Pour quelles raisons les nouveaux enseignants décrochent-ils?

Le décrochage des nouveaux enseignants est un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur dans le système éducatif des pays développés, notamment celui du Québec. Nombreux sont en effet les enseignants débutants qui quittent prématurément la profession, c’est-à-dire qui ne passent pas le cap des cinq premières années d’exercice. Et ce phénomène du décrochage enseignant[1] touche encore plus les milieux défavorisés. Les raisons expliquant une telle situation ont longtemps été associées à un manque de motivation des enseignants qui, de façon générale, entreraient dans la profession non pas pour confirmer leur vocation d’enseignant, mais plutôt pour faire de cette occupation un tremplin. Or, les conséquences et les coûts de ce phénomène, ainsi que ses retombées sur la qualité de l’enseignement, sont considérables.

Flickr/cybrarian77

Par Patrice Cyrille Ahehehinnou

En 2015, le professeur Thierry Karsenti et des collaborateurs ont réalisé une étude qui portait sur trois points précis :

  1. L’analyse des facteurs qui expliqueraient le phénomène du décrochage chez les nouveaux enseignants;
  2. L’analyse de pistes de solution pour régler ce problème;
  3. L’analyse des conséquences du décrochage enseignant sur la réussite scolaire des élèves.

L’étude a mobilisé 1 252 acteurs de l’éducation, soit 260 futurs enseignants en quatrième année de formation, 603 enseignants exerçant leur profession depuis moins de cinq ans, 72 enseignants ayant quitté l’enseignement, 264 témoins d’un enseignant ayant quitté la profession et 53 directeurs d’école. Ces participants ont dû répondre à un questionnaire en ligne et à des questions lors d’entrevues individuelles et de groupe.

Les résultats de l’étude ont permis d’identifier non seulement six principaux facteurs explicatifs du décrochage des nouveaux enseignants, mais aussi plusieurs pistes de solution à ce décrochage.

[Est-il possible de prévenir le décrochage des jeunes enseignants?]

Les facteurs

Karsenti et son équipe ont identifié six facteurs explicatifs du phénomène de décrochage des enseignants débutants, dont le plus mentionné par les participants demeure la charge de travail trop importante. Les autres facteurs sont la gestion de classe, le climat à l’école, le manque de formation (initiale ou continue), le manque de ressources, et la gestion difficile des élèves en difficulté. Pour la majorité des enseignants décrocheurs interrogés, le climat à l’école constitue la deuxième raison, en ordre croissant d’importance, qui expliquerait pourquoi ils ont décroché, la charge de travail représentant la première raison.

Karsenti et son équipe ont aussi cherché à connaître les facteurs qui constituent des irritants pour les enseignants en poste afin de mieux comprendre comment ces irritants peuvent conduire au décrochage. Les facteurs rapportés par les futurs et nouveaux enseignants sont les suivants : insatisfaction liée aux conditions d’embauche et d’affectation; insatisfaction liée aux conditions de travail; difficultés à concilier vie personnelle et vie professionnelle; climat de l’école.

[Causes de l’épuisement professionnel chez les enseignants et conséquences pour les élèves]

Les pistes de solution

Les participants ont aussi émis des recommandations pour lutter contre le décrochage enseignant. Au premier rang de ces recommandations, on trouve le mentorat, perçu comme le moyen le plus efficace pour faciliter l’insertion professionnelle et pour contrer l’abandon de la profession par les enseignants. Viennent ensuite les recommandations suivantes : l’attribution de classes dites « régulières » aux nouveaux enseignants; la mise en place d’une charge et d’un horaire de travail adaptés afin de les aider à s’habituer progressivement aux conditions inhérentes à leur tâche; la mise en place de mesures de soutien pour eux; la création d’espaces où les enseignants d’expérience pourraient prendre le temps d’aider ces jeunes enseignants. Enfin, les participants ont aussi fait part de l’aide que peuvent apporter aux enseignants débutants les nouvelles technologies, en fonction de leurs besoins.

