L’école des parents

Principaux résultats au regard de la clientèle desservie

parentsDepuis ses débuts, la clientèle de l’ÉdP est essentiellement féminine, plus de la moitié de celle-ci étant composée de chefs de famille monoparentale. La composition de la clientèle a évolué au rythme de celle des quartiers desservis. Si les apprenants d’origine québécoise étaient largement majoritaires dans les débuts de ses activités, l’ÉdP a accueilli des vagues successives de participants où la surreprésentation de ressortissants de diverses régions du monde a suivi le profil migratoire propre au Québec. Les profils de scolarisation préalable des sujets ont aussi évolué au travers du temps et au gré des fluctuations de la composition ethnolinguistique des clientèles. Ainsi, si d’une manière générale les Québécois sous-scolarisés étaient majoritaires en début d’activités, les sujets issus de l’immigration, détenteurs d’une certification de formation de niveau secondaire ou supérieure, y ont occupé une place de plus en plus prépondérante. Au moment d’intégrer l’ÉdP, la dépendance à l’aide sociale représente de loin la plus importante source de revenus des clientèles, suivie de l’assurance chômage. Seuls trois pour cent de l’effectif bénéficient d’un revenu d’emploi.

Les causes de la participation et les effets au regard de l’apprentissage

Briser l’isolement et mieux soutenir le vécu scolaire de leurs enfants demeurent les principales motivations de fréquentation de l’ÉdP de la part des parents, majoritairement des mères d’ailleurs. La préparation du retour aux études ou en emploi est en progression au sein des clientèles depuis 2009. Les parents ayant participé à au moins une séquence complète de formation manifestent une nette amélioration de leur estime de soi ainsi que de la confiance dans leurs compétences à résoudre des problèmes du quotidien. La construction de compétences en français et en calcul demeure de loin l’acquis majeur de l’insertion des clientèles de l’ÉdP. À moindre niveau, la construction de compétences informatiques, notamment associées à la capacité de navigation sur l’Internet, a constitué une réalisation importante au sein de certaines cohortes. Le fait d’avoir fréquenté plusieurs séquences de formation stabilise ces acquis.

La construction de compétences relativement généralisables chez les parents, l’impact du progrès de leur part au plan de la connaissance du quartier, de ses ressources, notamment par effet de maillage des activités de l’ÉdP et du RESO, contribue directement à leur empowerment. Cela se transcrit par la double tendance au retour en formation plus classique (éducation des adultes) ou en emploi chez la majeure partie de la clientèle, et ce, de façon stable et continue au travers du temps. Le caractère pédagogique particulier du fonctionnement de l’ÉdP, fondé sur le recours à des situations de vie concrètes ainsi que la flexibilité des horaires et des lieux de formation, soutient directement la création d’un sentiment de confiance des sujets, tant par rapport aux pairs qu’aux intervenantes, participant ainsi à leur réseautage et à l’atteinte d’un des buts fondamentaux de l’organisme: briser l’isolement de sujets provenant de populations marginalisées.

Les effets au regard des compétences éducatives parentales

D’une manière générale la fréquentation de l’ÉdP affecte positivement les représentations des parents au regard de leur capacité à soutenir l’apprentissage scolaire de leurs enfants ainsi que leur capacité de compréhension des communications en provenance de l’école, notamment le bulletin. Cette fréquentation affecte aussi positivement leur représentation de l’attitude des personnels scolaires à leur égard ainsi que leur propre capacité d’interagir efficacement avec les enseignantes et les enseignants. Le nombre de séquences de formation dont ont bénéficié les parents a un impact direct sur les incidences de recherche d’information, de suivi du cheminement et du vécu scolaire de leur enfant auprès des personnels scolaires. Ce suivi peut prendre variablement la forme d’appels téléphoniques à l’école ou de correspondance écrite à cet effet.

Principales limites observées

On constate la permanence d’une tendance attentiste de la part de la majorité des parents au regard des opportunités d’interactions avec les personnels scolaires ainsi que de la fréquentation des locaux de l’école. Le profil des cohortes affecte directement l’évolution des attentes des parents au regard des probabilités de certification future de leurs enfants. Certains, même après plusieurs séquences de formation, ont peu d’attentes au regard de la finalisation d’études qualifiantes par leurs enfants. Enfin, le vécu des parents fréquentant l’ÉdP demeure relativement hermétique pour les intervenantes et intervenants du milieu scolaire, certains constatant des effets des trajectoires dans les contextes formels, par exemple via leur présence plus régulière lors des évènements précédemment mentionnés ou au travers de leurs interactions avec les enfants. Il demeure cependant peu d’intégration structurelle entre le travail réalisé dans le cadre de l’ÉdP et l’intervention éducative des praticiennes et praticiens du milieu scolaire.

En guise de conclusion: pistes de recherche ou d’amélioration des pratiques

Depuis une dizaine d’années, le personnel de l’ÉdP a développé une pratique de recueil de données systématique quant au profil socioéconomique et socioculturel de ses clientèles. Cependant, les instruments concernant la progression des apprentissages des apprenants présentent certaines lacunes, notamment parce que fondés au plan des construits mais non validés de façon systématique. Ces instruments et leur mode d’administration devraient être stabilisés, tant au niveau de la forme qu’au regard de l’ampleur des domaines explorés. Cela reflète les constats de nombreuses recherches évaluatives réalisées auprès des organismes communautaires québécois se dédiant à l’intervention en formation de base auprès des populations vulnérables.

Une des faiblesses de notre étude résultait du manque de données disponibles sur un grand nombre de parents quant à leur profil d’insertion sociale, scolaire et économique à long terme. La pratique de relance auprès des parents amorcée en 2009 mériterait d’être systématisée sur des périodes de cinq années suivant le dernier cycle de formation fréquenté, afin de pouvoir estimer la stabilité des transferts d’apprentissages réalisés et le potentiel de construction autonome de nouvelles compétences chez les formés. On pourrait ainsi vérifier ce qui distingue les parents qui procèdent à une réinsertion socioéconomique de ceux qui réintègrent le système scolaire, et en vérifier à la fois la stabilité et la finalité. Cette limite caractérise, encore une fois, l’intervention socioéducative de la majeure partie des organismes québécois poursuivant des objectifs similaires.

Le matériel didactique utilisé au sein de l’ÉdP ainsi que les pratiques d’animation des formatrices et formateurs ont été développés sur une base intuitive. Une analyse détaillée des caractéristiques de ce matériel s’avère incontournable pour en optimiser l’usage et pour en déterminer la possible diffusion auprès de tiers organismes poursuivant des objectifs similaires. L’analyse des interactions formateurs-formés constitue aussi un élément essentiel de l’évaluation des conditions de succès d’une intervention socioéducative. Ce type de démarche demeure un incontournable de l’identification des spécificités pédagogiques de l’offre de formation de l’organisme et de son efficacité. Encore une fois, ce constat prévaut pour la grande majorité des organismes québécois intervenant dans la durée auprès des populations vulnérables ou marginalisées.

En bref, s’il est une recommandation que nous pouvons faire, c’est bien que l’ÉdP, comme les tiers organismes oeuvrant en formation de base auprès des parents de populations vulnérables, soient soutenus dans leurs efforts d’analyse critique et de systématisation de leur intervention. La mutualisation des données probantes sur les meilleures pratiques que ces organismes déploient représente la seule piste d’amélioration des effets d’intervention auprès de parents que les réseaux traditionnels de l’éducation et des services sociaux ne rejoignent pas et dont les enfants sont souvent les élèves les plus « à risque » de notre système scolaire.

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