Engagement et transitions scolaires dans les écoles des milieux défavorisés et pluriethniques

Le concept d’engagement scolaire compte trois dimensions : la première touche au comportement scolaire de l’élève (met-il les efforts nécessaires dans ses études?); la deuxième concerne l’engagement cognitif (l’élève est-il capable d’autoréguler son comportement en classe?); la troisième permet d’aborder l’engagement scolaire sous l’angle de l’affectivité (l’élève est-il intéressé par les matières enseignées?). Au Québec, et plus particulièrement à Montréal, il appert que le niveau d’engagement scolaire s’avère problématique, voire inquiétant, chez les élèves immigrants de troisième génération (ou plus) au moment des transitions scolaires. En effet, les transitions du préscolaire au primaire et du primaire au secondaire sont difficiles à vivre dans les écoles défavorisées et pluriethniques du Québec, surtout celles de l’île de Montréal.

pluriethnique

Pixabay/ludi

Une recherche réalisée par Isabelle Archambault, professeure à l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’école, le bien-être et la réussite éducative des enfants, en collaboration avec d’autres chercheurs, a permis de répondre à certaines questions entourant ce phénomène, dont les suivantes :

·      Quel rôle les enseignants jouent-ils en ce qui concerne le désengagement différentiel des élèves en milieux défavorisés et pluriethniques?

·      Quelles sont les conditions favorables à la mise en place par les enseignants de pratiques jugées efficaces pour soutenir l’engagement de ces élèves?

 

Le but de la recherche d’Archambault était de déterminer les caractéristiques typiques des élèves ne souffrant pas de désengagement scolaire et de faire ressortir les méthodes d’enseignement qui aident les élèves sur ce plan et qui favorisent leur réussite scolaire. Pour atteindre ce but, Archambault et son équipe ont travaillé auprès de 1 599 élèves issus de l’immigration de l’île de Montréal (73 pays différents; 40 langues maternelles différentes) et les ont évalués deux fois par année pendant quatre ans.

 

Les résultats obtenus montrent tout d’abord que le désengagement scolaire serait influencé par les caractéristiques de l’élève. Si l’élève participe, est engagé en classe, a un sentiment de compétence, connaît ses buts, met des efforts, si ses résultats scolaires antérieurs sont bons et si les pratiques parentales de soutien et de collaboration sont au rendez-vous, il y a de fortes chances pour que le niveau de motivation de cet élève soit bon.

 

Les résultats démontrent ensuite que le désengagement scolaire serait influencé par le jugement de l’enseignant, qui, même s’il essaie d’être aussi objectif que possible, peut porter un jugement sur les origines de l’élève, sur son statut migratoire et sur les caractéristiques de sa famille. De plus, le désengagement scolaire serait influencé par les pratiques enseignantes. En effet, quelques pratiques favorisent l’engagement scolaire. Par exemple, si un enseignant offre un soutien affectif et pédagogique, favorise le développement de l’autonomie de ses élèves, montre des stratégies d’autorégulation, se montre attentif, développe de bonnes habitudes de travail et promeut la coopération entre les enseignants des différents niveaux; cet enseignant aura des élèves majoritairement motivés et engagés dans ses classes, quelles que soient les matières enseignées. Finalement, le désengagement scolaire serait influencé par les caractéristiques de la classe et de l’école. Les élèves doivent savoir ce que tel ou tel milieu scolaire attend d’eux, et ces attentes doivent lui être transmises de façon claire. Bref, de nombreux facteurs agissent sur l’engagement scolaire des élèves, et ce, particulièrement au moment des transitions du préscolaire au primaire, et du primaire au secondaire; des facteurs qui jouent à la fois sur la motivation de ces élèves et sur leur réussite scolaire.

 

Voici quelques recommandations qu’Archambault fait aux enseignants désirant améliorer leurs pratiques :

·      Maintenir une bonne communication entre les enseignants des différents niveaux;

·      Soutenir et encourager l’autonomie des élèves;

·      Développer un lien chaleureux et de confiance avec les élèves;

·      Prévenir les mauvais comportements des élèves au moment des transitions de niveaux;

·      S’informer sur le travail d’enseignant en milieu pluriethnique;

·      Ne pas toujours mettre l’accent sur les buts et sur la performance;

·      Assurer un meilleur suivi des élèves en difficulté;

·      Suivre des formations, si possible.

 

Bien entendu, étant donné que cette étude dresse uniquement un portrait d’élèves résidant sur l’île de Montréal, on pourrait difficilement transposer ailleurs au Québec l’expérience et les résultats obtenus par Archambault et son équipe, d’autant que dans la métropole québécoise, région unique et riche, grâce entre autres à son ethnicité, les élèves visés par l’étude d’Archambault évoluent dans des quartiers défavorisés. Quoi qu’il en soit (et bien que les résultats obtenus démontrent que les élèves issus de l’immigration demeurent plus engagés dans leurs études que les autres élèves), il apparaît clair que les pratiques enseignantes influencent de façon considérable l’engagement scolaire des élèves de milieux défavorisés (issus de l’immigration ou non), et ce, particulièrement au moment des transitions scolaires (du préscolaire au primaire et du primaire au secondaire).

 

 

Référence

Archambault, I. (2014). L’effet des transitions scolaires sur l’engagement des élèves issus de l’immigration en milieux défavorisés (Rapport de recherche – Programme Actions concertées). Université de Montréal. Repéré à www.frqsc.gouv.qc.ca/documents/11326/2801941/PRS_2013-2014_Archambault_resume_immigration.pdf/7fa2c3e3-b715-4f41-95bc-1bb264c052f0

 

Source de l’image : Pixabay/ludi https://pixabay.com/fr/photos/%C3%A9tudiants-salle-de-classe-apprendre-377789/

Dernière modification : 16 août 2019.

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