Miser sur le développement d’une identité professionnelle positive pour favoriser le bien-être au travail 

La profession enseignante est parfois d’une complexité déconcertante. Plusieurs situations vécues quotidiennement suscitent un malaise ainsi que des remises en question qui amenuisent le sentiment de bien-être au travail. Mais comment réussir à persévérer malgré les difficultés et les conditions de travail peu enviables dans certains milieux? L’une des solutions se trouve dans le développement d’une identité professionnelle positive. En effet, l’enseignant étant son propre outil de travail, il semble important de lui fournir des pistes de réflexion pour l’aider à construire un sens de sa profession, ce qui peut favoriser son bien-être.

Nancy Goyette

Par Nancy Goyette, Ph. D., professeure chercheure en sciences de l’éducation

Université du Québec à Trois-Rivières

 

Comprendre le processus de construction identitaire positif

 Être enseignant consiste non seulement à enseigner, mais aussi à conjuguer diverses situations qui suscitent des questionnements, des remises en question, des prises de décision et des actions. Certaines d’entre elles touchent des aspects à la fois didactico-pédagogiques et relationnels, émotifs et sociaux. Par exemple, certains enseignants parlent de l’importance de tisser des liens avec les élèves afin de créer un climat propice à l’apprentissage. D’emblée, cette affirmation semble être d’une grande simplicité. Mais en réalité, réussir à gagner la confiance de ses élèves relève en grande partie d’un travail de réflexion sur soi et du rôle que l’on joue comme enseignant, tout cela lié à un processus de construction identitaire.

 

À l’instar de Gohier et de ses collaborateurs (2001), l’identité professionnelle des enseignants se développe par les remises en question émergeant d’une constante interaction entre deux pôles : l’identité personnelle (représentations de soi basées sur les connaissances, les valeurs, les croyances, etc.) et l’identité sociale (représentations des autres [les enseignants] basées sur les savoirs de la profession, les valeurs éducatives, la déontologie, etc.).

Dans un récent article rédigé en collaboration avec Stéphane Martineau (2018), nous avons revisité ce processus de développement de l’identité professionnelle afin d’intégrer les forces de caractère de l’enseignant dans le pôle de l’identité personnelle. Ceci, afin que l’enseignant puisse cultiver une représentation positive de soi et ainsi mieux envisager certaines situations complexes dans son travail.

 

Cultiver ses forces de caractère pour ressentir du bien-être

L’élément central du bien-être en enseignement correspond au sens que donne l’enseignant à sa profession. Ce sens se construit grâce à plusieurs aspects, entre autres la croyance de l’enseignant voulant que son travail soit primordial pour la société ou que ses propres réussites aident à la réussite éducative des élèves. D’autres éléments tels que les relations positives, la passion de l’enseignement et le sentiment de compétence contribuent à créer un sentiment de bien-être. Cependant, les forces de caractère, aussi appelées valeurs en action, qui se définissent comme des traits cognitifs et non cognitifs de la personnalité, aident à développer ces éléments. On dénote que des forces comme la bienveillance et l’amour permettent à l’enseignant d’aider les élèves à atteindre certains objectifs scolaires et personnels ou à établir des liens de confiance avec eux. L’intelligence sociale s’avère aussi fort utile pour bien sonder le climat de classe et pour intégrer des stratégies gagnantes en matière de gestion des comportements. Le travail d’équipe, pour sa part, constitue une force de caractère qui favorise les relations positives et le soutien entre collègues, lorsque confrontés à des situations difficiles. Enfin, la persévérance aide les enseignants à affronter les différents obstacles qui se dressent devant eux et à trouver des solutions.

