Le décrochage scolaire (2009) [version résumée]

par Marie-Ève Lacroix et Pierre Potvin, Université du Québec à Trois-Rivières

Au Québec, en 2003, 18,5 % des jeunes de 19 ans avaient quitté l’école sans obtenir de diplôme d’études secondaires. C’est ce qu’on appelle le décrochage scolaire ; après cinq ans, on parle d’abandon scolaire. Plus susceptibles de vivre des problèmes de santé physique et psychologique et des difficultés d’adaptation sociale, ces jeunes sont également défavorisés du point de vue économique : difficulté à trouver un emploi, conditions de travail pénibles, faible rémunération… Étant donné les nombreuses conséquences indésirables du décrochage, à la fois pour l’individu et pour la société, il est primordial de mieux comprendre cette réalité, et en particulier les facteurs de risque du décrochage qu’on peut regrouper selon qu’ils sont liés à l’élève lui-même, à sa famille ou à son environnement scolaire.

Sur le plan individuel

Les garçons décrochent plus que les filles. Mais les difficultés scolaires et le redoublement sont également des variables importantes qui semblent reliées à une faible motivation. Les élèves qui présentent des troubles extériorisés du comportement (du non-respect des règles à la délinquance) sont plus susceptibles d’être rejetés du groupe de pairs dits « normaux » et peuvent s’associer entre eux. Il faut également préciser que les élèves qui présentent des problèmes ou des troubles intériorisés du comportement (tristesse, dépression, anxiété) sont de plus en plus considérés à risque de décrocher et ce, même s’ils ne perturbent pas le climat scolaire. Les intervenants scolaires doivent donc demeurer attentifs et sensibles aux deux profils d’élèves.

Sur le plan familial

La situation socioéconomique précaire de la famille et ses conséquences, notamment sur les comportements et la santé, sont fortement liées au décrochage. Comme les parents de milieux défavorisés ont souvent une faible scolarité, ils sont parfois moins aptes à accompagner leur enfant dans son cheminement scolaire et sont souvent moins exigeants sous ce rapport. Le climat familial est également associé au décrochage : les élèves à risque perçoivent un plus faible soutien des membres de leur famille et rapportent des difficultés de communication avec leurs parents. Ces élèves rapportent également des pratiques parentales permissives qui ne favorisent pas l’émergence du sens des responsabilités, de l’apprentissage du respect des règles et de l’habitude de l’effort.

Sur le plan scolaire

Les élèves à risque jugent le climat de classe problématique : ils trouvent que leurs pairs et leur enseignant s’impliquent peu, que l’organisation et le respect des règles laissent à désirer, qu’il y a peu d’innovations pédagogiques. De plus, pour eux, la relation enseignant-élève laisse à désirer. Cependant, la présence d’un enseignant disponible et compréhensif est un facteur permettant d’améliorer l’adaptation de ces élèves. Enfin, la qualité du climat socioéducatif de l’école, tributaire des interactions entre le personnel de l’école et les élèves, influence positivement ou négativement l’adaptation des élèves.

Les données issues de recherches récentes mettent en évidence quatre profils d’élèves à risque de décrochage. Les élèves peu motivés réussissent assez bien et ne présentent pas de problèmes de comportement, mais sont plus déprimés que leurs pairs, peu motivés et se sentent peu soutenus par leurs parents. Les élèves présentant un trouble de comportement ont un rendement académique très faible, sont souvent associés à des activités délinquantes et leur vie familiale est peu harmonieuse. Les élèves affichant des comportements antisociaux cachés ont une performance légèrement sous la moyenne, mais se livrent à des actes répréhensibles en catimini ou à l’extérieur de l’école. Leur niveau de dépression est à la limite du seuil clinique et leur vie familiale est désorganisée. Enfin, les élèves dépressifs ont des résultats dans la moyenne et se comportent bien, mais leur niveau de dépression est au-delà du seuil clinique et plusieurs d’entre eux ont des idées suicidaires. Ce sont ceux qui jugent le plus négativement leur dynamique familiale.

Les acteurs des milieux scolaires peuvent agir directement sur certains déterminants de la réussite et de l’échec scolaires de façon à orienter la trajectoire des jeunes vers l’adaptation. Du côté de l’élève, les difficultés d’apprentissage et de comportement doivent faire l’objet d’une intervention préventive soutenue. En effet, la réussite scolaire est un facteur de protection contre l’apparition de conduites agressives qui sont associées au décrochage. Du côté de l’enseignant, le climat de classe et la relation enseignant-élève sont associés au risque de décrochage. Lorsqu’il est harmonieux, le rapport enseignant-élève peut s’avérer un facteur de protection chez un élève à risque. Par ailleurs, les enseignants ne doivent pas hésiter à consulter des ouvrages qui traitent spécifiquement de techniques de gestion de classe et des comportements difficiles pour améliorer la qualité de leurs interventions. Du côté de l’école, il importe d’identifier au plus tôt les élèves à risque de décrochage et de leur offrir le soutien nécessaire. Enfin, l’identification des forces et des faiblesses du climat socioéducatif de l’école permet d’élaborer un plan de réussite mieux adapté à la réalité.

Conclusion

En conclusion, le décrochage scolaire est un phénomène social complexe et multidimensionnel. Les actions, qu’elles aient un caractère préventif ou curatif, doivent s’effectuer sur plusieurs plans pour être réellement efficaces. Il est nécessaire que toute l’équipe-école tienne compte des besoins particuliers des élèves à risque, collabore avec les parents de ces élèves et travaille de façon continue à améliorer le climat de la classe de l’école.

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Le Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE) diffuse de l’information susceptible de répondre aux besoins des acteurs de la réussite éducative. Cette information est repérée grâce aux activités de veille du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ)