Les relations école-famille-communauté au cœur des apprentissages et du développement des jeunes

par Rollande Deslandes, Ph.D., t.s., Professeure titulaire au département des sciences de l’éducation, Université du Québec à Trois-Rivières. Chercheuse régulière au Centre de Recherche et d’Intervention sur la Réussite Scolaires (CRIRES)

Introduction

Au cours des trente dernières années s’est développé un consensus sur l’importance de relations école-famille-communauté de qualité. Ce rapprochement entre les divers milieux de vie des jeunes est devenu impérieux compte tenu des nombreux changements démographiques qui touchent les familles, de l’accroissement de l’écart entre les riches et les pauvres, des exigences des milieux de travail et de la diversité ainsi que de la complexité grandissante des problèmes des jeunes et de leurs familles. Considérant l’effritement du tissu social, il ressort également un besoin d’accroître le capital social, soit les relations les ressources et les occasions d’apprendre. En clair, l’école ne peut plus suffire à la tâche en solo.

Des vérités bien établies

L’influence de la famille

Les parents sont incontestablement les premiers éducateurs de leur enfant. Bien que les caractéristiques familiales (structure, scolarité et revenus des parents) influent sur la réussite scolaire et le développement global de l’enfant, un grand nombre d’études réalisées sur le plan national et international ont montré que les processus familiaux sont encore plus importants.

Autrement dit, ce que les familles font est plus important que ce qu’elles sont. Des études démontrent clairement l’influence des relations positives parent-jeune caractérisées par de la chaleur, de l’encadrement et de l’encouragement à l’autonomie sur la réussite éducative, et ce, quel que soit le statut socioéconomique de la famille.

De même, les travaux menés sur les pratiques parentales montrent sans équivoque l’impact positif de comportements parentaux sur la réussite éducative tels que les encouragements, les compliments sincères, une disponibilité et une réceptivité aux échanges ainsi qu’une aide directe et ponctuelle dans les travaux scolaires. Ces observations se révèlent significatives quel que soit le statut socioéconomique de la famille et le niveau scolaire des jeunes.

L’école ne peut plus suffire à la tâche en solo.
-Rollande Deslandes, chercheuse

Les relations-école-famille

Les relations école-famille renvoient aux liens officiels et informels entre l’école et les familles. Des relations harmonieuses constituent un facteur de protection contre le décrochage scolaire surtout en milieu défavorisé et contribuent à la persévérance scolaire. Des relations école-famille positives semblent amoindrir les effets négatifs de la pauvreté au regard des résultats scolaires et des comportements inappropriés des enfants. Ces bénéfices apparaissent perdurer à long terme.

L’influence de la communauté

Les écoles sont situées dans des communautés et elles jouent un rôle clé dans l’amélioration des expériences de vie des individus et dans les efforts fournis pour resserrer le tissu social dans le voisinage et la communauté. La communauté exerce un impact direct et indirect sur la socialisation des jeunes à la réussite et la persévérance scolaires par ses croyances, ses valeurs, ses normes, ses règles et ses ressources.

Les relations-école-communauté

La collaboration école-communauté réfère aux liens entre les écoles, les membres de la communauté, les institutions, les organismes, les associations, les agences et les entreprises de la communauté qui soutiennent et favorisent directement ou indirectement le développement social, émotionnel, physique et intellectuel des jeunes.

Les contributions de la communauté semblent davantage centrées sur l’élève (incitatifs à poursuivre ses études, mentorat, activités parascolaires d’ordre académique, culturel et sportif); la famille (ateliers pour parents, groupes de soutien au rôle parental, activités de réseautage, éducation aux adultes, aide à l’emploi, etc.); l’école (achat de matériel, équipement) et sur la communauté elle-même et ses citoyens (expositions scientifiques, artistiques, actions de revitalisation dans la communauté).

Les projets école-famille-communauté (ÉFC)

Les relations entre l’école, les familles et la communauté sont plus susceptibles de s’actualiser quand l’école y croit et met en place des stratégies pour les développer. Celles-ci se traduisent concrètement par la mise en œuvre de programmes globaux qui doivent alors s’insérer dans le projet éducatif et le plan de réussite de l’école. Les étapes à suivre sont simples quelle que soit l’origine de l’idée.

Il faut d’abord EXPLORER.

Il y a un besoin, j’ai une idée! Ce que nous faisons ne marche pas… Il faut améliorer certaines compétences en mathématiques. Quelles sont les attitudes des élèves à l’égard des sciences? Comment intervenir sur les comportements des élèves? Et sur l’assiduité à l’école?

