Comment bonifier les pratiques d’évaluation de la lecture de textes littéraires? (3/3)

Temps approximatif de lecture : 4 minutes

Partie 3 de 3 : Quelques pistes pour impliquer les élèves

Par :

Martin Lépine*, Ph. D., professeur, Université de Sherbrooke

Isabelle Nizet*, Ph. D., professeure, Université de Sherbrooke

Judith Émery-Bruneau, Ph. D., professeure, Université du Québec en Outaouais

Suzane Hétu, M. Éd., conseillère pédagogique, Centre de services scolaire des Samares

Judith Marcil-Levert*, enseignante et étudiante à la maîtrise, Université de Sherbrooke

*Membres du Collectif CLÉ

Dans une recherche en cours, une équipe interprofessionnelle regroupant des didacticiens du français, des spécialistes de l’évaluation et des praticiens offre une série de trois articles qui répondent à des questions complexes à propos de l’évaluation de la lecture de textes littéraires.

Cette recherche est financée par les Fonds de recherche du Québec ‒ Société et culture (FRQSC) dans le cadre d’une action concertée en littératie avec le ministère de l’Éducation du Québec.

Source de l’image : ShutterStock

Cet article a été élaboré dans le cadre d’un partenariat entre le CTREQ et le Collectif de recherche sur la continuité des apprentissages en lecture et en écriture de l’Université de Sherbrooke. Plus de ressources des membres de ce collectif sont aussi disponibles sur le site du Réseau québécois de recherche et de transfert en littératie.

La lecture littéraire constitue l’un des types de lecture à privilégier pour développer le goût de lire chez les jeunes. Dans le but de bonifier les pratiques d’évaluation de ce type de lecture, il apparaît de plus en plus nécessaire d’engager les élèves eux-mêmes dans le choix et l’élaboration de certains outils d’évaluation. Dans les deux premiers articles de la série, nous avons présenté les définitions de la lecture, de l’appréciation et de l’évaluation; nous avons aussi proposé une démarche afin de réaliser un diagnostic des pratiques évaluatives de la lecture de textes littéraires pour une équipe d’enseignants. Dans ce troisième et dernier article de la série, nous nous intéressons aux lecteurs, aux élèves, afin de tous les mettre en valeur lors d’évaluations de leur lecture.

Que signifie évaluer?

Rappelons que, selon l’étymologie, le mot évaluation renvoie au mot valeur. Évaluer, c’est donner de la valeur à certains apprentissages liés aux différentes opérations de lecture, soit la compréhension, l’interprétation, la réaction et l’appréciation (Davies, 2008). L’enjeu ici est de tout faire pour mettre en valeur les lecteurs de la classe, tant par rapport à leurs compétences (capacités de…) qu’à leurs appétences (goûts, préférences, désirs…). Par conséquent, avant de bonifier les pratiques d’évaluation de la lecture de textes littéraires, nous avons d’abord proposé, dans cette série d’articles, de :

  • faire l’inventaire des outils d’évaluation déjà utilisés par les membres d’une équipe d’enseignants;
  • établir les critères d’évaluation qui sont ciblés dans ces évaluations;
  • faire ressortir les forces et les limites de ces outils d’évaluation.

Impliquer les élèves

L’équipe de recherche suggère ensuite, dans un quatrième temps, d’impliquer les élèves eux-mêmes dans le choix et la bonification d’outils d’évaluation, en leur expliquant clairement quels sont les critères d’évaluation (compréhension, interprétation, réaction, jugement critique) qui serviront à évaluer leurs compétences lectorales (Davies, 2008; ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport [MELS], 2011). Ensemble, les enseignants et les élèves travailleraient à comprendre chaque critère et à préciser les attentes pour chacun afin d’éviter toute surprise au moment des évaluations.

Comment s’y prendre?

Pour ce faire, la démarche doit débuter par l’identification de ce que l’on souhaite voir, entendre ou se manifester de la part des élèves. Par exemple, qu’est-ce que bien comprendre un texte? Comment bien rendre compte de son interprétation ou de sa réaction personnelle à un texte? Comment formuler des jugements critiques? Il est possible de répondre à ces questions en ayant recours à différents exemples de réponses (à des questions issues d’un questionnaire écrit, à un extrait d’exposé oral, etc.), en analysant les forces de certaines réponses et en dégageant quelques caractéristiques communes à retenir.

