La réussite en français chez les élèves québécois

par Julie Myre-Bisaillon Ph.D. et Émilie Fontaine, Université de Sherbrooke

Ce texte se veut un outil de compréhension face aux enjeux que représente l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Nous présenterons une description sommaire des recherches récentes et des pratiques innovantes sur le sujet avant de conclure sur des pistes supplémentaires qui vous permettront d’approfondir le thème de la réussite grâce à des publications, des sites web et documents vidéo. Ce texte est uniquement documenté à partir de travaux et recherches menés en français.

Mise en contexte

En janvier 2008, le Comité d’experts sur l’apprentissage de l’écriture, dirigé par M. Conrad Ouellon, a déposé son rapport sur la table de la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Mme Michelle Courchesne. Dans la foulée de la réforme, les résultats des élèves en français au primaire et au secondaire en inquiètent plusieurs. En 2000-2001, les commissions scolaires avançaient un pourcentage de 11 % d’élèves à risque étant, pour la plupart, en classe ordinaire et éprouvant des difficultés d’apprentissage (MELS, 2003). Afin de contrer ces échecs répétés, le MELS (2008) a fait paraître un document appelé Plan d’action pour l’amélioration du français à l’école, vingt-deux nouvelles mesures axées autour de cinq thèmes principaux :

      1. Valoriser la place du français à l’école ;
      2. Revoir le contenu des programmes de français ;
      3. Accroître le suivi des apprentissages réalisés par les élèves en français ;
      4. Accroître le niveau de préparation des enseignants et enseignantes ;
      5. Renforcer les mesures de soutien.

Recherches récentes

Il est important de rappeler que les recherches dans le domaine de la lecture et de l’écriture sont nombreuses : entrée dans l’écrit, acquisition du vocabulaire, stratégies d’apprentissage, difficultés d’apprentissage… Toutefois, peu portent sur la réussite en français des élèves du primaire et du secondaire. La réussite scolaire est abordée dans sa globalité, mais il reste que les chercheurs s’intéressant à celle du français sont rares.

Lorsque l’enfant fait son entrée dans l’écrit, quatre facteurs de protection et de risque sont liés à son apprentissage de la lecture soit 1) le développement de la conscience phonologique, 2) la connaissance des lettres de l’alphabet, 3) l’habileté à identifier les mots et 4) la fluidité de la lecture (MELS, 2005). Le développement de ces habiletés est au centre de nombreux travaux s’intéressant aux premiers acquis de l’élève, à l’entrée dans l’écrit. Il s’agit, pour l’élève, « … d’un acte complexe qui met en jeu à la fois des processus cognitifs et des représentations sociales. L’élève doit planifier sa démarche, mettre son texte en forme et le réviser » (Ouellon et al., 2008, p. 4). Ces compétences constituent les bases de l’apprentissage et les enseignants tentent de les enseigner aux jeunes élèves, au meilleur de leur connaissance et de leur expérience.

Une certaine confusion, alimentée par le monde de la recherche, laisse les enseignants songeurs quant aux méthodes à utiliser pour l’enseignement de la lecture (Goigoux, 2003). En France, la guerre des méthodes donne lieu à un débat stérile où l’on pointe encore du doigt la « méthode globale » comme source de tous les maux (Crinon, 2004). Malgré l’utilisation de nombreuses pratiques pédagogiques par les enseignants, il reste des élèves qui éprouveront toujours des difficultés et ce, tout au long de leur cursus scolaire (Giasson, 2004). Cette situation n’est pas unique au Québec, plusieurs pays présentent un taux élevé d’élèves en difficulté de lecture malgré tous les efforts mis de l’avant par les acteurs impliqués (Broi, Moreau, Soussi et Wirthner, 2003). Une situation semblable prévaut en France où l’échec en lecture ne recule pas (Crinon, 2004) …

