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Faire la classe à l’endroit ou à l’envers?

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Faites-vous confiance au médecin qui vous dit « Tout le monde parle de ce médicament, alors je vous le prescris, même s’il n’a pas été testé » ?

Une équipe du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (CRIFPE) applique ce raisonnement aux pratiques en éducation : elle se demande si la popularité de la pédagogie inversée est un gage de son efficacité.

 

Qu’est-ce que la pédagogie inversée et comment se pratique-t-elle?

Aussi appelé apprentissage inversé et classe inversée, ce modèle pédagogique consiste à inverser et à adapter les activités d’apprentissage traditionnellement proposées aux étudiants en utilisant en alternance la formation à distance et la formation en classe.

Ainsi, les présentations de l’enseignant sont effectuées à la maison par l’entremise de capsules vidéo et les devoirs sont effectués en classe par l’intermédiaire de différentes activités de collaboration.

Préoccupés par la diffusion exponentielle d’une telle pratique éducative auprès des enseignants, les chercheurs Steve Bissonnette et Clermont Gauthier examinent dans cet article l’impact de cette approche sur l’apprentissage des élèves à partir d’une revue de recherches empiriques.

Est-il efficace de recourir à la pédagogie inversée?

Les auteurs constatent que très peu d’études ont examiné les effets de la classe inversée sur le rendement des étudiants. La seule dont ils disposent a été conduite en milieu universitaire. Les résultats à l’examen final de deux cohortes d’étudiants y étaient comparés : l’une ayant suivi le cours en mode traditionnel et l’autre l’ayant suivi en mode de classe inversée.

Le groupe expérimental a obtenu des résultats légèrement supérieurs de 3,9 %. Toutefois, les deux chercheurs précisent que l’étude ne fournit aucun renseignement sur l’équivalence des deux cohortes d’étudiants, ce qui représente une limite importante de la recherche.

Est-il pertinent de recommander actuellement l’utilisation de la pédagogie inversée?

Étant donné l’absence de résultats significatifs montrant l’efficacité de la classe inversée, les deux chercheurs concluent qu’il est prématuré et inopportun d’en recommander l’utilisation, particulièrement dans les classes des écoles primaires et secondaires pour lesquelles il n’existe, à leur connaissance, aucun résultat de recherche :

« Nous croyons qu’il est préférable de recourir à l’enseignement explicite auprès des élèves du primaire et du secondaire. […] À l’heure actuelle, il nous semble qu’il faille plutôt faire la classe à l’endroit qu’à l’envers! »

 

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Dernière modification : 16 septembre 2013.

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7 commentaires

  1. [...] Étant donné l’absence de résultats significatifs montrant l’efficacité de la classe inversée, les deux chercheurs concluent qu’il est prématuré et inopportun d’en recommander l’utilisation, particulièrement dans les classes des écoles primaires et secondaires pour lesquelles il n’existe, à leur connaissance, aucun résultat de recherche :« Nous croyons qu’il est préférable de recourir à l’enseignement explicite auprès des élèves du primaire et du secondaire. […] À l’heure actuelle, il nous semble qu’il faille plutôt faire la classe à l’endroit qu’à l’envers! »  [...]

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  2. Je suis désolé d’apprendre que le RIRE, un site de transfert scientifique, utilise l’expression ‘pédagogie inversée’ aussi librement. Cette appellation est une aberration. On n’inverse pas aussi facilement une science, et c’est montrer bien peu de connaissance du mot pédagogie pour l’utiliser ainsi. Je comprends que l’expression gagne en popularité, mais ce n’est pas une raison pour les experts de le répéter sans réflexion ontologique, au contraire. Quoique le sens de pédagogie s’applique tant à la science qu’à une méthode, on n’aide pas à ennoblir le mot en le réduisant à une seule méthode. Je suggère qu’on utilise ‘classe inversée’, ‘instruction inversée’, ou tout autre terme plus approprié.

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  3. Par Bruno Hubert le 14 juin 2013 à 11:50

    Bonjour Monsieur Guité,

    Nous recevons votre commentaire comme une suggestion positive et constructive, étant donné votre implication et votre précieuse collaboration pour le RIRE.

    Madame Levesque et moi avons justement réfléchi à la notion de « pédagogie inversée » avant de publier l’article. Quoique nous sommes d’accord avec votre réflexion d’ordre « ontologique », nous avons décidé de conserver celle de l’équipe du CRIFPE. Cet article de vulgarisation souhaite rester le plus fidèle possible à la méthodologie, aux résultats obtenus, et bien sûr, à la terminologie employée.

    Nous ne prétendons pas détenir une expertise sur tous les articles publiés sur le portail. En effet, nous préférons respecter le traitement mis de l’avant par l’équipe de recherche. Vous comprendrez qu’il nous est impossible d’effectuer une réflexion approfondie pour tous nos articles.

    Cependant, je considère aussi cette expression comme une « impropriété sémantique ». C’est pourquoi je m’occuperai personnellement d’effectuer tous les changements sur les outils conçus par le RIRE (sections thématiques, bibliothèque virtuelle, outils promotionnels, articles thématiques, etc.), et ce, dès la semaine prochaine. De plus, les termes « classe inversée » et « instruction inversée » seront fortement recommandés à notre réseau de veille et à notre comité de coordination.

    Nous vous remercions pour votre suggestion. Elle permet d’améliorer considérablement notre portail. J’espère sincèrement que les solutions proposées participeront à la popularité de ces termes.

    Au plaisir de vous suivre!

    Bruno Hubert
    Chargé de la veille et du RIRE

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  4. Bonjour Monsieur Hubert,

    La magnanimité de votre réponse est une leçon en communication. Vous m’apprenez à tempérer cette ardeur que je regrette souvent après coup. L’expérience ne suffit pas toujours.

    Cela dit, je découvre un nouveau membre du RIRE, dont la première impression est très flatteuse.

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  5. Par Esther Boucher le 14 juin 2013 à 12:58

    L’absence actuelle de résultats significatifs pourrait aussi servir à encourager les enseignants à utiliser davantage la classe inversée, à expérimenter avec cette approche, et ce, dans différents contextes et ordres d’enseignement, afin justement d’obtenir plus de données et, en définitive, de nuancer le propos quant à son efficacité. Encourager l’exploration serait, il me semble, faire un petit pas vers l’avant.

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  6. Bonjour,
    J’ai lancé l’expérience depuis un an avec une progressivité vers la classe inversée. A ce jour, j’ai constaté des progrès très nets : savoir-faire et autonomie sont grandement améliorés ainsi que les résultats finaux de 10 à 30 % lors du dernier trimestre avec pratique complète de la classe inversée et mise en place de l’évaluation choisie. L’expérience peut être suivie sur mon site : https://sites.google.com/site/classe130/home/classe-inversee
    et fera l’objet très bientôt d’un bilan.

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  7. Et si les TIC ne rehaussaient pas la qualité de l’enseignement ? Et si la classe inversée n’tait pas meilleure que la classe traditionnelle ? Que les résultats chez les élèves n’augmentaient pas ? Pour chaque argument, il y a une recherche universitaire qui l’appuie (ou non). Sinon, les statistiques font mentir un camp ou un autre. Ces doutes justifient une adaptation éducative du principe de précaution, impliquant qu’en l’absence de certitudes scientifiques, il serait mieux de s’abstenir d’adopter une conduite pour pourrait s’avérer dommageable pour, dans ce cas-ci, le monde de l’éducation. Pourtant, peu importe l’outil, la différence, c’est le pédagogue qui la fait !

    Pourquoi faut-il que toute stratégie pédagogique porte le sceau des différentes études universitaires ? Ne peut-on pas simplement être créatif professionnellement ? Essayer de sortir des sentiers battus ? Ou devons nous perdurer dans des stratégies qui existent depuis des décennies ou siècles car ces dernières ont justement été éprouvées tout ce temps et étudiées à l’université. Mais qui ne tiennent pas compte des changements sociaux et ceux de la clientèle scolaire ? Pourquoi ne pas militer pour l’expérimentation en classe et le partage de ces réussites ou échecs ? Là où un enseignant échoue, alors qu’il a l’humilité nécessaire pour partager son expérience, cela peut permettre à un autre collègue de réussir. Donc, où un enseignant échoue, un autre réussit !

    Bien que je comprenne que le RIRE promeut le transfert scientifique (pour reprendre les mots de M. Guité), il n’en demeure pas moins que j’ai de sérieuses réserves à lire des conclusions de ce genre en pleine période de redéfinition du monde de l’éducation !

    Il faut faire plus de place à l’approche empirique, de terrain, menée par les gens qui vont au front quotidiennement plutôt que d’attendre après des recherches scientifiques universitaires qui s’empêtrent dans une méthodologie qui n’apporte que trop peu de concret au milieu scolaire du « plancher des vaches ». Il faut changer de paradigme et cet article nous rappelle cruellement qu’il est difficile de faire les choses autrement dans le monde de l’éducation.

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