Temps d’écran et bien-être psychologique ne font pas la paire

Les liens directs de cause à effet entre le temps que passent quotidiennement les enfants devant un écran et leur développement ou leur bien-être psychologique constituent un problème bien réel du 21e siècle. Trop de temps passé à utiliser un téléphone intelligent, par exemple, ou à regarder la télévision aurait des effets néfastes sur la santé et le bien-être général des jeunes.

Pixbay/NadineDoerleL

L’étude menée en 2016 par Jean Twenge, de l’Université d’État de San Diego, et Keith Campbell, de l’Université de Géorgie, auprès de plus de 40 000 familles américaines, porte sur les liens entre le temps d’écran et différents aspects de la santé psychologique, dont le diagnostic des troubles de l’humeur chez les enfants âgés de 2 à 17 ans, le traitement des problèmes de santé mentale, la stabilité émotionnelle, les relations avec les soignants et l’autocontrôle.

Des recherches antérieures sur les liens entre le temps passé devant un écran et le bien-être psychologique des enfants et des adolescents étaient contradictoires[1], ce qui a amené certains chercheurs à s’interroger sur les limites de temps d’écran recommandées par les organisations médicales pour les jeunes.

Twenge et Campbell

[Traduction libre]

Pour mesurer le temps d’écran, tous supports confondus, Twenge et Campbell ont tenté, au cours de leur enquête[2], de répondre à ces deux questions :

  1. En moyenne, quotidiennement, combien de temps environ l’enfant passe-t-il devant un écran soit à regarder des émissions de télévision ou des vidéos, soit à jouer à des jeux vidéo?
  2. En moyenne, quotidiennement, combien de temps environ l’enfant passe-t-il avec des ordinateurs, des téléphones portables, des jeux vidéo ou d’autres appareils électroniques à faire autre chose que des devoirs?

De nombreux questionnaires et tests étaient aussi proposés afin de déterminer la santé physique et mentale des jeunes[3], leurs troubles relationnels et comportementaux. Le tableau suivant présente un résumé du nombre d’heures que passaient quotidiennement les enfants devant des écrans en 2016 aux États-Unis (ces chiffres sont donnés sur la base des résultats obtenus par Twenge et Campbell).

 

Tableau 1.       Nombre approximatif d’heures d’écran par jour et par groupe d’âge (États‑Unis, 2016)

2 à 5 6 à 10 11 à 13 14 à 17
Télévision et jeux vidéo 1,46 1,53 1,80 1,89
Appareils électroniques 0,82 1,25 2,00 2,70
Durée totale                (nombre d’heures passées devant l’écran) 2,28 2,78 3,80 4,59

 

L’équation s’avère, au final, simple : plus de temps d’écran = moins de bien-être psychologique. Cette équation et, surtout, ses répercussions sur la réussite scolaire et la vie sociale des jeunes sont alarmantes : le nombre d’heures que passent ces derniers rivés devant leur écran influence fortement le risque qu’ils souffrent de troubles relationnels ou dépressifs, ainsi que de troubles de l’attention et de la concentration. Voici ce que l’étude de Twenge et Campbell a révélé en ce qui concerne les enfants qui passent en moyenne plus de trois heures par jour devant un écran, ou plus de quatre heures et demie chez les 14-17 ans (principalement en raison de leur présence accrue sur les réseaux sociaux), et, de manière générale, au-delà d’une heure d’écran par jour :

  • Perte de contrôle de soi deux fois plus élevée chez les enfants en âge préscolaire, dont 46 % sont incapables de se calmer spontanément quand ils sont excités;
  • Curiosité moindre pour 9 % des jeunes de 11 à 13 ans qui passent une heure par jour devant l’écran, comparativement à 13,8 % qui passent quatre heures devant l’écran, et 22,6 % qui y passent plus de sept heures;
  • Incapacité à terminer des tâches pour 42,2 % des jeunes de 14 à 17 ans, contre 16,6 % après une heure d’écran par jour, et 27,7 % après quatre heures;
  • Enfants sujets à la distraction;
  • Difficultés accrues à se faire des amis;
  • Stabilité émotionnelle compromise.

De plus, l’étude a révélé que les adolescents âgés de 14 à 17 ans qui faisaient une utilisation intensive des écrans (supérieure à sept heures par jour), étaient deux fois plus nombreux à avoir reçu un diagnostic de dépression ou d’anxiété, à avoir consulté un professionnel de la santé ou pris des médicaments pour un problème psychologique dans les douze derniers mois. Enfin, l’étude a fait ressortir que le temps passé devant un écran crée souvent une source permanente de conflits sur le plan familial puisqu’il génère un nombre important de disputes entre les enfants et les parents.

 Les adolescents passent plus de temps au téléphone et sur les médias sociaux que les enfants, et nous savons, d’après d’autres recherches, que ces activités sont plus fortement liées à un faible bien-être psychologique que le fait, par exemple, de regarder la télévision ou des vidéos, qui constituerait une activité plus spécifique aux jeunes enfants.

Twenge et Campbell

[Traduction libre]

La dépendance aux jeux vidéo, une maladie mentale

La dépendance aux jeux vidéo chez les adolescents est maintenant reconnue comme une maladie mentale par l’Organisation mondiale de la santé. Ainsi, sachant que la majorité des troubles mentaux se développent à la fin de l’enfance et à l’adolescence, Twenge et Campbell confirment qu’il devient urgent de sonner l’alarme en ce qui concerne le temps passé devant les écrans, nouveau facteur de risque des troubles mentaux. Ils formulent ainsi des recommandations pour limiter l’exposition aux écrans et déterminer de meilleures pratiques qui permettent de gérer la dépendance à la technologie (ex. : pas plus d’une heure par jour pour les 2 à 5 ans, et moins de deux heures par jour pour les 6 à 17 ans).

La moitié des problèmes de santé mentale surviennent à l’adolescence. Il est donc absolument nécessaire d’identifier les facteurs de risque liés aux problèmes de santé mentale qui se prêtent à une intervention auprès de cette population, car la plupart des antécédents (ex. : prédisposition génétique, traumatisme, pauvreté) sont difficiles à modifier, voire impossibles. Comparée à ces antécédents de santé mentale impossibles à traiter ou à changer, la façon dont les enfants et les adolescents passent leur temps libre est plus susceptible de changer.

Twenge et Campbell

[Traduction libre]

Qu’est-ce que cela signifie pour les parents?

Ces résultats sont problématiques puisqu’une heure de temps passé devant un écran chaque jour n’est pas la norme dans les foyers d’aujourd’hui. À l’ère numérique, les parents doivent donc comprendre que le temps d’écran est un facteur susceptible d’affecter le bien-être de leur enfant et qu’ils ont un rôle à jouer dans cette gestion du temps. En agissant comme modèles, par exemple, ils peuvent sensibiliser leur enfant à l’importance d’adopter de saines habitudes de vie, de la même manière qu’ils l’éduquent à faire des choix responsables dans d’autres domaines de sa vie.

Voici quelques ressources supplémentaires qui présentent des recommandations ainsi que des stratégies de développement susceptibles d’aider les parents :

 

[Pour consulter l’étude de Twenge et Campbell : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2211335518301827]

 

Référence

Twenge, J. M. et Campbell, W. K. (2018). Associations between screen time and lower psychological well-being among children and adolescents: Evidence from a population-based study. Preventive Medicine Reports, 12, 271-283. Repéré à www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2211335518301827

 

Source de l’image : Pixbay/NadineDoerle

[1] Certaines recherches soutiennent l’idée selon laquelle le temps passé devant un écran est en corrélation avec un faible bien-être. D’autres n’ont démontré aucun effet négatif ni avantage.

[2] Enquête nationale sur la santé des enfants (National Survey of Children’s Health – NSCH)

[3] Les enfants atteints de troubles mentaux, notamment d’une déficience intellectuelle, d’un retard de développement ou d’autisme, ont été exclus de l’étude de Twenge et Campbell, car ces troubles, qui peuvent affecter la santé psychologique, auraient pu biaiser les résultats.

Dernière modification : 9 avril 2019.

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Un commentaire

  1. Par Ahmed Elyaagoubi le 9 avril 2019 à 7:12

    Vous développez lå un sujet d’importance capitale ā dimensions psycho-sociologique ,affective et ergonomique..Cet ėtat de fait doit nterpeller tous les Professionnels de l’éducation et de la formation pour éviter d’ėventuels risques au niveau de la santé des élèves.Il serait urgent de penser ā programmer un module parmi les séquences de la progression scolaire pour tous les niveaux ..

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