Les styles d’apprentissage : un concept qui perdure

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Depuis le début des années 2000, plusieurs recherches s’intéressent aux styles d’apprentissage et à l’efficacité des techniques d’enseignement qui s’alignent sur les styles d’apprentissage des élèves. Or, des données révèlent que l’efficacité de cette méthode n’a pu être démontrée. Malgré cela, une étude anglaise récente suggère que cette pratique est encore largement répandue partout dans le monde et que les enseignants interrogés restent en grande majorité convaincus de son efficacité.

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Les styles d’apprentissage

Bien qu’il existe plusieurs théories concernant les différentes classifications des styles d’apprentissage, la plus répandue est la VARK (V – visuel; A – auditif; R – lecture-écriture; K – kinesthésique). Les chercheurs Philip Newton et Aharva Salvi de l’Université Swansea, au Royaume-Uni, s’y sont intéressés dans une revue systématique de littérature réunissant plus de 30 recherches effectuées partout dans le monde.

Depuis plusieurs années, la recherche s’affaire à documenter les retombées de l’utilisation de l’hypothèse de l’efficacité de l’adaptation de l’enseignement aux styles d’apprentissage. Cependant, l’identification de son propre style d’apprentissage par un questionnaire n’apparaît pas avoir une influence sur la manière dont les élèves révisent et ne semble pas liée à une préférence concernant les méthodes d’enseignement. Newton et Salvi s’interrogent ainsi sur la croyance, chez les enseignants, de l’efficacité qu’auraient l’alignement pédagogique entre enseignement et styles d’apprentissage sur la réussite scolaire des élèves.

Les risques associés

Les chercheurs se montrent inquiets concernant les conséquences liées à l’usage des styles d’apprentissage dans l’enseignement et sa planification. Par exemple, si des apprenants sont catégorisés dans un style d’apprentissage, ils peuvent, par la suite, se montrer réticents à s’éloigner de ce qui s’y rattache. Ainsi, un élève classé comme « auditif » pourrait délaisser des méthodes d’études ou des matières qui « se traduisent » moins bien dans ce style d’apprentissage.

Un autre danger guette les enseignants, qui, soucieux de donner la possibilité à tous d’apprendre, peuvent dépenser inutilement leur énergie à élaborer quatre versions (ou même plus) d’une même leçon.

De plus, il est possible que les efforts des enseignants à faire correspondre leurs pratiques d’enseignement aux styles d’apprentissage détectés dans leur classe aient des impacts négatifs sur la motivation des élèves. Cela peut en effet générer des attentes irréalistes chez des apprenants qui ne parviennent pas à obtenir les notes voulues, malgré tous les efforts investis et un enseignement perçu comme adapté.

La perception des enseignants

Malgré les limites inhérentes à ce type de recherches, la revue systématique de littérature indique que les enseignants interrogés entre 2009 et 2020 croient à 89,1 % que les individus apprennent mieux lorsque les informations leur sont transmises par des méthodes qui correspondent à leur style d’apprentissage.

En s’attardant aux dates de parution des recherches à l’étude, il apparaît que cette croyance persiste dans le temps. Les chercheurs expliquent ce résultat en émettant l’hypothèse que ce mythe serait acquis avant la formation initiale des enseignants, ou même pendant celle-ci. Cela aurait pour effet de perpétuer le mythe en question.

Quatre études parmi celles qui ont été recensées par les chercheurs portaient sur les effets de la formation offerte aux enseignants sur leur croyance en l’efficacité d’un enseignement donné en fonction des styles d’apprentissage. Ces études ont montré que le pourcentage des enseignants qui croyaient en l’efficacité d’un tel enseignement étaient passé de 78 % à 37 % à la suite d’une formation sur ce thème, ce qui s’avère encore très élevé.

Conclusion

Alors, comment faire en sorte que la théorie de l’efficacité d’un enseignement adapté aux styles d’apprentissage des apprenants soit remise en question par les acteurs du milieu de l’éducation? Newton et Salvi suggèrent que toute tentative qui met l’accent sur le déboulonnage du « mythe » ou de la « légende urbaine » serait peu efficace. Les enseignants à l’écoute de leurs apprenants et motivés à les faire réussir seraient en effet moins réceptifs à ce type d’arguments, car cela équivaut à admettre qu’ils ont été un rouage du système qui a favorisé la propagation dudit mythe pendant des années. Les chercheurs suggèrent plutôt de promouvoir des pratiques enseignantes qui ont démontré leur efficacité et qui sont bien documentées.

Référence

Newton, P. et Salvi, A. (2020), How Common Is Belief in the Learning Styles Neuromyth, and Does It Matter? A Pragmatic Systematic Review, Frontiers in Education, 5, Article 602451. doi: 10.3389/feduc.2020.602451.

Pour aller plus loin…

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Dernière modification : 18 février 2021.

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