Quelle influence des pairs sur les stéréotypes de genre au primaire?

Temps approximatif de lecture : 3 minutes

L’école est un endroit où les enfants développent leurs compétences par des apprentissages variés. Ils y apprennent aussi à mieux se connaître, notamment en étant « exposés » à certaines normes sociales, ainsi qu’aux valeurs de leurs pairs. Des chercheurs de l’Université de Hambourg ont examiné l’impact de stéréotypes de genre, présents dans des classes de cinquième année du primaire, sur la perception que les élèves ont de leurs compétences en lecture, de leur efficacité comme lecteurs et de leur motivation à lire. Un stéréotype répandu veut par exemple que les garçons soient moins performants en lecture. Or, les analyses confirment que ce stéréotype négatif à l’égard des garçons nuit considérablement à leurs résultats scolaires, notamment en lecture. À l’inverse, les filles vivraient plutôt les effets positifs de stéréotypes qui leur sont favorables en ce qui concerne leurs compétences en lecture et leur réussite scolaire.

Source de l’image : ShutterStock

Renforcement des stéréotypes reliés au genre

Les chercheurs Francesca Muntoni, Jenny Wagner et Jan Retelsdorf, de l’Université de Hambourg en Allemagne, ont analysé l’effet des stéréotypes défavorables aux garçons, en matière de lecture, sur leur réussite scolaire. Une des prémisses de cette recherche concerne l’importance des autres élèves sur la perception de soi, en tant que groupe de socialisation composé de pairs (ou groupe de pairs). Selon la littérature scientifique existante, ces « autres », les pairs, seraient d’importants vecteurs de stéréotypes reliés au genre. En effet, la socialisation, ainsi que l’apprentissage des normes sociales qui y sont associées, passe notamment par les pairs. La socialisation implique entre autres que certains comportements sont soit valorisés, soit marginalisés, à l’échelle d’une classe ou d’une école, afin de correspondre aux normes et valeurs prédominantes dans le groupe. Par conséquent, les enfants ont tendance à se conformer aux stéréotypes valorisés, et cela semble d’autant plus vrai pour les stéréotypes véhiculés par les pairs d’un même genre.

Stéréotypes, quels effets sur les résultats scolaires?

Plusieurs facteurs entrent en considération, qui peuvent expliquer les écarts constatés entre les garçons et les filles en ce qui a trait aux compétences en lecture. Par exemple, les filles liraient plus fréquemment et auraient plus de motivation à lire. Quant aux garçons, ils tendraient à évaluer négativement leurs habiletés en lecture, et leurs difficultés comme lecteurs seraient plus fréquentes. Néanmoins, Muntoni, Wagner et Retelsdorf souhaitaient connaître le rôle joué par les stéréotypes concernant cet écart entre filles et garçons.

Avec cet objectif en tête, les chercheurs ont utilisé des questionnaires pour mesurer la perception que 1 508 élèves de cinquième année du primaire se faisaient de leurs propres compétences en lecture, ainsi que de leur sentiment d’efficacité comme lecteurs et de leur motivation à lire. Leurs analyses ont confirmé les résultats d’autres recherches portant sur les stéréotypes de genre. En effet, il semble que les garçons qui croient au stéréotype favorable aux filles voulant qu’elles soient plus douées en lecture sont beaucoup moins motivés à lire et peu convaincus de leurs capacités comme lecteurs. Inversement, les filles qui adhèrent à ce même stéréotype ont davantage confiance en elles et en leurs compétences comme lectrices.

En outre, les résultats obtenus montrent que les garçons qui adhèrent au stéréotype négatif les concernant performent moins bien que les filles dans les tests de lecture. Cela suggère que les stéréotypes de genre, en classe, peuvent avoir des conséquences tangibles sur la réussite scolaire des garçons. Ces stéréotypes, en tant que construction ou normes sociales des comportements, semblent ainsi entretenir l’écart entre les filles et les garçons en lecture.

Conclusion

L’étude de Muntoni, de Wagner et de Retelsdorf confirme donc que le contexte d’apprentissage a des effets sur le sentiment d’efficacité personnelle des élèves et sur leur motivation. Et si l’écart concernant les compétences en lecture entre les filles et les garçons n’est possiblement pas réductible à cette seule explication, il ressort de cette étude que les stéréotypes de genre semblent bel et bien influencer psychologiquement les élèves quant à la perception qu’ils ont de leurs « dispositions naturelles » pour l’apprentissage de la lecture.

Référence

MUNTONI, F., WAGNER, J. et RETELSDORF, J. (2020). Beware of Stereotypes: Are Classmates’ Stereotypes Associated With Students’ Reading Outcomes?, Child Development, 1-16. https://srcd.onlinelibrary.wiley.com/doi/pdf/10.1111/cdev.13359

Pour aller plus loin…

Source de l’image : ShutterStock

Dernière modification : 15 mars 2020.

Partager sur les réseaux sociaux :

Contribuez à l'appréciation collective
Cette information est-elle utile à votre pratique ?

1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Aucun vote actuellement)

Il n’y a aucun commentaire présentement.

Écrire un commentaire

Politique éditoriale des commentairesPolitique éditoriale des commentaires

Le RIRE invite les internautes à laisser leurs commentaires qui contribuent à la réflexion et ainsi enrichissent le réseau. Dans cette optique, le RIRE s'est doté d'une politique éditoriale des commentaires :

  1. a. Les commentaires doivent être écrits dans l’une des deux langues officielles (Canada), soit le français ou l’anglais.
  2. b. Les commentaires doivent se faire dans le respect des personnes et la diversité des opinions.
  3. c. Les commentaires haineux ou disgracieux seront supprimés.
  4. d. Les écarts langagiers et les propos malveillants ne sont pas tolérés.
  5. e. La publicité est interdite.
  6. f. La publication d’hyperliens vers d’autres sites est autorisée si ces sites respectent la politique éditoriale des commentaires.
  7. g. Les administrateurs du RIRE peuvent modifier en tout temps leur politique éditoriale des commentaires.

Le Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE) diffuse de l’information susceptible de répondre aux besoins des acteurs de la réussite éducative. Cette information est repérée grâce aux activités de veille du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ)