Bien-être psychologique des adolescents en période de pandémie

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L’adolescence est une période de construction identitaire et de quête de sens. C’est pourquoi les adolescents constituent une population susceptible d’être fortement affectée par les mesures de distanciation sociale et de confinement qui les privent d’opportunités de développement positif à l’extérieur de leur famille. De plus, lorsqu’ils vivent des moments plus difficiles ou stressants, les adolescents cherchent habituellement du soutien auprès de leurs amis afin de diminuer leur stress. Avec déjà deux confinements à notre actif au Québec, les moments de socialisation sont limités, ce qui précipite, chez certains jeunes, le développement de symptômes anxieux et dépressifs. La chercheuse Kristel Tardif-Grenier démystifie le bien-être psychologique des adolescents en période de pandémie.

Texte rédigé à partir du contenu de la conférence de Kristel Tardif-Grenier (professeure à l’Université du Québec en Outaouais) et d’Elizabeth Olivier (postdoctorante à l’Université Concordia), en collaboration avec Isabelle Archambault et Véronique Dupéré (professeures à l’Université de Montréal).

Source de l’image : Contreras, P. (s.d.). [Image en ligne]. Unsplash.

Le colloque Bilan d’une rentrée scolaire en contexte de pandémie, organisé par la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais, en collaboration avec le Comité québécois pour les jeunes en difficulté de comportement (CQJDQ), sous l’égide de la Commission canadienne de l’Unesco, s’est tenu le 24 novembre 2020.

Mise en contexte

Les données présentées dans ce texte ont été recueillies lors du premier confinement. Il s’agit d’un projet longitudinal dans lequel les chercheuses s’intéressent au bien-être psychologique et à l’adaptation scolaire des adolescents. Le travail est effectué à partir de données mixtes tirées d’un sous-échantillon de 1251 adolescents de 12 à 17 ans (70 % de filles — proportion prise en compte dans les résultats — 82 % fréquentant une école publique et une représentation de toutes les régions du Québec). Ces jeunes ont répondu à un questionnaire en ligne (entre le 8 et le 30 avril 2020) diffusé sur Facebook et par divers intervenants et partenaires en milieu scolaire.

Présentation des résultats préliminaires — Portrait des adolescents en confinement

Il y a une très grande hétérogénéité dans les profils, mais deux grands profils sont identifiables : environ 30 % des jeunes présentent une détresse très élevée, ce qui représente une proportion plus élevée que lors d’une année scolaire régulière, et environ 30 % présentent très peu de symptômes de détresse.

Il existe de nombreuses définitions de la détresse psychologique, mais les chercheuses se sont concentrées sur des indicateurs principaux, soit les symptômes anxieux et les symptômes dépressifs.

Ce qui ressort du groupe présentant une détresse élevée est un niveau élevé de symptômes anxieux, accompagnés d’un niveau particulièrement inquiétant de symptômes dépressifs. La dépression peut généralement résulter d’un stress chronique qui s’échelonne dans le temps. Il est donc préoccupant de constater la présence de tels symptômes dès le début de la pandémie. En effet, l’étude permet de constater que, même au début du confinement, les jeunes présentaient déjà des symptômes dépressifs, dont les plus marqués sont le sentiment de solitude, la dévalorisation personnelle et le manque de confiance en l’avenir. Ces trois symptômes soulèvent des leviers d’intervention qu’il est possible d’utiliser avec ces adolescents : les accompagner pour qu’ils puissent socialiser; fournir des activités qui leur permettent de se valoriser et de se sentir utiles; ouvrir la discussion avec eux au sujet de l’avenir, accueillir leurs préoccupations et les soutenir dans la recherche de solutions.

Le groupe présentant une détresse faible montrait un niveau moindre de symptômes anxieux et de symptômes dépressifs et se disait être moins stressé et moins triste qu’à l’habitude. Les jeunes de ce groupe témoignaient, dans leurs propos, de rapprochements familiaux (ex. : temps de qualité en famille) et de temps pour prendre soin de soi et pour faire des activités plaisantes.

Facteurs associés aux symptômes anxieux et dépressifs

Plusieurs facteurs ont été considérés dans les analyses : des variables démographiques (sexe, âge, composition familiale, présence de fratrie); des variables touchant les habitudes liées à l’hygiène de vie (temps de sommeil, temps d’écran, temps de sport, temps de travaux scolaires, possibilité de suivre ou non un horaire ou d’avoir adopté un nouveau passe-temps); des variables faisant référence au soutien disponible pendant le confinement (fait d’avoir des parents travaillant à l’extérieur de la maison, soutien des parents pour les travaux scolaires, contact avec les enseignants). Mettre tous ces facteurs ensemble a permis aux chercheuses de voir l’importance relative de chacun d’entre eux, c’est-à-dire de vérifier si certains éléments avaient plus de poids que d’autres. Voici les conclusions qu’elles en ont tirées[1] :

  • Les filles rapportent des niveaux de symptômes anxieux (somatiques, généralisés et traumatiques) et dépressifs (somatiques et affectifs) significativement plus élevés que les garçons;
  • Les filles utilisent davantage leur téléphone cellulaire, alors que les garçons utilisent davantage leur ordinateur;
  • Il n’y a pas de différence, chez les filles et les garçons, entre le nombre d’heures consacré au sommeil, aux travaux scolaires et à la pratique d’un sport.

