Améliorer l’accès aux SGEE pour contrer les iniquités éducatives

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Les services de garde éducatifs à l’enfance (SGEE) jouent sur le développement global de l’enfant et sur sa réussite scolaire. Malheureusement, les enfants des familles immigrantes ou issus des milieux défavorisés sont sous-représentés dans les SGEE de qualité comme les CPE, ce qui crée des iniquités en vue de la transition vers l’école primaire. En 2019, une équipe de recherche du Québec a effectué une revue de littérature pour mieux comprendre ce qui influence l’accès des familles défavorisées ou immigrantes aux SGEE de qualité et elle propose des stratégies pour favoriser cet accès.

Par : Pier-Luc Jolicoeur, Université Laval

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Facteurs d’accessibilité aux SGEE

La recension d’Archambault, Côté et Raynault (2019) s’appuie sur 19 articles parus entre 1997 et 2017 et adapte le modèle conceptuel de l’accès aux soins de santé (voir Lévesque, Harris et Russel, 2013). Aussi, fait-elle ressortir cinq dimensions de l’accessibilité.

Figure 1. Cadre conceptuel de l’accès à des SGEE de qualité pour les enfants issus de milieux défavorisés. Le bleu indique la gouvernance ; le jaune, l’accès aux services sur un continuum allant du besoin jusqu’aux bénéfices de l’utilisation des services, et le vert, les réalités des parents (Archambault, Côté et Raynault, 2019, notre traduction).

1.      Être au courant des SGEE

Connaitre l’existence des programmes et leurs avantages est important pour faire un choix éclairé en ce domaine. Archambault et ses collaboratrices relèvent ainsi deux facteurs dans cette dimension.

  • Connaitre et faire confiance
    • Des campagnes de sensibilisation et d’information aideraient à accroitre la confiance dans les programmes de SGEE.
  • Diffusion, diversité des langues et utilisation des technologies.
    • Communiquer en plusieurs langues contribuerait à rejoindre les familles immigrantes. L’utilisation des technologies aiderait aussi à garder le contact après leur inscription aux SGEE (p.ex. partage quotidien d’information).
    • Les canaux de diffusion traditionnels risquent de moins atteindre les familles défavorisées. Les rejoindre par des acteurs sociaux ou organisationnels (p. ex. service social, organisme communautaire, services d’immigration, bibliothèque mobile) compenserait cette iniquité.

2.      Pouvoir chercher un bon milieu

Les SGEE doivent concorder avec les besoins des familles et permettre de bonnes interactions entre celles-ci et le personnel (p. ex. des pratiques d’accueil adaptées). Cela peut passer par la formation du personnel ou par l’implication des parents dans le processus décisionnel du programme de SGEE. Les études recensées dans l’étude relèvent d’ailleurs trois facteurs importants pour ce faire.

  • Flexibilité et participation des parents
    • Proposer des accommodements aux parents (p. ex. horaire adapté, observation en CPE) peut leur permettre de se familiariser avec le fonctionnement du SGEE.
  • Sensibilité aux différences culturelles
    • Former le personnel sur les différences culturelles ou embaucher du personnel provenant de minorités culturelles et sensible aux normes culturelles peut renforcer le lien entre les mères et le personnel.
  • Autonomie et soutien social
    • Éviter les charges administratives contraignantes et accepter des preuves moins formelles pour l’admissibilité aux SGEE peut faciliter l’accès.
    • Favoriser l’intégration sociale de la famille par l’entourage qui connait déjà les SGEE (voisin, collègue, ami) peut aider à chercher un SGEE et à développer la confiance envers les SGEE.

3.      Trouver un SGEE

Dans un contexte où la demande dépasse l’offre des SGEE, la gestion des listes d’attente a un impact sur l’accès. La recension indique que le principe du « premier arrivé, premier servi » risque de discriminer les familles défavorisées qui tendent à s’inscrire tardivement et qui ont du mal à déterminer le moment où elles auront besoin d’une garde d’enfant.

  • Nombre de places suffisant
    • Augmenter le nombre de places des SGEE de qualité dans les quartiers où il y a moins d’offres devrait être une priorité, selon les résultats de la recherche.
  • Liste d’attente équitable
    • Des études suggèrent d’accorder moins d’importance à la date d’inscription initiale et au statut d’emploi des parents et davantage a des critères sociaux tels que le faible revenu, l’origine ethnique et la situation familiale.
  • Accès équitable
    • D’autres études proposent d’inclure dans l’évaluation de la qualité des SGEE, un critère qui examine l’accessibilité du service et la diversité sociale des parents qui l’utilisent.

4.      Rendre le service abordable

Archambault et ses collaboratrices notent aussi que les politiques publiques et fiscales influencent le cout des SGEE et, donc, leur degré d’utilisation par les familles défavorisées. Dans cette optique, deux facteurs sont soulevés par les études.

 

  • Gestion et financement publics
    • Selon certaines études, la gestion et le financement publics favorisent une meilleure uniformité dans la qualité et la couverture des SGEE et réduisent les inégalités d’accès.
  • Abordabilité et gratuité pour les familles bénéficiant de l’aide sociale ou nouvellement immigrées
    • Des blocs de temps gratuit aideraient à la familiarisation progressive aux services et accélèreraient l’apprentissage de la langue parlée dans le SGEE par les enfants et leurs parents. Offrir gratuitement les déjeuners et les collations augmenterait aussi l’adhésion des familles au service.

5.      Solution convenable

L’adaptation des services aux besoins des familles et le partenariat avec d’autres organismes soutenant les familles favorisent l’intégration des familles au sein de SGEE et dans la communauté.

  • Qualité adaptée aux besoins
    • Il apparait que la fréquentation des SGEE devient plus régulière et continue lorsque les parents sont satisfaits des services offerts.
  • Partenariat et services intégrés
    • La fréquentation des SGEE favorise l’intégration des mères dans la communauté. Ainsi, des partenariats entre ces services et des organismes communautaires œuvrant en alphabétisation ou en employabilité seraient pertinents.

Conclusion

Somme toute, Archambault et ses collaboratrices proposent un cadre conceptuel rassemblant les interventions pertinentes dans une structure cohérente qui reconnait l’importance des partenariats intersectoriels.  Ce modèle permet aussi de comprendre l’action combinée de multiples facteurs qui nuisent à l’accès.  Il peut aider les décideurs à coordonner leurs efforts avec des partenaires afin de maximiser l’impact des stratégies pour favoriser l’accès.  Ainsi, l’utilisation du cadre contribuerait à améliorer l’accessibilité à une éducation préscolaire de qualité pour les familles défavorisées.

Référence

Archambault, J., Côté, D., & Raynault, M.-F. (2019). Early Childhood Education and Care Access for Children from Disadvantaged Backgrounds: Using a Framework to Guide Intervention. Early Childhood Education Journal, 48(3), 345‑352. https://doi.org/10.1007/s10643-019-01002-x

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Dernière modification : 7 juin 2021.

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