L’importance des interactions verbales pour le développement langagier des tout-petits

Les enfants issus de milieux défavorisés entendent, en moyenne, moins de mots à la maison que les enfants issus de milieux à statut socioéconomique élevé. Ce type d’écart, au fil du temps, peut aussi se creuser de plus en plus, entre ces deux groupes d’enfants, quant aux compétences langagières, à la préparation à l’école et, ultérieurement, aux performances scolaires. Lynn K. Perry, professeure adjointe de psychologie à l’Université de Miami, et une équipe de collègues-chercheurs ont mené récemment une étude, publiée dans la revue PLOS One, pour examiner, durant une année, les interactions, sur le plan langagier, d’enfants âgés de deux et trois ans en milieu de garde. Ils ont entre autres découvert que les enfants vulnérables (issus de familles ayant un faible revenu) tiraient profit des conversations avec leurs pairs et avec leurs éducateurs.

Shutterstock/Sergey Novikov

Perry, dont les travaux de recherche portent sur le développement langagier et cognitif des enfants, explique que les premières années de développement langagier sont nécessaires à la mise en œuvre des principes fondamentaux de la préparation à l’école, notamment en ce qui concerne la capacité de lecture des enfants et leur développement social et émotionnel.

On sait que, dans leurs interactions verbales quotidiennes avec leurs enfants, les parents peuvent favoriser le développement langagier des enfants et leur réussite scolaire. Mais on en sait assez peu sur les interactions verbales des adultes et des enfants en milieu de garde ou dans les établissements préscolaires. Le temps que passent les enfants dans ces lieux constitue pourtant une grande partie de leur vie quotidienne. 

Lynn Perry

[Traduction libre]

Aux États-Unis, 30 % des enfants américains sont inscrits dans des services de garde. Perry a examiné comment l’utilisation du langage par les enfants de deux et trois ans ainsi que leur développement sur le plan langagier étaient influencés par ce qu’ils entendaient dans leur milieu de garde, c’est-à-dire par ce que leur apportaient leurs éducateurs et leurs pairs sur le plan linguistique.

Treize enfants unilingues anglophones âgés de deux ans, issus de familles à faible revenu et à risque, ont participé à cette étude durant le temps scolaire pendant 42 semaines. Les enfants devaient être présents pendant au moins deux jours d’enregistrement pour être inclus dans l’échantillon final. La composition ethnique du groupe comprenait 70 % d’enfants afro-américains. Au début de l’étude, tous les enfants avaient un vocabulaire expressif inférieur au 30e percentile.

À l’aide d’un appareil appelé enregistreur LENA (Language ENvironment Analysis) dont on équipait les enfants une fois par semaine, Perry et son équipe ont collecté des centaines d’heures d’enregistrement audio. Le logiciel LENA a ensuite évalué si le son enregistré était une parole ou non, et si le discours venait de l’enfant qui portait l’enregistreur, ou alors d’un adulte ou d’un autre enfant qui parlait avec lui.

Après avoir étudié ces données audio, Perry a découvert que les interactions verbales avec des pairs plus avancés sur le plan linguistique peuvent donner aux enfants moins avancés sur ce plan l’occasion d’entendre un vocabulaire et des constructions grammaticales nouveaux ou inconnus. En fait, les enfants dont les aptitudes langagières sont au départ plus faibles bénéficient davantage de celles de leurs pairs (mesurées par les aptitudes langagières moyennes de l’ensemble de la classe) au cours d’une année scolaire que les enfants qui démontrent au départ des aptitudes langagières plus élevées. En outre, on a constaté un lien positif entre interactions enfant-adulte et utilisation du langage par l’enfant ou développement langagier de l’enfant, mais uniquement lorsque l’adulte converse avec l’enfant, plutôt que de lui parler sans que ce dernier ait la possibilité de répondre.

L’utilisation d’appareils d’enregistrement LENA de pointe a élargi nos options de collecte de données et nous a permis de travailler en équipe afin d’examiner ces expériences langagières, ainsi que d’utiliser les données pour fournir aux éducateurs des informations qui peuvent les aider à élaborer des stratégies pour les nourrissons ou les jeunes enfants qui présentent un retard de développement.

Lynne Katz, une des chercheuses impliquées dans l’étude

[Traduction libre]

Les résultats obtenus permettent donc de mieux comprendre la dynamique de l’environnement linguistique dans lequel vivent les enfants, et ses conséquences sur le développement langagier des enfants vulnérables. Ils indiquent aussi l’importance du contexte des activités et expériences de communication orale qui se déroulent en contexte préscolaire, en particulier l’influence des contributions des pairs sur ce plan et des conversations enfants-adultes pour faciliter le développement langagier. Perry et ses collègues-chercheurs désirent désormais orienter leur recherche pour évaluer comment les interactions des enfants avec leurs pairs influencent les résultats sur un plan à la fois linguistique et social. Une telle étude pourrait avoir d’importantes répercussions sur les questions d’inclusion des enfants qui présentent un retard de langage ou un trouble de la communication.

[Pour consulter la recherche : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0199893]

Référence

Perry, L. K., Prince, E. B., Valtierra, A. M., Rivero-Fernandez, C., Ullery, M. A., Katz, L. F., Laursen, B. et Messinger, D. S. (2018). A year in words: The dynamics and consequences of language experiences in an intervention classroom. PLOS ONE, 13(7). DOI : 10.1371/journal.pone.0199893

Source de l’image : Shutterstock/Sergey Novikov

Dernière modification : 10 juin 2019.

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