Il faut penser à des objectifs qui s’adressent à tous les jeunes et à leurs familles (interventions de type universel) et à des objectifs qui visent des jeunes et leurs familles ayant des problématiques particulières (interventions spécifiques auprès de jeunes à risque et leurs familles).

Il faut ensuite AMORCER le projet :

Qui assume le leadership? Comment s’y prend-on? De quelles ressources dispose-t-on? Comment faire adhérer les autres au projet? Quels sont les objectifs?

Après, il faut PLANIFIER :

Quels partenaires peuvent optimiser le projet? (Attention, ce n’est pas le nombre de partenaires qui importe, mais bien le potentiel de contribution de ceux-ci au succès du projet.) Quelles seront les responsabilités de chacun? Quels rôles seront réservés à chacun? Quelle démarche doit-on adopter?

La capacité collective et le travail en équipe deviennent alors importants.

Ensuite, il faut IMPLANTER, passer à l’action.

Comment et à quelle fréquence doit-on communiquer avec les différents acteurs? Qui va faire les comptes rendus des rencontres, envoyer les invitations, les convocations, effectuer la promotion du projet, informer les parents et les collaborateurs des réalités de l’école et de l’avancement des travaux?

Finalement, il faut ÉVALUER, soit vérifier la qualité des activités mises en place (discussion, courte évaluation écrite), vérifier le nombre de présences à chaque activité et évidemment, vérifier l’atteinte des objectifs visés ou mesurer les impacts.

Conditions de réussite des projets ÉFC

Outre les savoir-faire préalablement exposés, les acteurs impliqués doivent manifester des savoir-être essentiels à chacune des actions déployées dans le cadre du projet ÉFC. Des auteurs parlent alors d’approches, d’attitudes et d’atmosphères.

Sous la rubrique approches figurent les croyances à savoir qu’il est important pour l’école, les familles et la communauté de travailler ensemble afin de favoriser la réussite et la persévérance scolaires et que chacun des groupes d’acteurs puisse y apporter une contribution.

Sous la rubrique attitudes se retrouve une volonté à partager les points de vue de chacun, à recevoir leurs idées et à faire des efforts pour les comprendre.

Quant à la rubrique atmosphères, elle renvoie aux stratégies de communication utilisées, à la présence de la bienveillance, du respect et de la confiance mutuelle entre les individus. La confiance est sans contredit la pierre angulaire à des relations harmonieuses entre l’école, la famille et la communauté. Celle-ci se gagne avec le temps et se construit au travers de rencontres formelles et informelles.

Défis à relever

En dépit du respect des étapes à suivre et des conditions à mettre en place pour favoriser le succès des projets ÉFC surviendront inévitablement des obstacles qu’il faudra surmonter. Par exemple, comment négocier avec les partenaires? Comment outrepasser les jeux de pouvoir et les enjeux reliés au territoire partagé entre les ordres professionnels? Entre les organismes communautaires? Entre les regroupements provenant de différentes régions? Comment assurer la pérennité des projets sans y laisser au passage son énergie et son autonomie de penser et d’agir? Somme toute, s’accorder du temps pour s’apprivoiser, créer des liens avec les uns et les autres, développer des appuis et appliquer la théorie des petits pas, voilà autant de stratégies susceptibles de paver la route vers des relations positives et pérennes entre l’école, la famille et la communauté.



Références

Ces quelques références consultées s’ajoutent à celles qui sont déjà mentionnées dans le document portant sur les conditions essentielles [PDF].

Deslandes, R. (2010). Le difficile équilibre entre la collaboration et l’adaptation dans les relations école-famille, dans G. Pronovost, Familles et réussite éducative. Actes de colloque du 10e Symposium québécois de Recherche sur la famille (p. 197-215), Québec : PUQ.

Deslandes, R. (2010). L’importance des relations avec les parents et des liens avec la communauté. Vrai plus que jamais! Revue préscolaire (AÉPQ) 48 (3), 9-11.

Deslandes, R. (2009, 27 avril). Démarche de collaboration école-famille-communauté : alliance de la rigueur et de la simplicité. Atelier présenté lors des Rencontres nationales des gestionnaires de l’éducation, Québec.

Le Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE) diffuse de l’information susceptible de répondre aux besoins des acteurs de la réussite éducative. Cette information est repérée grâce aux activités de veille du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ)