Avec du soutien, le stress de certains enfants à risque peut se transformer en force

téléchargement (12)Texte adapté et traduit de l’anglais de With support, ‘orchid’ children’s stress can bloom into strength, publié sur le site du Globe and mail le 5 février 2010
Une nouvelle étude nous apprend que les enfants sensibles qui sont à risque de développer des problèmes de comportement et d’apprentissage peuvent néanmoins livrer de meilleures performances que leurs pairs s’ils ont du soutien à la maison. L’étude publiée dans la revue Child Development appuie la thèse selon laquelle il y aurait un côté positif aux traits et aux gènes associés aux troubles affectifs et aux déficits cognitifs. Selon cette théorie, ces vulnérabilités génétiques peuvent se convertir en forces potentielles, ce qui pourrait permettre aux enfants d’exceller si on leur donne de l’attention et si on leur prodigue le bon type de soins.

Les enfants-orchidées

À l’image de la fleur qui nécessite soins et attention pour éclore, les chercheurs ont appelé enfants-orchidées (orchid children) les enfants très sensibles qui sont à risque de développer des problèmes de comportement et d’apprentissage lorsqu’ils vivent dans un environnement stressant. « Les parents et les enseignants peuvent constater que les enfants sensibles, comme les orchidées, sont plus difficiles à élever et à soigner, mais qu’ils peuvent s’épanouir en individus forts qui présentent des aptitudes exceptionnelles quand ils ont grandi dans un milieu où on en a pris soin, où on les a soutenus et encouragés », explique la directrice de l’étude Jelena Obradovic de l’Université Stanford en Californie.

« Les résultats de la recherche devraient aider les enseignants, les éducateurs en service de garde et les parents à comprendre et à exploiter le potentiel des enfants très sensibles au stress qui peuvent manifester de l’anxiété et des comportements perturbateurs », affirme la directrice de l’étude, Jelena Obradovic de l’Université Stanford en Californie.

La chercheuse et ses collègues, dont le chercheur Thomas Boyce de l’Université de la Colombie-Britannique, ont observé 338 enfants de la maternelle aux États-Unis pour tester l’hypothèse de l’orchidée.

L’environnement : un facteur clé

Pendant des années, les scientifiques qui ont étudié le cerveau, la génétique et le développement de l’enfant ont montré que les enfants qui vivent dans des environnements défavorables ne sont pas également à risque de développer des problèmes. Le stress d’avoir une mère qui souffre de dépression, par exemple, semblait être plus dommageable pour certains enfants que pour d’autres.

La sensibilité au stress est un des traits qui rend les enfants particulièrement vulnérables. Mais selon la théorie de l’orchidée avancée par Boyce et d’autres chercheurs, la sensibilité au stress pourrait aussi avoir un bon côté.

Ces enfants peuvent être plus attentifs à d’autres éléments de leur environnement, y compris à l’attention qu’on leur prête et au fait qu’ils se sentent protégés. Peut-être qu’ils s’épanouissent – mieux que la moyenne – dans certaines circonstances. L’expérience dont il est question dans cet article a été conçue pour tester cette hypothèse.

Les chercheurs ont tenté de savoir comment les enfants qui ont participé à l’étude, âgés de 5 et de 6 ans, réagissent à des situations ou à des tâches légèrement stressantes (comme participer à une entrevue avec des inconnus ou passer un test au cours duquel on demande de mémoriser des séquences de nombres). Par la suite, les chercheurs ont mesuré le rythme cardiaque des enfants et leur niveau de cortisol, l’hormone du stress qu’on trouve dans la salive.

Les chercheurs ont également évalué les difficultés vécues à la maison de chaque enfant en questionnant leurs parents sur :

  • le stress financier ;
  • la surcharge de tâches parentales ;
  • les conflits conjugaux ;
  • l’expression de sentiments négatifs et de colère ;
  • la dépression maternelle.

La stabilité et le soutien familial, deux conditions à la réussite des enfants-orchidées

Dans leur article, les chercheurs signalent que les enfants qui adoptent des comportements réactionnels importants s’en tirent moins bien à l’école s’ils vivent beaucoup de stress à la maison. Mais si leur environnement familial est plus stable, ils réussissent mieux que leurs pairs à l’école, autant sur le plan scolaire que sur le plan social.

Certains parents peuvent déjà savoir si leur enfant a tendance à adopter des comportements réactionnels. « Si vous approchez trop rapidement de l’enfant ou que vous faites un son très fort proche de son visage, il devient contrarié et irrité, ajoute Obradovic. Mais ce n’est pas noir ou blanc et les enfants peuvent réagir plus fortement à un type de stress plutôt qu’à un autre. De même, certains enfants peuvent être capables de se calmer rapidement. »

La théorie de l’orchidée pour mieux comprendre d’autres troubles

Cette étude s’est intéressée à un trait plutôt qu’à un gène spécifique. Jelena Obradovic et ses collègues étudient à l’heure actuelle comment l’environnement des enfants affecte particulièrement la fonction de certains gènes.
Cette étude a porté sur la sensibilité au stress, précise Obradovic, mais la théorie de l’orchidée pourrait aussi s’appliquer aux gènes probablement associés au déficit de l’attention et à l’hyperactivité, à l’anxiété et à la dépression. L’idée est la même : vulnérabilité accrue, potentiel accru.

« Il y a une plasticité ici. Cela dépend vraiment de l’environnement. Personne n’a intrinsèquement des gènes vulnérables ou une physiologie vulnérable »,  précise Obradovic.
Jelena Obradović, Nicole R. Bush, Juliet Stamperdahl, Nancy E. Adler, W. Thomas Boyce (2010). Biological Sensitivity to Context: The Interactive Effects of Stress Reactivity and Family Adversity on Socioemotional Behavior and School Readiness. Child development, prépublication en ligne

Dernière modification : 30 mai 2016.

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