans un même ordre d’idées, un même phonème (son) peut s’écrire de différentes façons, comme le « eau » du mot « bateau » qui aurait pu prendre la forme « o » ou « au ». Pour qu’un élève parvienne à écrire correctement les mots « ballon » ou « bateau », il doit avoir été sensibilisé à ces particularités orthographiques, c’est-à-dire aux propriétés visuelles des mots.

Selon les avancées de la recherche, pour que les élèves soient sensibilisés aux propriétés morphologiques et visuelles des mots, ils doivent être fréquemment en contact avec ces mots (les lire et les écrire souvent), et les propriétés orthographiques des mots doivent faire l’objet d’un enseignement explicite.

L’entrainement à l’orthographe lexicale

Dans le cadre de son projet de recherche, Daigle a conçu une séquence d’entrainement à l’orthographe lexicale qui a montré des résultats concluants sur les habiletés des élèves à orthographier les mots. La séquence, portant sur les propriétés phonologiques et visuelles des mots, s’appuie sur une approche d’enseignement explicite, par laquelle les enfants étaient amenés à analyser des mots dont ils ne connaissaient pas l’orthographe en réfléchissant à certaines questions :

(Propriétés phonologiques)

1. Comment puis-je segmenter le mot?

2. Quelles sont les syllabes du mot?

3. Quels sont les sons qui composent chaque syllabe?

(Propriétés visuelles)

4. Y a-t-il des sons qui peuvent s’écrire de différentes manières et y a-t-il des lettres muettes?

5. Quelle est la manière d’écrire le son qui me semble la plus juste dans ce mot et quelle est la lettre muette qui me semble la plus juste dans ce mot ?

Durant une séance typique d’entrainement à l’orthographe lexicale, les élèves sont amenés à travailler des mots selon un phénomène ciblé, comme la multigraphémie (le fait qu’un son puisse s’écrire de différentes façons) des sons « an/en » et « f/ph » à l’aide de mots comme « éléphant » et « enfant ». L’enseignant modélise d’abord les stratégies utilisées pour choisir les graphèmes pour orthographier les mots en posant et en répondant aux questions à propos des propriétés phonologiques et visuelles des mots. Ensuite, les élèves s’exercent à écrire d’autres mots comprenant ces mêmes sons avec des graphies variées et l’enseignant les questionne et les amène à verbaliser les stratégies utilisées pour orthographier ces mots.

Conclusions de l’étude

La première conclusion tirée de cette étude concerne les connaissances des enseignants à propos des propriétés visuelles des mots. En effet, il semblerait qu’il y ait un manque à ce niveau chez plusieurs enseignants, qui confondent parfois « orthographe » et « vocabulaire » et qui mettent davantage de l’avant les propriétés phonologiques des mots pour enseigner l’orthographe. Tout en rappelant que la prise en compte des propriétés phonologiques est essentielle à l’apprentissage de l’orthographe, le chercheur encourage les enseignants à varier les dispositifs d’enseignement en tenant davantage compte des propriétés visuelles des mots, car la sensibilisation des élèves à ce type de propriétés « constitue la pratique la plus efficace pour l’apprentissage de certains phénomènes orthographiques ». Au sujet des populaires listes de « mots de vocabulaire », l’auteur précise que « lorsque les mots des listes ne sont pas enseignés explicitement, on n’enseigne ni le vocabulaire ni l’orthographe ».

Une autre conclusion importante de l’étude est la confirmation de l’efficacité de l’enseignement explicite de l’orthographe lexicale. L’exposition fréquente aux mots dont les élèves doivent apprendre l’orthographe est également de mise, puisque cette « exposition à l’écrit favorise l’appropriation des propriétés visuelles de mots ».

[Consultez le rapport de recherche]

 

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5 commentaires

  1. Par Caroline le 29 janvier 2016 à 1:13

    Effectivement, l’enseignement de l’orthographe lexicale doit être explicitement enseignée et les mots à l’étude doivent être minutieusement sélectionnés. Je suggère fortement aux personnes enseignantes et orthopedagogues de suivre une formation sur le programme des mots pour des maux offert par lecime . Quel travail colossal qu’ils ont fait pour bâtir des listes de mots, à partir des listes des MELS, mais classés selon des régularités orthographiques. Un vrai bijou!

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  2. Par Giorgi le 29 janvier 2016 à 9:47

    Merci . Comme orthopédagogue et orthophoniste, je constate aussi la confusion souvent présente entre orthographe et vocabulaire. Par ailleurs, les enseignants manquent souvent « de jus » pour un enseignement explicite de l’orthographe lexicale. Le plus souvent, les mots d’orthographe sont donnés en fonction d’un thème ; non que ce soit inutile, surtout en milieu multilingue, mais il y a confusion entre les 2 objectifs ; mobiliser des stratégies pour acquérir développer l’orthographe lexicale et enrichir le vocabulaire…

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  3. Par Geneviève le 30 janvier 2016 à 9:21

    Ne généralisons pas !
    Plusieurs enseignants ont le souci d’enseigner explicitement les régularités orthographiques de la langue française à leurs élèves. Cet enseignement réalisé en contexte signifiant assure un transfert de ces nouvelles stratégies en situation d’écriture.
    Geneviève, enseignante depuis 9 ans.

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  4. Juste. S’il est important d’apprendre à entendre un mot, il importe également d’en connaître les propriétés visuelles. Cependant je crois que trop souvent l’écoute n’est pas assez développée sur la durée, un bon nombre d’enfants a besoin d’entendre régulièrement ce qu’il écrit, je pense notamment aux enfants dys pour qui les lettres ont tendance à se mélanger.
    Cependant pour les sons s’écrivant différemment apprendre à reconnaître les différentes familles de mots s’avérera indispensable.
    Merci pour ce partage.

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  5. y a t-il des exercices sur le net pour pratiquer faire des exercices pour aider mon enfant?

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