Certains facteurs n’étaient pas associés à des symptômes tels que l’âge, la présence de fratrie, le temps d’ordinateur, le fait de suivre ou non un horaire en confinement, le soutien des parents dans les travaux scolaires ainsi que les contacts avec les enseignants. D’autres facteurs affectaient significativement le taux de symptômes, comme le fait d’être dans une famille biparentale (anxiété de type traumatique). Plusieurs facteurs faisaient en sorte que les jeunes présentaient moins de symptômes dépressifs, affectifs, traumatiques et somatiques : les parents qui travaillent à l’extérieur, l’utilisation d’un téléphone cellulaire (possiblement pour maintenir le contact avec les amis), la possibilité de faire de l’activité physique ainsi que de découvrir un nouveau passe-temps ou le temps consacré aux travaux scolaires.

Stratégies adaptatives (coping) des adolescents

Il existe trois types de stratégies adaptatives : 1. L’engagement primaire, qui inclut la résolution de problème et le soutien social; 2. L’engagement secondaire, qui est constitué de la restructuration cognitive; 3. Le désengagement, composé de l’évitement cognitif et de l’évitement comportemental.

  • Les jeunes qui ont peu de symptômes utilisent davantage la restructuration cognitive et moins de stratégies de désengagement;
  • Les jeunes qui ont des symptômes intériorisés dépressifs et anxieux ont tendance à faire une utilisation moins stratégique de ces deux types de stratégies de « coping» (ils font plus d’évitement, moins de restructuration cognitive et cela est particulièrement marqué pour les jeunes qui ont une tendance dépressive);
  • Les jeunes qui ont peu de symptômes ou qui ont une tendance anxieuse optent davantage pour la résolution de problème et le soutien social;

Les niveaux de symptômes intériorisés ne diffèrent pas entre les élèves durant une année scolaire régulière et ceux interrogés durant le confinement. Or, durant le confinement, les jeunes sont plus nombreux à rapporter des symptômes intériorisés même si leurs niveaux ne sont pas plus élevés. On peut donc en conclure que certains adolescents (environ 25 %) sont affectés par le confinement et d’autres non. Seul l’emploi de stratégies d’engagement primaire (actives) semble varier en fonction du confinement.

La parole aux ados

Certains besoins, nommés par les jeunes, peuvent être pris en considération par le milieu scolaire :

  • Besoins émotionnels (ex. : être rassuré);
  • Changer d’environnement (ex. : ne plus être à la maison);
  • Reprendre contact et socialiser;
  • Reprendre la routine scolaire (ex. : revoir les enseignants, être à l’école, reprendre le retard causé par la fermeture des écoles);
  • Reprendre ses activités (ex. : artistiques, sportives);

Les adolescents recherchent du soutien de la part des adultes de l’école sur le plan scolaire par rapport à la matière (révision, récupération, réponse à leurs questions, rattrapage de la matière) et à la vie dans l’établissement d’enseignement (retour à la normale, variété dans les sujets de discussion, indulgence et diminution de la pression scolaire) ainsi que sur le plan personnel (disponibilité pour parler, encouragements, félicitations, messages rassurants).

Ce que les jeunes ont à dire sur le confinement

Des positions négatives

« Comme je n’ai aucune autodiscipline et pas de routine, je trouve que c’est déprimant et je manque de contacts humains. C’est comme une période d’introspection forcée et je n’aime pas devoir passer du temps dans ma tête en isolement. »

« Je ne peux pas voir mes meilleures amies et c’est ce qui me réconfortait entre les disputes avec ma mère et les difficultés chez mon père. »

« Mon sommeil est décalé. Le contact physique avec les gens me manque. Je vais bien une journée sur deux. Je pleure une journée sur deux. Je me sens impuissante face à la souffrance de mes amis […]. Je pense que je vis avec pas mal de frustration enfouie et un tas d’autres émotions que je ne comprends même pas. »

« On est à l’âge où on a envie d’en faire qu’à notre tête, on a envie de créer des souvenirs, car l’adolescence est une très belle partie de nos vies, et le confinement, c’est comme si la porte qui nous permet de nous découvrir en tant que personnes et de profiter de la vie vient de se fermer. »

Des positions positives

« J’apprécie énormément ce moment de pause. L’école constitue une grande source de stress selon moi et je crois que, sans ce moment d’arrêt forcé, ma santé mentale serait en moins bon état. Lorsqu’il y a de l’école, je n’ai pas le temps nécessaire afin d’aller dehors, de m’amuser de de pratiquer un passe-temps. »

« Ma mère continue de travailler, mais à la maison maintenant. On s’est un peu plus rapprochées puisqu’on dîne ensemble sur l’heure du lunch. »

« J’ai appris beaucoup de choses et je prends plus soin de moi-même. Par exemple, j’ai commencé à faire de l’exercice régulièrement. Une habitude que je n’arrêterai pas même après le confinement. »

« La période de confinement, c’est exactement ce qu’il me fallait. J’ai beaucoup travaillé sur moi-même et je prends plus de temps pour moi. »

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Référence

Tardif-Grenier, K., Archambault, I., Dupéré, V., Marks, A. K., & Olivier, E. (2021, accepted). Canadian Adolescent’s Internalized Symptoms in Pandemic Times: Association with Sociodemographic Characteristics, Confinement Habits, and Support. Psychiatric Quarterly.

[1] Les chercheuses ont comparé les garçons et les filles parce que de nombreuses études à l’étranger ont démontré que les femmes étaient beaucoup plus lourdement impactées par le confinement. Elles ont voulu voir s’il y avait des différences à l’adolescence. Il est cependant à noter que, même avant le début de la pandémie et des mesures de confinement, les adolescentes et les femmes tendaient à rapporter des niveaux plus élevés de symptômes anxieux et dépressifs que les adolescents et les hommes.

Source de l’image : Contreras, P. (s.d.). [Image en ligne]. Unsplash.

Dernière modification : 23 février 2021.

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