 

Pour favoriser le développement de leurs forces de caractère de façon à accroître leur bien-être quotidiennement, les enseignants doivent non seulement prendre conscience de ces forces, mais aussi réfléchir sur l’utilité de ces dernières dans diverses situations. Cette réflexion sur soi contribue à un développement identitaire positif puisqu’envisager de connaître et d’utiliser ses forces pour orienter ses actions permet de développer une confiance en soi. Ceci, en prenant conscience des ressources internes souvent inexplorées qu’on possède, d’une part, et du fait qu’on peut analyser certaines situations selon des paramètres qui incluent le sentiment que l’on éprouve de pouvoir changer réellement les choses et d’entreprendre des actions qui vont dans le sens de ses valeurs personnelles, d’autre part.

 

Quelques stratégies à adopter pour favoriser un sentiment de bien-être comme enseignent et pour développer une identité professionnelle positive

Dans leur ouvrage sur le bien-être et la santé des enseignants, Théorêt et Leroux (2014) proposent plusieurs stratégies pour favoriser un sentiment de bien-être en enseignement. Plus spécifiquement, dans une perspective du développement d’une identité professionnelle positive, les trois stratégies suivantes semblent propices pour aider les enseignants à changer positivement leur représentation de soi.

 

  1. Recenser au quotidien (ou quelques jours/semaine) les situations où l’on a exploité ses forces, puis nommer et définir ces forces. Prendre conscience de ses forces aide l’enseignant à construire une représentation de soi positive.
  2. Cerner au quotidien (ou quelques jours/semaine) une situation où l’on a ressenti de la satisfaction à l’égard de son travail et expliquer pourquoi. Découvrir des éléments de satisfaction permet d’élaborer un sens de la profession et de favoriser un sentiment de bien-être au travail.
  3. Noter chaque jour au moins deux interventions/actions qui représentent une source de fierté pour soi. Cibler des interventions ou des actions dont on retire de la fierté contribue au développement d’un sentiment de compétence chez les enseignants.

 

Développer une identité professionnelle positive requiert un effort constant pour changer les représentations que l’on a de soi. Par exemple, plusieurs enseignants sont beaucoup plus enclins à nommer leurs carences que leurs forces. Pourtant, la prise en compte de ces forces, pour les enseignants, s’avère essentielle à la construction d’un sens de la profession animé d’un sentiment de compétence et de confiance en soi, éléments qui favorisent notamment le développement d’un sentiment de bien-être au travail.

 

 

Références

Goyette, N. (2014). Le bien-être dans l’enseignement : étude des forces de caractère chez

des enseignants persévérants du primaire et du secondaire dans une approche axée sur la psychologie positive (Thèse de doctorat inédite). Université du Québec à Trois-Rivières. Repéré à http://depot-e.uqtr.ca/7681/1/030880320.pdf

 

Goyette, N. (2016). Développer le sens du métier pour favoriser le bien-être en formation initiale à l’enseignement. Revue canadienne en éducation, 39(4), 1-29. Repéré à

http://journals.sfu.ca/cje/index.php/cje-rce/article/view/2267

 

Goyette, N. et Martineau, S. (2018). Les défis de la formation initiale des enseignants et le développement d’une identité professionnelle favorisant le bien-être. Phronesis, 7(2), 4-19. Repéré à https://www.cairn.info/revue-phronesis-2018-4-page-4.htm

https://id.erudit.org/iderudit/1056315ar

 

Théorêt, M. et Leroux, M. (2014). Comment améliorer le bien-être et la santé des enseignants? Bruxelles : De Boeck.

 

Site Web de Nancy Goyette : www.uqtr.ca/nancy.goyette

 

Page Facebook : Nancy Goyette, Ph. D., chercheure en psychopédagogie du bien-être @bienetreenenseignement

 

Twitter : @NancyGoyette

 

YouTube (Chaîne de Nancy Goyette, Ph. D) :

Entrevue dans le cadre du Sommet 21 :

Conférence sur le bien-être des enseignants pour le Carrefour national d’insertion professionnelle en enseignement (CNIPE) :

Favoriser le bien-être en enseignement quotidiennement (Vidéo en ligne). (2018, 7 février). Repéré à https://youtu.be/QdoaiboQkaU

 

Dernière modification : 19 août 2019.

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