Récemment, Myre-Bisaillon, Marchand et Mary (2008) ont réalisé une recension des écrits portant sur les stratégies d’enseignement démontrées efficaces par la recherche quant à la réussite des élèves à besoins particuliers. Différents volets de la lecture ont été recensés dont la conscience phonologique, l’identification des mots écrits, le vocabulaire, la fluidité et la compréhension de textes. En écriture, les processus (planification, rédaction et révision) et l’orthographe lexicale ont été retenus. Les résultats obtenus démontrent qu’il est rare qu’une composante de la lecture soit travaillée seule et que la combinaison de plusieurs habiletés semble favoriser la réussite d’interventions mises en place.

[Consulter une bibliographie de recherches récentes menées sur l’enseignement-apprentissage du français (annexe A).]

Pratiques innovantes

Les pratiques et les méthodes d’enseignement de la lecture ont maintes fois fait l’objet de recherches afin d’identifier les plus bénéfiques pour l’apprentissage de l’élève. Schillings, Poncelet et Lafontaine (2005) ont dégagé deux conditions d’efficacité quant à l’implantation de pratiques innovantes dans l’enseignement de la lecture. Les enseignants devraient être en mesure de disposer d’outils d’évaluation pour effectuer un bilan des capacités de lecture des élèves ainsi que de matériel de lecture adapté aux spécificités des adolescents en difficultés de lecture.

L’intérêt de la recherche pour la réussite des garçons est présent depuis plusieurs années. Différents dispositifs ont été mis en place auprès de cette clientèle afin d’améliorer leur réussite en français. Le MELS (2009) a identifié différentes pratiques favorables pour la lecture et l’écriture : coin-lecture, lecture personnelle, à voix haute, discussion, réactions écrites, cercle de lecture, lecture orale et révision (par l’enseignant, guidée collective, personnelle et en trio).

À l’heure actuelle, plusieurs pratiques sont tentées en milieu francophone afin de favoriser la mise en place de nouvelles méthodes et ainsi encourager la réussite en français des élèves du primaire et du secondaire. Le tableau 1 fait état des pratiques et des recherches récentes en lecture et en écriture.

États des pratiques et des recherches récentes en lecture et en écriture

[Consulter une liste détaillée d’ouvrages et d’articles sur des pratiques innovantes en classe de français (annexe B).]

Pistes

La présentation des recherches récentes et des pratiques innovantes liées à l’amélioration de la lecture et de l’écriture chez les élèves québécois permet de mieux cerner l’ampleur de la réussite en français. Ce dossier, souhaitons-le, servira d’outil de consultation aux intervenants afin de les outiller quant à l’ampleur et à la complexité que pose l’apprentissage du français. Le tableau 2 propose d’autres références liées à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, il s’agit de ressources pouvant venir appuyer des pratiques déjà utilisées en classe.

Références complémentaires

Conclusion

Dans un portrait dressé sur les recherches en difficultés de lecture, Giasson (2004) notait la nouvelle tendance à se tourner vers la recherche scientifique pour appuyer les interventions et les pratiques pédagogiques. Toutefois, malgré le fait que la recherche ait pu identifier des pratiques efficaces, une mobilisation des connaissances doit se faire afin de réussir à les implanter de manière concrète en classe (Brodeur, Dion, Mercier, Laplante et Bournot-Trites, 2008). Le milieu universitaire se doit de travailler en étroite collaboration avec les écoles primaires et secondaires afin de fournir aux enseignants des bases solides pour l’enseignement de la lecture et de l’écriture. Dans un rapport de recherche publié sur l’approche intégrée, Morin et al. (2006) abordent ces préoccupations et dressent trois recommandations pour assurer l’implantation de pratiques innovantes dans le milieu scolaire : 1) la formation continue pour les enseignants, 2) la diffusion des résultats de recherches récentes de ces pratiques et 3) des mesures pour favoriser la recherche collaborative entre l’école primaire et les milieux de la recherche.

