L’apprentissage de langues secondes par l’engagement communautaire

Temps de lecture approximatif : 3-4 minutes

Le bilinguisme canadien est vécu de manière particulière au Québec. La chercheuse Maria Popica du John Abbott College a examiné la question de l’insertion des étudiants anglophones du collégial dans la société francophone en contexte québécois. Les cours obligatoires de français langue seconde (FLS) dans le réseau anglophone auraient des effets bénéfiques sur le niveau général de bilinguisme des jeunes adultes anglophones, mais ces derniers semblent tout de même avoir des hésitations à s’intégrer pleinement dans la société francophone. Dans le rapport qu’elle a rédigé sur le sujet, Popica propose une piste de solution pour contrer le phénomène : l’engagement communautaire.

Source de l’image : Shutter Stock

État de la situation

Une étude récente a soulevé un enjeu majeur concernant l’apprentissage du FLS par les étudiants du réseau collégial anglophone au Québec. En effet, ils montreraient peu de motivation à approfondir leur maîtrise du français et ils auraient des attitudes négatives vis-à-vis des communautés francophones (Gagné et Popica, 2017).

En outre, d’autres recherches en didactique des langues soulèvent un obstacle à l’apprentissage du FLS dans ce contexte. Traditionnellement, les cours de langue seraient construits de manière à développer les compétences linguistiques recherchées  en dehors du contexte d’application de ce nouveau savoir à acquérir. En conformité avec les résultats d’études récents sur le sujet (Beacco, 2018), les recherches de Popica proposent de transformer cette pratique en intégrant une dimension sociale à l’enseignement du FLS, c’est-à-dire de le concevoir comme une ouverture aux autres cultures et sociétés, ainsi qu’à l’altérité.

L’expérience de l’altérité : une approche expérientielle

Dans le cadre de ses recherches, Popica a analysé l’expérience de l’altérité. L’étude de cas a été réalisée au Cégep John Abbott dans le cadre d’un cours de FLS, lequel a été construit de manière à lier intimement l’apprentissage aux engagements communautaires dans lesquels les étudiants sont appelés à s’investir au cours du semestre. Cette approche vise à appliquer les résultats de recherche récents dans l’apprentissage des langues et à explorer ses possibilités dans le contexte plurilingue et pluriculturel qu’est le Québec : « c’est une démarche de co-construction de l’apprentissage en partenariat avec la communauté, qui invite les apprenants de langue anglaise à s’investir dans des relations interpersonnelles avec des francophones, tout en réalisant des tâches censées développer leur sens d’appartenance à la communauté. Ce rapport rend compte de cette rencontre » (Popica, 2019, p. 14).

Les avantages de l’AEC

L’apprentissage par l’engagement communautaire (AEC) comporte plusieurs avantages pour l’ensemble des parties prenantes, comme le montre le tableau suivant.

Tableau 1. Avantages de l’AEC

Source de l’image : Gemmel, L. J. et Clayton, P. H. (2009). A Comprehensive Framework for Community Service-Learning in Canada. Guelph, Ontario : Alliance canadienne pour l’apprentissage par le service communautaire (ACASC), 18-28. Cité dans Popica, M. (2019). L’apprentissage du français langue seconde par l’engagement communautaire en milieu francophone : une approche interculturelle transformatrice (Rapport de recherche). Montréal, Québec : Éditeur John Abbott College, 42.

 

D’autres recherches soulignent en outre que l’AEC est une pratique pédagogique qui pousse les étudiants à mettre en pratique leurs connaissances, à développer des valeurs civiques et une citoyenneté critique ainsi qu’à valoriser l’activisme en faveur d’une justice sociale (Britt, 2012).

Résultats

Des questionnaires préalables à l’étude de cas effectuée par Popica ont révélé que les étudiants manquaient de confiance en leurs compétences en français. En mesurant la motivation des apprenants ainsi que leur investissement dans ces expériences d’engagement communautaire au cours du semestre, Popica a observé que leur capacité à communiquer verbalement en français s’était améliorée, en raison d’une prise de confiance et de la mise en pratique hebdomadaire de leurs connaissances (2019, p. 102-103). Leur apprentissage du français leur semblait aussi beaucoup plus tangible et donc plus efficace en ce qui concerne l’acquisition de la compétence.

Aussi, Popica rapporte que « les étudiants de langue anglaise perçoivent souvent comme inéquitables les rapports de force entre les francophones majoritaires et les anglophones minoritaires », et cela leur cause de l’anxiété (2019, p. 105). En milieu communautaire, au contraire, un sentiment d’équité semble dominer, ce qui renforce par la même occasion les attitudes positives relatives à leur apprentissage du français.

Conclusion

Selon les résultats obtenus par Popica, l’AEC constitue une stratégie pédagogique efficace en FLS dans le contexte québécois. La chercheuse montre que les étudiants sont stimulés d’apprendre en contexte pratique, ce qui augmente leur motivation. De plus, un dialogue interculturel s’est développé grâce à l’AEC, ce qui a favorisé les apprentissages dans un contexte d’égalité de représentation des communautés. L’AEC permet donc d’outiller les étudiants en provenance des milieux minoritaires anglophones pour une insertion réussie dans la société à majorité francophone.

 

 

Référence

Popica, M. (2019). L’apprentissage du français langue seconde par l’engagement communautaire en milieu francophone : une approche interculturelle transformatrice (Rapport de recherche). Montréal, Québec : Éditeur John Abbott College. Repéré à https://eduq.info/xmlui/bitstream/handle/11515/37601/popica-apprentissage-francais-langue-seconde-engagement-communautaire-milieu-francophone-john-abbott-college-2019.pdf?sequence=2&isAllowed=y

 

Dernière modification : 3 décembre 2019.

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