Pourquoi et comment articuler l’écriture et la lecture de textes informatifs au primaire?

Temps approximatif de lecture : 5 minutes

De la maternelle jusqu’à la fin de la sixième année du primaire, les élèves lisent des textes informatifs qui se complexifient à mesure qu’ils avancent dans leur parcours, et ce, dans toutes les disciplines scolaires (Goigoux, 2004 ; Hiebert et Mesmer, 2013 ; Martel et Lévesque, 2010). Lorsqu’ils les lisent, ils doivent activer des connaissances spécifiques et des stratégies de compréhension de haut niveau, car ce type de textes pose un défi particulier. Toutefois, peu d’études montrent comment on peut utiliser ces connaissances et stratégies dans les activités de lecture et d’écriture de textes informatifs en classe. La chercheuse Catherine Turcotte et son équipe se sont penchées sur cet enjeu dans le cadre d’une recherche-action.

La recherche-action Miser sur l’articulation entre l’écriture et la lecture pour favoriser la compréhension de textes informatifs auprès d’élèves de 9 à 12 ans est une action concertée qui a été financée par le Fonds de recherche du Québec — Société et culture (FRQSC) ainsi que par le ministère de l’Éducation (MEQ).

Source de l’image : Shutterstock

Chercheuse principale :

Catherine Turcotte, Département d’éducation et formation spécialisées, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Principaux collaborateurs :

Élise Cournoyer, Centre de services scolaire Marie-Victorin

Marie-Julie Godbout, UQAM

Michael Hebert, UQAM

France Le Petitcorps, Centre de services scolaire Marie-Victorin

Pierrette Proulx, Centre de services scolaire de Saint-Hyacinthe

En partenariat avec :

Myriam Bérubé, Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ)

Maryliz Racine, Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE)

L’équipe de Catherine Turcotte est composée de chercheurs et de conseillers pédagogiques qui ont développé une approche s’articulant autour de la lecture et de l’écriture de textes informatifs afin de faire prendre conscience aux élèves des connaissances partagées entre ces activités. Leur recherche visait deux objectifs principaux : 1. Décrire de quelles façons l’enseignement de l’écriture de textes informatifs centré sur des processus de haut niveau peut contribuer au développement de la compréhension de ce type de textes; 2. Documenter l’accompagnement professionnel nécessaire pour appuyer le développement de cet enseignement entre la quatrième année et la sixième année du primaire.

Cet article a été élaboré dans le cadre d’un partenariat avec le Réseau québécois de recherche et de transfert en littératie.

Les principaux résultats – les apprentissages des élèves

Les résultats de cette recherche-action montrent que les connaissances et stratégies complexes relatives au texte informatif peuvent être enseignées et apprises en combinant la lecture et l’écriture. En effet, la lecture et l’écriture partagent une variété de processus, de connaissances et également de contraintes. Les élèves doivent être plongés dans diverses activités qui exploitent la lecture et l’écriture de textes informatifs autour d’objectifs précis afin de comprendre les procédés employés par les auteurs de ces textes, de les réinvestir et de lire par la suite des textes en étant conscients de ces procédés.

Lors de la première phase d’expérimentation, les résultats ont montré que les élèves de quatrième année sont en général légèrement plus faibles en début d’année scolaire que les élèves de cinquième année, lesquels sont plus faibles que ceux de sixième année au même moment, et ce, en lecture comme en écriture. À la fin de l’expérimentation, les élèves de la quatrième année étaient plus forts que ceux des cinquième et sixième années en début d’année. Ainsi, en écriture comme en lecture, les élèves de quatrième année ayant participé au projet montrent de meilleures habiletés que les élèves plus vieux, qui n’avaient pas participé à la recherche, à l’expérimentation.

À l’an 2 de la recherche, les progrès des élèves participants ont été comparés avec ceux des élèves du même âge, mais de classes n’ayant pas participé à l’expérimentation. Les analyses ont montré des progrès plus élevés pour les élèves participants que pour les élèves non participants lorsque les deux groupes montraient des habiletés semblables en début d’année. Lorsque le groupe expérimental était plus faible en début d’année, il rattrapait son retard au post-test. Ainsi, une meilleure prise de conscience des connaissances partagées entre la lecture et l’écriture amène les élèves à un raisonnement accru sur leurs connaissances de la langue écrite, sur leurs propres productions et sur les habiletés de haut niveau en compréhension en lecture.

« Ce qui a changé, c’est l’appropriation d’une démarche pour travailler la lecture et l’écriture ensemble. Maintenant, je planifie ces activités côte à côte. Je sors mes schémas, mes marqueurs de relation, mes thèmes. On dirait que je vois toutes les interactions entre les activités, en commençant par les plus faciles jusqu’aux plus difficiles. Le fait d’observer ce que les auteurs font et de traiter les élèves comme des auteurs, cela fait une différence dans la réussite des élèves. » – Une enseignante

L’accompagnement professionnel et la formation : facteurs déterminants

En plus d’expérimenter des séquences d’activités mettant en jeu la lecture et l’écriture de textes informatifs, les chercheurs et leurs partenaires ont aussi voulu documenter l’intérêt de l’accompagnement et de la formation continue des enseignants à l’égard de ces séquences.

Les enseignants ayant participé à cette étude ont rapporté avoir développé une plus grande compétence dans leur enseignement de la lecture et de l’écriture et une meilleure compréhension des caractéristiques des textes informatifs. Ils ont pris conscience des connaissances partagées pouvant être enseignées dans des activités ciblant à la fois la lecture et l’écriture. Ceci indique que pour développer, consolider ou rappeler des connaissances, la formation en enseignement du français ne peut pas se restreindre à la formation initiale. Les enseignants doivent en effet poursuivre leur formation et mettre à jour leurs compétences lorsqu’ils font face à la réalité complexe du terrain et aux multiples savoirs à enseigner.

Conclusion

La recherche de Turcotte et de ses collaborateurs met en lumière l’intérêt de soutenir à long terme non seulement le développement professionnel des enseignants, mais aussi le développement de leurs connaissances sur l’enseignement et l’apprentissage du français. Ceci, dans l’optique que cet enseignement et cet apprentissage se réalisent dans des activités de lecture et d’écriture effectuées en groupes. Cette recherche montre également que des connaissances et des stratégies complexes relatives au texte informatif peuvent être enseignées et apprises et qu’elles gagnent à faire partie des périodes d’enseignement du français et de toute matière.

Références

Gendron, A. et Turcotte, C. (2017). Favoriser l’écriture pour améliorer les habiletés en lecture. Vivre le primaire, 30(4), 10-12.

Turcotte, C., Berthiaume, R. et Caron, P.-O. (2018). Description and interactions of informative text structure knowledge and skills of French-speaking Grade 6 students. Reading and writing, an interdisciplinary journal, 1-18. http://dx.doi.org/10.1007/s11145-018-9875-0.

Turcotte, C. et Godbout, M-J. (2018). Identifier et organiser des idées principales en 6e année du primaire. Carrefours de l’éducation, 46(2), 75-88. http://dx.doi.org/10.3917/cdle.046.0075.

Pour aller plus loin…

Dernière modification : 8 juin 2021.

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