Il est même suggéré d’inviter les élèves à proposer des preuves, des traces qui serviraient à rendre compte, par eux-mêmes, de l’atteinte des critères d’évaluation, qu’ils connaîtraient bien (« Comment voudrais-tu me montrer que tu as compris? »), et à les conserver dans l’équivalent d’un portfolio, d’un journal ou d’un carnet de lecture. Les jeunes lecteurs seraient amenés à proposer des manifestations claires de leur expérience de lecture, formulées en « Je peux… »; par exemple : « Je peux nommer le personnage principal d’un récit. »

Bonifier les outils

Ce n’est que dans un cinquième temps que de nouveaux moyens et outils d’évaluation de la lecture peuvent être envisagés. Ceux-ci devraient être très diversifiés, à l’écrit et à l’oral, et devraient être réflexifs et créatifs, ce qui permet de mettre en valeur tous les lecteurs de la classe. Ces outils rempliront leurs objectifs s’ils laissent aux élèves le plus souvent possible des choix ouverts et s’ils ciblent, une fois réunis, tous les critères d’évaluation de ces compétences.

  • Comme moyens plus réflexifs, il peut s’agir de cartes conceptuelles des relations entre les personnages, d’une fiche d’un personnage, d’un graphique présentant les temps forts de l’intrigue, d’une carte des lieux, d’une reproduction en trois dimensions de l’univers décrit dans le récit, etc. Au cours d’activités réflexives, les lecteurs sont invités à s’interroger sur le texte, à réfléchir à leur lecture, à faire des liens, etc.
  • Comme moyens plus créatifs, on peut penser à des activités de création du type à la manière de l’auteur afin d’ajouter un épisode au récit, modifier la fin d’un roman, écrire une lettre à un personnage, insérer un nouveau personnage dans l’histoire, transformer un passage, jouer à modifier le genre (un récit devient une saynète dialoguée), etc. Lors d’activités créatives, les lecteurs se placent en posture d’auteurs ou d’illustrateurs pour créer du nouveau en se servant de l’œuvre comme tremplin créatif. Dans ce type d’activités de création, il est recommandé d’accompagner l’écriture créative d’un commentaire plus réflexif (écrit ou oral) pour justifier ce que l’on a tenté de faire.

Conclusion

Cette série de trois articles a formulé des pistes de réflexion pour des enseignants qui souhaitent bonifier leurs pratiques d’évaluation de la lecture de textes littéraires. L’équipe de recherche vise à évaluer les compétences lectorales des élèves, mais aussi, et surtout, à entretenir, même en situation d’évaluation, leur goût de lire de la littérature. Respecter autant que faire se peut les « droits des lecteurs » (Pennac, 1992; 2017) dans le choix et l’élaboration d’outils d’évaluation nous apparaît incontournable pour faire goûter les plaisirs de la littérature et pour ne pas dégoûter, une fois et pour le reste de leur vie, les élèves de la lecture de textes littéraires.

EN RÉSUMÉ 

Les définitions de la lecture, de l’appréciation et de l’évaluation

  • Lire, c’est construire des sens et des significations possibles des textes.
  • Apprécier, c’est formuler des jugements de goût personnels et des jugements de valeur rationnels.
  • Évaluer, c’est donner de la valeur à certains apprentissages liés aux différentes opérations de lecture que sont la compréhension, l’interprétation, la réaction et l’appréciation.

Le cadre d’analyse des dimensions du rapport à la littérature

  • Épistémique : savoirs, connaissances, notions…
  • Praxéologique : pratiques, expériences, vécu…
  • Subjective : goûts, préférences, valeur attribuée…
  • Sociale : influences, interactions, rapports sociaux…

Les critères d’évaluation de la lecture selon le ministère de l’Éducation

  • Compréhension
  • Interprétation
  • Réaction
  • Jugement critique

Les étapes à suivre afin de réaliser un diagnostic des pratiques d’évaluation

  1. Faire l’inventaire des outils d’évaluation déjà utilisés (en aide à l’apprentissage ou en reconnaissance d’acquis; productions, observations, conversations).
  2. Déterminer les critères d’évaluation qui sont ciblés dans ces pratiques.
  3. Faire ressortir les forces et les limites de ces outils en étant sensibles à la diversité des moyens d’évaluation (triangulation des sources de recueil de preuves ou de traces).
  4. Impliquer les élèves eux-mêmes dans le choix et la bonification d’outils d’évaluation.
  5. Coconstruire, avec des collègues et avec les élèves, de nouveaux moyens et outils d’évaluation de la lecture.

Quelques références

Davies, A. (2008). L’évaluation en cours d’apprentissage. Montréal : Chenelière Éducation.

Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS). (2011). Cadre d’évaluation des apprentissages. Français, langue d’enseignement. Enseignement primaire 1er, 2e et 3e cycle. Québec : Gouvernement du Québec.

Pennac, D. (1992/2017). Comme un roman. Paris/Sherbrooke : Gallimard/D’eux.

Consultez les autres articles de cette série :

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Dernière modification : 25 juillet 2021.

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