Ces recommandations sont en lien avec les axes 4 et 5 du Plan d’action de la réussite en français du MELS (2008) soit d’accroître le niveau de préparation des enseignants et enseignantes et de renforcer les mesures de soutien. Des mesures qui, espérons-le, permettront une meilleure diffusion de la réussite en français chez les élèves québécois puisque l’acte d’écrire est un processus qui va bien au-delà de la question de l’orthographe, bien au-delà de savoir écrire sans faire de fautes. Finalement, il est important de ne pas perdre de vue que « si l’amélioration du français est souhaitable pour l’ensemble des élèves, elle est capitale pour ceux qui éprouvent des difficultés à apprendre à lire » (Brodeur et al., 2008, p. 10).

Bibliographie


Brodeur, M., Dion, E., Mercier, J., Laplante, L. et Bournot-Trites, M. (2008). Amélioration du français : mobiliser les connaissances pour prévenir les difficultés d’apprentissage en lecture. Éducation Canada, Numéro thématique sur l’efficacité de l’enseignement, 48(4), pp. 10-13.

Broi, A-M., Moreau, J., Soussi, A. et Wirthner, M. (2003). Les compétences en littératie. Rapport thématique de l’enquête PISA 2000. Neuchâtel : Office fédéral de la statistique (OFS) et Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP).

Crinon J. dir. (2004). Apprendre à lire, quoi de neuf ? Cahiers pédagogiques, 422.

Giasson, J. (2004). État de la recherche sur l’intervention auprès des lecteurs en difficulté. In L’apprentissage de la lecture, Revue des HEP de Suisse romande et du Tessin, no 1, pp. 27-35.

Goigoux, R. (2003). Comment organiser et planifier l’enseignement de la lecture aux différentes étapes de la scolarité primaire ? Comment doser les différentes composantes de cet ensemble ? Quelle est la pertinence des diverses méthodes ? Document disponible à l’adresse suivante : http://www.bienlire.education.fr/01-actualite/document/goigoux.pdf

Morin, M.-F. et Montésinos-Gelet, I. (2006). Une approche intégrée de l’orthographe pour soutenir l’apprentissage et surmonter les difficultés du français écrit à l’école primaire. Rapport publié dans le cadre de Persévérance et réussite scolaire (FQRSC-MEQ). 100 p.

Ouellon. R. (dir.) (2008). Mieux soutenir le développement de la compétence à écrire – Rapport du Comité d’experts sur l’apprentissage de l’écriture.

Ministère de l’Éducation. (2003). Les difficultés d’apprentissage à l’école – Cadre de référence pour guider l’intervention. Québec, Le Ministère, 54 p.

Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. (2005). Action concertée pour le soutien à la recherche en lecture. Apprendre à lire. Québec, Le Ministère, 12 p.
Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. (2009). La lecture et l’écriture chez les garçons… de A à Z. Comment aider les garçons en lecture et en écriture? Compte-rendu d’une recherche-action collaborative effectuée sur une période de cinq ans auprès de garçons de milieux défavorisés. Québec : Gouvernement du Québec.

Myre-Bisaillon, J., Marchand, P. et Mary, C. (2009). Recension des écrits à l’égard des stratégies pédagogiques démontrées efficaces par la recherche pour la réussite des élèves ayant des besoins particuliers. MELS DASS Ministère du Loisir et du Sport – Direction de l’adaptation scolaire et sociale

Schillings, P., Poncelet, D. et Lafontaine, A. (2005). Les conditions d’efficacité des pratiques innovantes en matière d’enseignement de la lecture : résultats d’une recherche menée en 1re accueil. Recherche n° 102/03.. Université de Liège. Service de Pédagogie expérimentale.

Le Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE) diffuse de l’information susceptible de répondre aux besoins des acteurs de la réussite éducative. Cette information est repérée grâce aux activités de veille du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ)