La solitude, une expérience bénéfique pour les étudiants en première année universitaire

La transition du secondaire vers le cégep ou du cégep vers l’université constitue un facteur de stress important pour plusieurs, car elle s’accompagne de nombreux défis (ex. : quitter le cocon familial; apprivoiser son indépendance; se construire un nouveau réseau social; assumer plusieurs responsabilités pour la première fois; composer avec les exigences universitaires). Au moment de cette transition, l’isolement social constitue la plupart du temps un piège dangereux : il peut avoir des répercussions graves sur la santé mentale des étudiants et peut même les conduire à la dépression. Par ailleurs, selon une récente étude menée par une équipe de chercheurs de l’Université de Rochester aux États-Unis, de l’Université Carleton au Canada et de l’Université de Gand en Belgique et publiée dans la revue Motivation and Emotion, le fait de passer du temps seul s’avérerait profitable, notamment pour les étudiants en première année universitaire. Il serait même important pour eux de valoriser ces moments de solitude en tant qu’expérience significative, plutôt que d’essayer d’y échapper, car la façon dont les étudiants gèrent (ou non) cette période d’adaptation à la vie universitaire a des conséquences à long terme sur leur rendement scolaire et leur capacité à poursuivre leurs études.

etudiant

Les objectifs et la méthode

L’étude menée par Thuy-vy Nguyen et ses collaborateurs avait deux objectifs :

  1. Examiner ce qui motive les étudiants à passer du temps seuls durant leur période d’adaptation à la vie universitaire;
  2. Vérifier les corrélations entre les relations parents-enfants et la motivation – intrinsèque (autonome et saine) ou non – des étudiants à passer du temps seuls.

 

Les résultats ont été obtenus auprès de deux échantillons composés d’étudiants en première année universitaire : l’un (134 étudiants), dans une université privée située aux États-Unis; l’autre (220 étudiants), dans une université publique située au Canada. L’enquête comprenait entre autres des questionnaires sur les perceptions des étudiants participants à l’égard de leurs parents, sur leur personnalité (ex. : timidité, introversion), sur leur motivation à passer du temps seuls, sur leur sentiment d’appartenance sociale et sur leur bien-être relationnel et personnel. Fait à noter : dans une seconde étude, les chercheurs ont tenté de reproduire les résultats avec un échantillon plus vaste et un temps d’évaluation plus long entre chaque questionnaire (un mois au lieu de deux semaines).

 

La solitude est-elle bénéfique ou toxique pour les étudiants?

La réponse à cette question réside, selon les chercheurs, dans la motivation positive. Des recherches antérieures ont montré que le fait de passer trop de temps à « socialiser » au cours de la première année d’université – et, par conséquent, d’avoir peu de temps pour soi – pouvait être associé à un sentiment de mésadaptation (CAPRES, 2019). Or, passer du temps seul de façon autonome et saine, librement choisie, peut aider les jeunes universitaires à devenir plus autonomes, voire à améliorer leur bien-être sur le plan psychologique et social. À ce propos, Nguyen dit ceci : « La solitude recherchée pour le plaisir et pour ses valeurs intrinsèques est corollaire d’une meilleure santé psychologique, en particulier pour les étudiants qui n’éprouvent aucun sentiment d’appartenance particulier vis-à-vis des groupes sociaux [traduction libre]. »

 

Les conclusions

Voici en quelques points les principales conclusions de l’étude :

  • Les étudiants en première année universitaire qui aiment passer du temps seuls semblent avoir une meilleure santé psychologique;
  • Le fait de passer du temps seul peut s’avérer utile pour se détacher des pressions de la société et revenir à ses propres valeurs et intérêts, ce qui permet une meilleure régulation du comportement;
  • Le lien entre motivation (autonome, saine) de passer du temps seul et santé psychologique est plus fort pour les étudiants qui n’éprouvent pas un sentiment d’appartenance à un groupe social en particulier;
  • Les étudiants qui souhaitent passer du temps seuls en raison d’expériences sociales négatives sont plus susceptibles de subir les effets négatifs de la solitude, tels que l’isolement ou le rejet social;
  • Les relations parents-enfants peuvent être considérées comme un facteur important qui influence, positivement ou négativement, la perception qu’ont les jeunes de la solitude. Par exemple, l’enfant dont les parents encouragent son indépendance est plus susceptible de tirer des avantages du temps qu’il passe à être seul.

 

Selon les chercheurs, le fait, pour un étudiant, d’être seul ou de passer du temps seul ne fait pas de lui un être isolé, stéréotype scolaire négatif qui défavorise l’étudiant, surtout s’il entre à l’université en pensant que tout le monde est déjà parfaitement intégré socialement à part lui. Or, la solitude n’est pas nécessairement synonyme d’isolement. Comme le souligne Nguyen : « La solitude est une expérience personnelle, propre à chacun. Et un temps de solitude librement choisie peut s’avérer un moment privilégié pour saisir le monde et l’explorer de différentes façons, et pour faire de ce moment une expérience significative et agréable pour soi [traduction libre]. »

 

 

Références:

 

Nguyen, T. T., Werner, K. M. et Soenens, B. (2019, août). Embracing me-time: Motivation for solitude during transition to college. Motivation and Emotion, 43(4), 571-591.  DOI: 10.1007/s11031-019-09759-9

 

Sauvé, M. R. (2019, 30 mai). L’isolement aux cycles supérieurs est un atout… et un piège. Repéré dans le site UdeMNouvelles à https://nouvelles.umontreal.ca/article/2019/05/30/l-isolement-aux-cycles-superieurs-est-un-atout-et-un-piege/?fbclid=IwAR35t_XRG2bdwEMhU_m7nshPmF5_SPMUZw83Ioo4w_u33sAt-_VR65elmBI

 

CAPRES. (2019, 10 avril). Transition : les bienfaits de la solitude – Résultats. Repéré dans le site Web du Consortium d’animation sur la persévérance et la réussite en enseignement supérieur (CAPRES) à www.capres.ca/parcours-detudes/transitions-interordres/transition-les-bienfaits-de-la-solitude-resultats/

 

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Dernière modification : 9 septembre 2019.

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