Obtenir un diplôme avant l’âge de 20 ans : une analyse ancrée dans une perspective des parcours de vie

Temps approximatif de lecture : 3 à 4 minutes

Par : Lise Santerre

Dans le cadre d’une étude longitudinale menée par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), des chercheuses examinent les liens existant entre des facteurs de risque mesurés tout au long du parcours scolaire des jeunes et le fait pour eux d’obtenir ou non un diplôme ou une qualification au terme de leurs études secondaires[1].

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L’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ELDEQ)

Les résultats de la présente analyse s’appuient sur les données de l’ELDEQ. Cette étude, menée au Québec depuis l’année 1997-1998, cherche à comprendre les trajectoires de vie et à déterminer les facteurs qui, pendant la petite enfance, contribuent à l’adaptation sociale et à la réussite scolaire des jeunes. Elle fournit des informations recueillies à plusieurs reprises entre les premiers mois de la vie jusqu’à ce que les jeunes atteignent l’âge de 19 ans.

La complémentarité des facteurs et la temporalité

L’approche adoptée par les chercheuses est originale, car elle offre une vue d’ensemble des facteurs de risque du décrochage scolaire et de leur déploiement au cours des deux premières décennies de la vie des jeunes. Sa singularité tient aussi au fait que l’examen porte sur le poids de ces facteurs à différents moments clés du parcours scolaire : au début du primaire, au moment de la transition primaire-secondaire et au milieu du secondaire. En effet, les auteures constatent que l’influence de ces facteurs peut varier au fil du temps. Certains interviennent dès le départ alors que d’autres entrent en jeu plus tard au cours de la trajectoire scolaire.

Rien n’est joué au départ

Sous l’angle des parcours de vie, on constate que certains des facteurs de risque présents au début de la scolarisation ou avant, comme le faible rendement scolaire ou la connaissance limitée des lettres, s’avèrent peu significatifs lorsque d’autres facteurs qui entrent en jeu plus tard dans le parcours scolaire sont pris en compte, par exemple le retard scolaire ou les faibles aspirations parentales. Cela suggère que l’influence des facteurs précoces passe par ces problèmes émergeant plus tardivement. Par contre, le milieu socioéconomique d’origine semble avoir un effet persistant sur la probabilité d’obtenir ou non un diplôme.

Le poids du milieu socioéconomique d’origine

Les enfants qui appartiennent à un milieu plus favorisé sur le plan socioéconomique sont plus susceptibles d’obtenir un diplôme en sept ans ou moins que les autres enfants.

Comme le notent les auteures, des inégalités aux effets durables s’installent très tôt dans les trajectoires scolaires. Toutefois, ajoutent-elles, ces inégalités précoces n’expliquent pas tout et ne semblent pas irrémédiables. Leur analyse confirme effectivement que certains facteurs font une entrée en scène graduelle. Le risque tend alors à se cristalliser progressivement au fil des années, c’est-à-dire qu’il se fixe et se stabilise dans le temps.

Les auteures précisent qu’il est difficile de prédire dès le premier cycle du primaire quels jeunes n’obtiendront pas de diplôme. Il devient un peu plus facile de faire une prédiction à mesure que les élèves avancent en âge et qu’ils se montrent plus ou moins engagés dans leur trajectoire scolaire.

Des solutions diversifiées dans la forme comme dans le temps

Tout en soulignant la présence de disparités notables dès le début de la scolarisation, les résultats font ressortir l’importance de la temporalité et de la plasticité du phénomène, soulignent les auteures. Ils mettent en évidence la pertinence d’agir sur plusieurs aspects et de réévaluer fréquemment les besoins des élèves pour favoriser leur persévérance scolaire.

À leur avis, il apparaît crucial de soutenir les apprentissages des élèves présentant un faible rendement scolaire, et ce, dès que des difficultés se présentent, peu importe l’étape de la scolarisation. Cela permet d’éviter que des trajectoires problématiques ne se cristallisent au fil du temps.

En outre, il semble décisif que les interventions soient personnalisées suivant les besoins changeants des élèves et qu’elles tiennent compte de leur profil comportemental et social. Ces interventions devraient cibler les différents systèmes (familial, scolaire et institutionnel) et devraient porter également sur des politiques sociales structurant les inégalités socioéconomiques.

Référence

Dupéré, V., Archambault, I., Desrosiers, H. et Nanhou, V. (2019). Obtenir un diplôme avant l’âge de 20 ans : une analyse ancrée dans une perspective des parcours de vie. Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ELDEQ) – De la naissance à l’âge adulte. Institut de la statistique du Québec, vol. 9, fascicule 1, 28 p. Repéré à https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/obtenir-diplome-avant-age-20-ans-analyse-ancree-dans-perspective-parcours-vie.pdf

[1] L’étude porte sur la diplomation en sept ans ou moins. Les diplômes et les qualifications considérés comprennent, entre autres, le diplôme d’études secondaires (DES), le diplôme d’études professionnelles (DEP), l’attestation d’études professionnelles (AEP), l’attestation de formation professionnelle (AFP), le certificat de formation en entreprise et récupération (CFER), pour ne nommer que ceux-là.

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Dernière modification : 11 avril 2021.

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