Les médias numériques contribuent-ils aux premiers apprentissages en lecture?

Temps approximatif de lecture : 3 minutes

Simon Collin, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Anila Fejzo, UQAM

Kathleen Whissell-Turner, Université du Québec à Montréal

Annie Chalifoux, Université de Sherbrooke

Alexandra H. Michaud, UQAM

L’éducation préscolaire constitue une étape-clé dans le développement de la compétence à lire. Durant cette période, plusieurs habiletés langagières et cognitives, qu’on appelle communément les premiers apprentissages en lecture, se mettent effectivement en place. Comme ils sont fortement prédictifs de la réussite en lecture ultérieure des élèves, veiller au développement de ces apprentissages s’avère important. L’utilisation des outils ou médias numériques à la maison peut-elle contribuer à ce développement?

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Les médias numériques : une exposition riche à l’écrit

Toujours plus nombreux à la maison, les outils numériques (p. ex., ordinateur, tablette tactile, téléphone cellulaire intelligent) sont utilisés de plus en plus tôt par les enfants au quotidien. Étant donné l’exposition riche à l’écrit que permettent ces outils, peuvent-ils contribuer aux premiers apprentissages en lecture? C’est ce que nous avons voulu vérifier auprès de 133 enfants du préscolaire et de leurs parents, dans le cadre d’une recherche financée par le Fonds de recherche québécois – Société et culture (FRQSC).

Les premiers apprentissages en lecture sont composés d’habiletés spécifiques à lire et d’habiletés non spécifiques. Dans cet article, nous ne faisons pas de distinction entre les deux. Il importe toutefois de garder en tête que les résultats présentés ici peuvent ne s’appliquer qu’à un type d’habiletés (spécifiques ou non spécifiques), et non à la totalité des premiers apprentissages en lecture.

L’utilisation d’outils numériques à la maison est peu associée aux premiers apprentissages en lecture

Nos résultats indiquent que l’utilisation d’outils numériques à la maison est peu liée au développement des premiers apprentissages en lecture. En effet, les enfants utilisent surtout ces outils pour regarder des dessins animés et des émissions, et secondairement pour écouter des comptines ou des histoires, et naviguer sur Internet avec leurs parents. Or, il appert que les enfants qui s’adonnent plus souvent à ce type de pratiques développeraient moins leurs premiers apprentissages en lecture.

À l’inverse, les enfants qui ont accès à des livres numériques (p. ex., sur une tablette tactile) développent davantage leurs premiers apprentissages en lecture. Mais il s’agit d’une pratique rare : en moyenne, les familles ont moins d’un livre numérique par foyer.

Fait intéressant à noter, les parents qui ont des attentes élevées pour leurs enfants en lecture et qui leur lisent fréquemment des livres papier contribuent positivement à développer les premiers apprentissages en lecture.

Pour résumer, le développement des premiers apprentissages en lecture reposerait plus sur des aspects non numériques que sur des aspects numériques, ces derniers y contribuant peu ou négativement.

Les inégalités sociales : un déterminant des premiers apprentissages en lecture

Au-delà des pratiques numériques ou papier, les résultats indiquent aussi que le niveau socioéconomique des parents serait indissociable des premiers apprentissages en lecture de leurs enfants, alors que le sexe ou la langue parlée à la maison n’aurait aucune influence. Ainsi, parallèlement aux pratiques familiales, les inégalités sociales joueraient un rôle-clé dans les premiers apprentissages en lecture.

Trois recommandations

Ces résultats nous amènent à faire quelques recommandations.

  1. Malgré un quotidien de plus en plus numérique, il est essentiel d’encourager les parents à avoir des pratiques non numériques de littératie avec leurs enfants (p. ex., lecture fréquente de livres papier), car ce sont ces dernières qui soutiennent le plus les premiers apprentissages en lecture.

La simple exposition des enfants aux médias numériques dans leur quotidien ne suffit en effet pas à contribuer au développement de leurs apprentissages en lecture. Pour que les médias numériques y contribuent positivement, il faudrait sensibiliser les parents à des pratiques numériques de littératie avec leurs enfants (p. ex., lecture fréquente de livres numériques et d’histoires multimodales adaptées à l’âge de l’enfant).

  1. En plus des parents, les enseignants peuvent aussi jouer un rôle important sur ce point, notamment en tenant compte davantage des pratiques numériques de littératie à la maison dans l’enseignement de la lecture à l’éducation préscolaire.
  2. Enfin, puisque les premiers apprentissages en lecture varient en fonction du niveau socioéconomique des familles, on peut en conclure que le développement de ces apprentissages ne sera pas optimal tant que subsisteront des inégalités sociales importantes. Dans le mandat de démocratisation qui lui revient, il est impératif que l’école réponde à ce besoin en mettant en œuvre des politiques et des pratiques différenciées visant à remédier aux inégalités sociales.

Référence

Collin, S., Dezutter, O. et Fejzo, A. (2020). Effets de l’utilisation des médias numériques à la maison par les élèves sur leurs premiers apprentissages en lecture selon la médiation parentale, le milieu socioéconomique, la langue parlée à la maison et le sexe (projet de recherche no 2017-LC-197840). Université du Québec à Montréal. www.frqsc.gouv.qc.ca/documents/11326/3344858/Simon.Collin_rapport_2016-2017.pdf/29aa388e-cc92-4136-9d10-70bd5fcad2dc

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Dernière modification : 24 novembre 2020.

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