[Pourquoi les jeunes enseignants quittent-ils la profession ?]

 

[Pour consulter le rapport de recherche, www.frqsc.gouv.qc.ca/documents/11326/552404/PRS_KarsentiT_rapport_decrochage-nouveaux-enseignants.pdf/fb366eb3-f22e-4f08-8413-48b6775fc018]

Référence

Karsenti, T. P. (2015). Analyse des facteurs explicatifs et des pistes de solution au phénomène du décrochage chez les nouveaux enseignants, et de son impact sur la réussite scolaire des élèves (Rapport de recherche; no de projet 2012-RP-147333). Repéré à www.frqsc.gouv.qc.ca/documents/11326/552404/PRS_KarsentiT_rapport_decrochage-nouveaux-enseignants.pdf/fb366eb3-f22e-4f08-8413-48b6775fc018

Source de l’image : Flickr/cybrarian77

 

[1] Par le terme décrochage enseignant, on entend le départ volontaire et prématuré de la fonction enseignante.

 

Dernière modification : 24 novembre 2020.

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2 commentaires

  1. Par Jean Bourque le 31 juillet 2019 à 19:48

    Merci pour cet article concernant les jeunes enseignants qui ont décroché.

    D’un autre point de vue, on serait surpris de constater qu’il y a aussi plusieurs enseignant (jeunes et moins jeunes) qui ont déjà pensé à décrocher et qui ne l’ont pas fait. Pourquoi? Qu’est-ce qui les a incité à persévérer? J’aimerais bien lire leurs commentaires.

    Bonne fin d’été à toute l’équipe du CTREQ et merci pour votre excellent travail. Ne décrochez surtout pas.

    Jean Bourque orthopédagogue à la retraite ayant aussi pensé à décrocher dépendamment des années.

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  2. Réalisez-vous que vous surchargez encore la tâche des enseignants d’expérience en leur demandant de prendre en charge les nouveaux enseignants. Évidemment, aucune compensation de temps est prévue à ce effet. Les nouveaux enseignants décrochent et les plus anciens quittent en maladie. L’augmentation continuelle de la charge de travail et la détérioration des conditions de travail ne sont-elles pas la source première des problèmes de notre profession?

    Nous ne sommes plus à l’air de la vocation liée aux congrégations religieuses et à la dévotion des métiers traditionnellement féminins. Nous sommes des professionnels qui sommes tannés d’avoir à quémander du respect et un juste traitement de la part de l’employeur.

    De grâce arrêtez de nous mettre encore sur les épaules l’intégration des nouveaux enseignants. Les enseignants ne sont aucunement responsables de la dégradation de leurs conditions de travail et en subissent quotidiennement les désagréments.

    J’ai plus de 25 années d’expérience comme enseignante et j’ai 18 ans de scolarité. J’ai vécu les réformes, l’intégration des élèves en difficulté, la diminution de nombreux services, la dégradation des bâtiments et de la qualité de l’air au fil des ans et surtout le désintérêt complet et le pelletage des problèmes de la part de l’employeur.

    Mais le pire fut de côtoyer de nombreux collègues brisés, abîmés et harcelés même par les directions. Je comprends parfaitement dans un contexte où l’emploi est favorable, que les jeunes enseignants décident de se tourner vers des professions où ils se sentiront respectés et valorisés. Si lorsque j’avais commencé à enseigner les conditions avaient été similaires à celles d’aujourd’hui, j’aurais également quitté la profession. Ce qui maintient en poste mes collègues et moi actuellement ce n’est plus l’amour de la profession, car malheureusement cet amour ne peut plus être à sens unique et les années de trahison l’ont malheureusement mis à trop rude épreuve. C’est le plan de pension qui maintient encore en poste les irréductibles. Si ce plan disparaissait, comme plusieurs je quitterais également la profession.

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Le Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE) diffuse de l’information susceptible de répondre aux besoins des acteurs de la réussite éducative. Cette information est repérée grâce aux activités de veille du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ)