L’impact du climat interculturel sur la réussite des élèves issus de l’immigration

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Le climat scolaire est un facteur d’influence important sur la réussite des élèves. Dans leur recherche, Isabelle Archambault, professeure à l’Université de Montréal, et ses collaboratrices affiliées à différentes universités, visent plus précisément à évaluer l’état du climat interculturel au Québec dans des écoles secondaires. Les chercheuses explorent comment la perception de ce climat par les élèves et différents acteurs scolaires (directions, membres du personnel, organismes communautaires, parents) influence leur engagement et leur rendement scolaires. Elles examinent aussi certaines variables, dont le statut générationnel. Le présent article détaille les principaux résultats de cette recherche et les pistes d’action proposées à l’intention des établissements scolaires.

La recherche a été rendue possible grâce au soutien financier du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) et du Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC).

Source de l’image : ShutterStock

L’évaluation du climat interculturel

L’objectif de la recherche était d’évaluer comment le climat scolaire influence l’expérience scolaire des élèves issus de l’immigration. Les chercheuses se sont concentrées sur un échantillon composé de huit établissements multiethniques répartis dans différentes régions du Québec et ont exploré les dimensions suivantes pour effectuer son analyse :

  1. L’engagement en faveur d’une culture d’équité et d’ouverture à la diversité dans les rapports avec les élèves, les familles et la communauté;
  2. Le statut et la légitimité des cultures et des langues d’origine dans l’école et dans les pratiques en classe;
  3. Les attitudes du personnel à l’égard de la diversité, des élèves et des familles;
  4. Les relations interculturelles impliquant les élèves et le personnel d’origines diverses;
  5. Le soutien à la construction identitaire des jeunes issus de l’immigration.

Les différences générationnelles

Il est intéressant de constater que les élèves perçoivent différemment à chacun de ces cinq aspects en fonction de leur statut générationnel. Cela fait ressortir le fait suivant : les pistes de solution pour améliorer le climat scolaire doivent être multiples. En ce qui concerne les données quantitatives rapportées par les élèves, les résultats indiquent que :

    1. Les élèves de 1regénération (nés à l’étranger de parents étrangers) se disent très engagés dans leurs études. Parmi les facteurs d’influence, avoir des amis d’une origine différente de la leur est associé positivement à leur rendement scolaire.
    2. Les élèves de 2egénération (nés au pays de parents nés à l’étranger) ont connu une amélioration notamment dans leur engagement quand ils perçoivent que l’école valorise des relations interculturelles harmonieuses.
    3. Les élèves de 3egénération (et plus) sont, pour la plupart, plus sensibles notamment au climat d’équité et de justice qui renforce leur engagement et leur rendement scolaires. Inversement, la perception de tensions ou de conflits de valeurs entre le milieu scolaire et familial nuit à l’engagement et au rendement de ces élèves.

Actuellement, les relations interculturelles en milieu scolaire, notamment les relations entre les élèves, semblent généralement positives, mais l’équilibre reste fragile. Certaines tensions existent et le personnel formule des craintes face à l’accroissement du nombre d’élèves issus de l’immigration, mais également devant la présence croissante de membres du personnel formés à l’étranger dans certains milieux. Par exemple, ils expriment des inquiétudes face aux débats sur les valeurs et sur les religions que la diversité ethnoculturelle soulève.

Malgré un accord de principe sur la promotion de la diversité culturelle et des pratiques d’équité envers tous, les résultats de la recherche réalisée par Archambault et son équipe témoignent que la volonté du personnel peine à s’ancrer concrètement dans leurs pratiques. Ceci, sans compter qu’il peut, soit ne pas s’appuyer sur le matériel scolaire existant, qui ne reflète pas la diversité culturelle actuelle ou, lorsque ce matériel existe, l’utilise peu.

De plus, le milieu scolaire reconnaît que certaines stratégies peuvent soutenir la construction identitaire des jeunes issus de l’immigration. Par exemple, le personnel immigrant joue un rôle clé comme modèle, auquel les jeunes peuvent s’identifier. Toutefois, les acteurs ne s’entendent pas sur la responsabilité de l’école dans la construction identitaire de ces élèves ni sur la manière dont cette responsabilité peut être partagée par tous.

La nécessité d’agir

L’étude montre que le milieu scolaire reconnaît la pertinence de favoriser un climat interculturel harmonieux, mais que les moyens effectifs pour agir positivement semblent plutôt limités et semblent relever de volontés individuelles. La mise en place de stratégies concrètes et généralisées s’impose donc. Une des recommandations proposées par Archambault et son équipe aux acteurs du milieu scolaire est de se donner, d’abord, un espace de concertation. Ensuite, le développement d’une vision commune des défis rencontrés devrait impliquer la participation d’élèves et de familles issus de l’immigration ainsi que d’organismes œuvrant auprès de ces personnes. Finalement, les stratégies retenues devraient tenir compte des besoins différents des élèves selon leur statut générationnel.

Pour conclure, soulignons que cette recherche met en lumière la nécessité, voire l’urgence, d’adopter des pratiques plus inclusives pour soutenir la réussite des élèves issus de l’immigration et améliorer leur expérience socioscolaire. Une autre des recommandations formulées dans le rapport de recherche vise à développer un plan de formation avec et pour les différents acteurs scolaires appuyé sur une vision commune des enjeux. Cela pourrait en effet s’avérer un excellent point de départ pour relever ce défi complexe.

Référence

Archambault, I., Audet, G., Borri-Anadon, C., Hirsch, S., Mc Andrew, M., Tardif-Grenier, K., Amiraux, V. et Côté, B.. (2017). L’impact du climat interculturel des établissements sur la réussite éducative des élèves issus de l’immigration. www.frqsc.gouv.qc.ca/documents/11326/3897244/IsabelleArchambault_rapport_PRS_2016-2017_reussite-immigrants.pdf/c8597f55-a58c-4363-9e07-b56bfcb5dfa6

Pour aller plus loin…

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Dernière modification : 18 février 2021.

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