L’importance réelle d’Internet dans la vie des jeunes d’aujourd’hui…

Patrick Giroux, professeur, Université du Québec à Chicoutimi
Mathieu Gagnon, professeur, Université du Québec à Chicoutimi
Josiane Cornut, étudiante, Université du Québec à Chicoutimi
Stéphanie Lessard, étudiante à la maîtrise, Université du Québec à Chicoutimi



Plusieurs études menées récemment en Europe et en Amérique permettent de mieux appréhender l’importance réelle d’Internet dans la vie des jeunes d’aujourd’hui.

En France

En France, l’enquête « Moi et les écrans » réalisée dans un collège Français en 2010 visait « à mettre en lumière le rapport qu’ont les jeunes aux écrans » (Association Ic@re, 2010: 4). Parmi les 614 participants, 99% ont confirmé qu’il y a au moins un ordinateur relié à Internet à la maison (p. 13). Dans tous les « écrans » visés par cette enquête (ordinateur, Internet, télévision, console de jeux vidéos, téléphones portables multifonctions), le Web arrive clairement premier avec une consommation hebdomadaire moyenne de 8h15 et le temps passé à naviguer augmente continuellement entre 11 et 15 ans (p. 12). Association Ic@re concluent que ces « écrans », Internet en tête, deviennent « le support de la vie sociale des jeunes » (p. 5) et proposent que :

Si nous voulons que les « digitals natives » (lire la note plus bas) s’approprient le contenu, les savoirs et les outils des médias , ils ne pourront le faire que si les adultes participent à leur valorisation. Accompagner les jeunes afin de leur permettre de saisir les ressorts des industries médiatiques, leur apprendre à s’exprimer en ligne, c’est en effet leur montrer que les médias et Internet sont non seulement un lieu permettant l’expression personnelle, mais également un espace en perpétuelle évolution où cohabitent enjeux éducatifs et professionnels. (p. 26)

Aux États-Unis

Plus près de nous, aux États-Unis, la Kaiser Family Foundation mène depuis 1999 le projet « Generation M: Media in the Lives of 8-to 18-Year-Olds » qui a la particularité de prévoir une collecte massive de données tous les 5 ans (Rideout, Foehr & Roberts, 2010). Ce projet est aussi particulier parce qu’il s’intéresse à l’usage simultané de plusieurs médias (le « multitâche »). Pour la Kaiser Family Foundation, l’étude et la compréhension du rôle ainsi que l’importance des médias dans la vie des jeunes sont essentielles, car ces derniers véhiculent un ensemble de valeurs à propos de la santé, des rôles de l’homme et de la femme, de la sexualité, de la violence, de la nutrition, des relations avec les pairs, etc. Dans son ensemble, cette recherche permet elle aussi de constater l’importance d’Internet et des médias numériques dans la vie des jeunes. Selon les données présentées, la moyenne des adolescents américains s’exposerait quotidiennement à 7h38 de médias (télévision, musique, ordinateur, jeux vidéo, imprimés, films). Si l’on considère le multitâche, la moyenne des adolescents américains s’exposerait chaque jour à l’équivalent de 10 h 45 de médias. Le fait que cette recherche ait déjà procédé à trois collectes de données permet aussi de constater que l’exposition est en constante augmentation depuis 1999. L’explosion de cette utilisation médiatique s’expliquerait principalement par l’augmentation de la consommation en ligne via l’ordinateur et les appareils mobiles. Ainsi, si les jeunes écoutent de plus en plus d’émissions de télé, ils ne le font pas devant le téléviseur du salon, mais plutôt sur Internet. Il en est de même pour la musique et pour les revues. Selon cette étude, la plus forte consommation de médias serait chez les 11-14 ans, alors que les jeunes tombent à deux pieds dans l’adolescence, changent très rapidement et construisent leur identité à la fois personnelle, sociale et professionnelle.

50% des jeunes américains auraient maintenant accès à un cellulaire entre 11 et 13 an.

Le PEW Internet & American Life Project étudie aussi l’usage des médias et des technologies chez nos voisins américains depuis plusieurs années. Leurs enquêtes confirment la nette augmentation de l’importance des médias technologiques dans la vie des jeunes. Les multiples études de ce projet démontrent, par exemple, que les jeunes adolescents ont accès de plus en plus tôt à des appareils mobiles, qu’ils utilisent presque tous Internet régulièrement et qu’ils sont très nombreux à utiliser les réseaux sociaux. Ainsi, 50% des jeunes américains auraient maintenant accès à un cellulaire entre 11 et 13 ans (source), 93% des adolescents navigueraient régulièrement sur Internet (source) et 73% utiliseraient fréquemment des réseaux sociaux tels que Facebook ou MySpace (source). Un rapport présenté plus récemment confirme également des différences importantes entre les générations en ce qui a trait à la possession et à l’usage des gadgets technologiques qui permettent la consommation médiatique (source).

Au Canada

Au Canada, le Réseau Éducation-Média a mené l’étude « Jeunes canadiens dans un monde branché » entre 2001 et 2005. Plus de 10 000 jeunes canadiens ont été interrogés. Cette étude a permis de constater, entre autres, que les jeunes canadiens ne sont pas différents des jeunes français et américains. La majorité d’entre eux (94%) affirme utiliser Internet à la maison et un grand nombre (61%) dit avoir un accès haute vitesse. Au Canada comme ailleurs, l’ordinateur ne serait plus le seul point d’accès à Internet pour les jeunes adolescents. Près du quart (23%) des jeunes ont répondu posséder un téléphone cellulaire, dont presque la moitié (44%) donnait accès à Internet. Les résultats démontrent aussi qu’il y aurait eu une hausse dans l’accès à Internet entre 2001 et 2005. Comme les jeunes d’ailleurs dans le monde, les jeunes canadiens utiliseraient Internet dans le but d’élargir leurs réseaux sociaux actuels et d’en développer de nouveaux. Selon cette étude, Internet serait aussi la principale source d’information des jeunes canadiens pour la réalisation des travaux scolaires. Dans le cadre de l’étude, ils se sont dits intéressés d’apprendre à mieux chercher et évaluer l’information trouvée en ligne.

Au Québec

Au Québec, le CEFRIO a aussi mené une étude centrée sur les jeunes de 12-24 ans. Le CEFRIO a surnommé le groupe des 12-24 ans la « génération C », parce qu’ils utilisent Internet pour « communiquer, collaborer et créer ». Cette étude a mis en valeur l’importance des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour les jeunes québécois et les impacts de ces dernières sur leurs modes de vie. Réalisée en 2008, elle a confirmé que plusieurs d’entre eux possédaient alors un ordinateur de bureau (64%) ou un ordinateur portable (19% des 12 à 17 ans et 58% des 18-24 ans) et qu’ils ont souvent accès à un téléphone cellulaire (39% des 12 à 17 ans et 73% des 18-24 ans). L’objectif principal de cette étude était de vérifier si l’usage des technologies variait d’une génération à l’autre et si les jeunes québécois étaient différents des jeunes d’ailleurs. Elle a révélé plusieurs différences entre les générations québécoises et a permis de conclure que les jeunes québécois ne sont pas différents des jeunes d’ailleurs. Ils sont, par exemple, intéressés par les réseaux sociaux et Internet est leur principale source d’information pour les travaux scolaires. Cependant, il ressort de cette recherche que les jeunes utilisent davantage Internet et les technologies à la maison qu’ils ne le font à l’école. Plus du tiers (36%) des répondants aimeraient que l’école leur apprenne comment mieux distinguer une source d’information fiable d’une source moins crédible, et environ le tiers (32%) souhaitent mieux maîtriser Google. Surtout, cette recherche indique que les jeunes eux-mêmes doutent des compétences de leurs enseignants dans ce domaine…

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Note des auteurs de ce dossier: L’expression « digital natives » fait référence à la génération née après l’arrivée d’Internet et a été popularisée par Prensky. Vous trouverez des articles à ce sujet ici, ici et .

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