Augmenter les chances de réussite… par où commencer?

Temps approximatif de lecture : 3 à 4 minutes

Par

Jocelyne Chevrier, Ph. D., professeure agrégée

Université de Sherbrooke

Selon des données de l’Institut Fraser et les résultats aux examens du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) en français et en mathématiques (6e année du primaire), 10 écoles primaires et 10 écoles secondaires québécoises ont vu les taux de réussite de leurs élèves augmenter pendant au moins quatre années consécutives. Or, elles sont parfois parties de loin pour en arriver à ce résultat… Quelles pratiques de gestion les directions d’école ont-elles mises en place pour ce faire? Jocelyne Chevrier, professeure en gestion de l’éducation à l’Université de Sherbrooke, présente dans cet article quelques résultats issus d’une recherche collaborative.

Cette recherche a été financée par le Fonds de recherche du Québec – Société et Culture (FRQSC) et la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE).

Source de l’image :  Sean Locke Photography/ShutterStock

Les actions à mettre en œuvre

Les paragraphes suivants présentent trois actions mises en œuvre par les directions d’établissement scolaire.

  1. Utiliser les données

Des conditions sont requises pour que l’utilisation de données issues de la recherche serve la réussite scolaire des élèves. Parmi les conditions citées par les participants à notre étude, notons premièrement un climat de confiance entre la direction et les enseignants. Deuxièmement, il serait fondamental que l’objectif de l’utilisation des données soit clairement spécifié et que celles-ci soient autant de nature qualitative que quantitative. Troisièmement, les données feraient fréquemment l’objet de discussions et seraient mises à profit pour mieux comprendre le milieu et établir collectivement des priorités.

  1. Revoir la perception du milieu, créer des liens avec les parents

Un indice IMSE (Indice de milieu socio-économique) de 8, 9 ou 10 était associé à la moitié des établissements des participants à la recherche. La cote 1 est associée aux milieux les plus favorisés sur le plan socio-économique et la cote 10, aux milieux les plus défavorisés. Les directions des milieux défavorisés ont beaucoup travaillé à contrer un sentiment de fatalisme entretenu par le personnel à l’égard des possibilités de réussite des élèves et fait la promotion de leur potentiel de cheminer avec succès. Toujours dans ces milieux, une attention particulière a été portée sur un accueil bienveillant et sans jugement des parents. En considérant les réticences face au milieu scolaire de certains parents et des difficultés de lecture pressenties, les enseignants ont été encouragés à téléphoner aux parents pour les inviter à différentes rencontres en cours d’année. De plus, les directions étaient présentes auprès de différents organismes du milieu. Par exemple, certaines ont travaillé en concertation avec les maisons des jeunes pour contrer le décrochage des élèves.

  1. Repenser l’offre et l’organisation des services éducatifs

Au primaire, les directions ont beaucoup insisté sur la mise en place de l’approche RAI (réponse à l’intervention). De nombreux efforts ont été mis sur l’intervention précoce au regard de difficultés (ex. : langage, motricité) présentées par des élèves; les enseignantes du préscolaire ont participé à une formation sur la conscience phonologique.

L’utilisation des portraits de classe par les équipes multidisciplinaires (enseignants, orthopédagogues, psychologues, orthophonistes, techniciens en éducation spécialisée, etc.) pour examiner le cheminement des élèves était fréquente. Au secondaire, ce sont plutôt les profils individuels des élèves plus fragiles sur lesquels les directions ont demandé un suivi plus intensif. Dans les deux ordres d’enseignement, de fréquentes rencontres multidisciplinaires ont été organisées.

L’approche de la réponse à l’intervention (RAI) s’appuie sur cinq principes fondamentaux : 1. Tous les élèves peuvent apprendre; 2. Des évaluations de qualité fournissent de l’information sur les pratiques pédagogiques favorables; 3. Un enseignement de qualité peut faire la différence; 4. Le développement de relations positives en classe maximise l’apprentissage; 5. Les intervenants doivent travailler en équipe. (Whitten, Kelli et Woodrow. [2012]. La réponse à l’intervention. Un modèle efficace de différenciation. Montréal : Chenenlière Éducation.)

Les tâches des intervenants

Des directions du primaire ont inclus dans la tâche des techniciennes en éducation spécialisées formées à cet effet l’application de plans de services (motricité, langage) établis par des orthophonistes et des ergothérapeutes.

Au secondaire, on a misé sur le coenseignement et maintenu des groupes fermés en première et deuxième secondaire. Le mandat des enseignants-tuteurs de ces groupes a été clairement redéfini. Devant l’impossibilité de mettre en place des activités parascolaires hors horaire, une direction a fait cheminer son équipe vers la mise en place d’« activités-passions », dans l’horaire régulier, offertes à tous les élèves, par tous les intervenants de l’école. Le lien entre les élèves et les intervenants s’est alors beaucoup amélioré. Une autre initiative consistait en la mise en place de cours de rattrapage pour des élèves en échec important dans une matière de base à la première étape. Ces élèves assistaient le matin, avant l’horaire régulier, à des cours donnés par des enseignants payés à la leçon. Après quelques semaines, ils pouvaient passer un nouvel examen. Le résultat alors obtenu pouvait remplacer le précédent. Grâce à la mise en place de cette pratique, beaucoup d’élèves (345 en deux ans) ont ainsi repris leur cheminement scolaire avec davantage de motivation.                  

Conclusion

Ces directions engagées et audacieuses exercent dans 11 régions administratives du Québec, et la diversité des milieux nous permet d’espérer une transférabilité élargie des résultats. En exerçant des pratiques de gestion appuyées sur des données probantes et une connaissance approfondie du milieu au service de l’organisation des services éducatifs, les directions d’établissement scolaire peuvent favoriser la réussite des élèves.

Cette recherche se poursuit à l’heure actuelle. Le rapport final devrait être disponible en 2021.

 

Source de l’image :  Sean Locke Photography/ShutterStock

Dernière modification : 15 juin 2020.

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