L’inclusion des jeunes Autochtones : un défi pour les cégeps

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La Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) créée en 2008 a ouvert un espace de discussion, et ses recommandations ont été conçues dans l’objectif de « faciliter la réconciliation entre les anciens élèves des pensionnats indiens, leurs familles, leurs communautés et tous les Canadiens » (gouvernement du Canada, 2019). Parmi ces recommandations, plusieurs concernent l’éducation des jeunes Autochtones et leur inclusion dans les structures scolaires, notamment postsecondaires, en valorisant « des cultures, des langues et l’histoire des peuples autochtones au Canada ». Cependant, Flavie Robert-Careau répertorie, dans une récente étude, les écueils existant, pour les Autochtones, dans les cégeps. Découvrez les pistes de solution proposées par Robert-Careau dans cet article.

L’article de Robert-Careau est disponible en ligne dans le site Web de la revue Pédagogie collégiale.

Source de l’image: ShutterStock

Flavie Robert-Careau, professionnelle de recherche à l’Université de Concordia, a exploré les rapports qu’entretiennent les étudiants autochtones avec le système postsecondaire au Québec. Pour ce faire, elle a mené une recherche de terrain ethnographique au Cégep régional de Lanaudière à Joliette (CRLJ) à l’automne 2017. Les étudiants autochtones interviewés étaient majoritairement d’origine atikamekw, de la communauté Manawan, ainsi que d’origine innue et inuite. Bien que chaque milieu ait ses propres particularismes, la chercheure suppose que la situation du CRLJ n’est pas unique et qu’il pourrait y avoir des réalités communes à plusieurs établissements postsecondaires du Québec.

Obstacles à la persévérance scolaire postsecondaire

Malgré la politique de réconciliation du gouvernement fédéral, les relations entre les Autochtones et les Allochtones sont encore marquées par divers évènements historiques vécus au cours des derniers siècles ainsi que par une forme d’assimilation, toujours présente dans les discours ambiants. Robert-Careau rapporte la persistance d’inégalités, notamment en ce qui a trait à l’accès à l’éducation.

Elle a identifié quatre obstacles à la persévérance scolaire postsecondaire des étudiants autochtones pendant son enquête de terrain :

  1. Invisibilité des Autochtones dans la société québécoise

Certains étudiants interrogés ont rapporté qu’ils ont de la difficulté à se reconnaître comme partie prenante dans l’école et tout particulièrement en raison de la teneur des contenus pédagogiques présentés : « À de rares occasions seulement, des aspects concernant les Premières Nations, les Inuits et les Métis sont abordés en classe, mais ceux-ci apparaissent plutôt réducteurs et, surtout, discutés de manière folklorisante ou dénigrante. » (Robert-Careau, 2019, p. 25)

  1. Méconnaissance des Allochtones au sujet des Autochtones

Selon Robert-Careau, l’enseignement de l’histoire a peu évolué à l’égard de cette question, et les spécialistes commencent tout juste à repenser une histoire plus inclusive et éloignée de l’ethnocentrisme actuel. Le manque de connaissances des Allochtones vis-à-vis des Autochtones affecte leurs relations et donne lieu à des situations de racisme et de discrimination.

  1. Dénigrement des savoirs autochtones

Les mémoires collectives portent encore à ce jour les stigmates de l’existence des pensionnats et de ce que la CVR a qualifié de génocide culturel. La chercheure a d’ailleurs retracé des empreintes de ce passé trouble chez les étudiants autochtones. « Selon les étudiants rencontrés, l’enseignement postsecondaire constitue un espace de conflit entre les idéologies de la société majoritaire occidentale et celles des sociétés autochtones. » (Robert-Careau, 2019, p. 26)

  1. Modes d’apprentissage autochtones différents

Robert-Careau rapporte que nombre d’étudiants autochtones vivent un choc culturel lors de leur arrivée au cégep en raison, tout d’abord, de l’usage du français. De plus, le fonctionnement du système scolaire des cégeps leur est parfois inconnu. Habitués à une valorisation de l’oral, de l’expérience empirique et de l’observation, les étudiants autochtones se heurtent à un système qui leur semble rigide et où on valorise l’écrit, la hiérarchie et la linéarité. À cela s’ajoutent aussi les difficultés liées à l’éloignement de leur communauté et du réseau de soutien qu’il comporte.

Comment favoriser l’inclusion?

Selon Robert-Careau, les étudiants autochtones sont trop souvent amalgamés à l’ensemble des étudiants non francophones issus de l’immigration, alors que les mesures d’inclusion concernant ceux-là et ceux-ci devraient être différentes. L’analyse et l’évaluation des besoins pédagogiques des étudiants autochtones devraient entre autres prendre en considération l’histoire coloniale et le processus de réconciliation en cours.

Plusieurs enseignants interrogés dans le cadre de cette étude ont affirmé ne pas se sentir suffisamment outillés (connaissances et outils pédagogiques) pour valoriser les réalités et les savoirs autochtones. Pour pallier ce problème, les acteurs de l’éducation, au Québec, devraient s’intéresser, selon Robert-Careau, à repenser les savoirs, savoir-faire et savoir-être à l’égard des étudiants autochtones et de leurs réalités.

Robert-Careau a mis en lumière l’existence de certains outils existants qui pourraient aider les enseignants à élaborer de nouveaux contenus :

Conclusion

Malgré les obstacles actuels à l’inclusion des étudiants autochtones dans les cégeps, la chercheure Robert-Careau encourage tous les acteurs œuvrant à la réussite scolaire au collégial à approfondir leurs connaissances sur les réalités autochtones en vue d’une amélioration de leurs savoir-faire et savoir-être.

Références

Gouvernement du Canada. (2019). Commission de vérité et réconciliation du Canada. https://www.rcaanc-cirnac.gc.ca/fra/1450124405592/1529106060525#chp1

Robert-Careau, F. (2019). Pour favoriser l’inclusion des jeunes autochtones dans les collèges : une ethnographie de l’expérience collégiale des étudiants autochtones. Pédagogie collégiale, 33(1), 24-30. http://www.aqpc.qc.ca/sites/default/files/revue/robertcareau-vol.33-1.pdf

Pour aller plus loin…

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Dernière modification : 24 novembre 2020.

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