Les nombreux avantages de l’éducation artistique

Aux États-Unis, depuis une vingtaine d’années, les programmes artistiques ont particulièrement souffert d’un manque de reconnaissance et de moyens dans les écoles. En effet, les districts scolaires consacrent davantage de ressources et de moyens à la préparation des étudiants pour qu’ils réussissent les matières de base et les examens de fin d’études, indispensables à l’obtention du diplôme d’études secondaires. Pourtant, les arts jouent un rôle essentiel dans le développement des élèves. 

Pixabay/bodobe

Daniel H. Bowen, de l’Université A&M du Texas, et Brian Kisida, de l’Université du Missouri, se sont intéressés à cette question dans Investigating Causal Effects of Arts Education Experiences: Experimental Evidence from Houston’s Arts Access Initiative, une étude qu’ils ont menée en collaboration avec le Houston Education Research Consortium. Cette étude visait à évaluer comment l’enrichissement de l’offre d’expériences éducatives dans le domaine des arts, soit une offre soutenue par des investissements supplémentaires et un partenariat « école-communauté », avait des conséquences positives, d’une part, sur les résultats scolaires des élèves et, d’autre part, sur leur apprentissage émotionnel (développement social), et ce, de la maternelle à la fin de la cinquième secondaire.

Initiative pour l’accès aux arts

L’Initiative pour l’accès aux arts (Arts Access Initiative – AAI) est un programme qui vise à garantir un accès équitable aux arts pour chaque élève du Houston Independent School District (HISD). Des fonds, réservés aux écoles participantes et au développement de partenariats « école-communauté » entre les écoles du district scolaire, et le vaste éventail d’organismes artistiques et d’artistes indépendants de la ville de Houston permettent de mettre en œuvre ces dispositions.

Le plan initial de déploiement du programme avait prévu que 25 écoles seraient desservies au cours des deux premières années de sa mise en œuvre, avec l’espoir d’étendre progressivement le programme à d’autres écoles. Cette phase pilote de l’étude ne ciblait que des écoles volontaires soit qui offraient peu d’activités artistiques, soit qui n’en offraient pas du tout. Quatre-vingt-une écoles ont postulé pour participer à cette phase pilote du projet. En raison de cet engouement, cette phase du projet a été réalisée sous la forme d’un essai contrôlé randomisé en grappes. Quarante-deux écoles y participaient, dont la moitié dans un groupe expérimental et l’autre, dans un groupe témoin (groupe de contrôle). Cela représentait au total 10 548 élèves de la troisième à la huitième année. Cette étude constitue aujourd’hui l’une des plus grandes études de référence en matière d’éducation artistique jamais menées.

Dans le cadre de cette phase pilote, des partenariats entre écoles, organismes et institutions culturelles locales ainsi qu’artistes ont été mis sur pied. Les écoles devaient notamment s’engager :

  • à respecter la mission de l’AAI;
  • à participer à la planification stratégique des arts avec l’équipe de l’AAI;
  • à désigner un agent de liaison des arts pour coordonner et faciliter les communications;
  • à participer au perfectionnement professionnel du personnel scolaire ainsi qu’aux séances de mentorat des réseaux de pairs;
  • à fournir une contrepartie financière pour la participation à diverses activités artistiques ayant lieu en dehors des heures normales de classe.

Les écoles participantes disposaient d’un budget moyen de 14,67 $ par élève qui a servi à offrir en moyenne une dizaine d’activités artistiques, dont 54 % étaient principalement axées sur le théâtre (12 % sur la danse, 18 % sur la musique, 16 % sur les arts visuels). La proportion des activités réalisées par des artistes professionnels à l’école était de 31 % contre 27 % qui étaient des excursions éducatives.

[Les multiples bénéfices des arts chez les enfants]

Résultats du projet pilote

Les expériences d’apprentissage des arts profitent aux élèves sur le plan social, émotionnel et scolaire.

Daniel Bowen et Brian Kisida

[Traduction libre]

Les effets du programme sur les élèves ont été évalués par des questionnaires qui portaient sur :

  • leur engagement vis-à-vis de l’école (aiment-ils l’école et trouvent-ils intéressant de fréquenter l’école?);
  • leur volonté de poursuivre des études (déclarent-ils avoir l’intention d’aller au collège?);
  • leur empathie, facilitée ou développée par les arts (utilisent-ils des œuvres d’art pour essayer de mieux comprendre ce que la vie représente pour les autres?);
  • leur compassion envers les autres (souhaitent-ils le bien-être d’autrui ou s’en préoccupent-ils ?) et leur tolérance (sont-ils plus susceptibles, grâce aux arts, d’accepter et d’apprécier les différences d’opinions et de points de vue?);
  • leur désir de participer à la consommation culturelle (ont-ils davantage l’intention d’aller au musée, au théâtre, à des concerts de musique ou des spectacles de danse?);
  • leur disposition concernant la possibilité de transférer à d’autres disciplines l’apprentissage et les habiletés artistiques acquis (reconnaissent-ils une valeur aux arts en ce qui a trait à l’apport des activités artistiques dans l’apprentissage des autres matières, et vice versa?);
  • leur façon de percevoir les arts, la place qu’ils font aux arts, la valeur qu’ils donnent aux arts (sont-ils en mesure d’apprécier les arts et le travail des artistes?).

Les chercheurs ont ensuite analysé les réponses des élèves à la lumière des résultats scolaires de ces derniers, et leurs conclusions sont dans l’ensemble positives en ce qui a trait aux comportements des élèves ainsi qu’à leurs performances en écriture. En effet, ils ont entre autres observé une réduction des infractions disciplinaires (−3,6 %), une augmentation de la compassion (+0,08 d’un écart-type) et une amélioration des capacités en écriture (+0,13 d’un écart-type). De plus, les résultats ont montré que les programmes d’art dans les écoles avaient stimulé l’engagement scolaire, la persévérance et l’empathie.

Les élèves avaient l’impression de faire partie de cette histoire. Après le spectacle, ils ont été capables de dire pourquoi l’intimidation était inacceptable et pourquoi ils ne devaient pas y céder ou y recourir.

Shelea Bennett, enseignante à l’école élémentaire Codwell, après que ses élèves ont assisté à un spectacle de marionnettes qui véhiculait un message pour contrer l’intimidation

[Traduction libre]

[Arts plastiques et créativité : une question de genre?]

Bien que l’étude ait abouti à des résultats pour la plupart positifs, ces derniers se révèlent en grande partie non statistiquement significatifs et surtout tributaires du leadership des directions, qui avaient la volonté d’améliorer l’offre éducative artistique de leur école. L’étude a aussi ses limites en ce qui concerne les analyses tournées vers l’obtention de résultats à court terme. Car les effets positifs révélés par l’étude perdureront-ils, ou, au contraire, diminueront-ils avec le temps? Faut-il seulement parler d’un « stimulant ponctuel »? Il reste donc à examiner si des programmes particuliers d’éducation artistique seraient plus à même de produire les effets souhaités et d’examiner les résultats de l’évaluation et leurs effets à plus long terme.

Pour de nombreuses écoles, le défi consiste à trouver des moyens pour financer des activités artistiques, en raison des budgets serrés et des besoins croissants dans d’autres secteurs, notamment en technologies de l’éducation. De plus, les coupes budgétaires ne laissent souvent que peu de place pour des activités artistiques à l’école. Cette étude vient donc renforcer l’idée que sabrer les programmes d’arts à l’école pour économiser de l’argent s’avère une mauvaise décision éducative, car exposer les élèves aux arts peut constituer un très bon investissement pour renforcer à la fois les mesures scolaires (ex. : les résultats scolaires) et les objectifs à long terme (ex. : le taux de diplomation et la persévérance scolaire). Les chercheurs recommandent donc aux décideurs politiques et aux éducateurs de tenir compte de la valeur ajoutée des arts dans le cursus scolaire et de favoriser des investissements en vue d’en accroître l’offre.

[Quand la créativité et la musique dépassent le handicap]

 

[Pour consulter le rapport de Bowen et Kisida :

https://kinder.rice.edu/sites/g/files/bxs1676/f/downloads/Brief%20-%20Investigating%20Causal%20Effects%20of%20Arts%20Education%20Experiences.pdf]

 

Références

Bowen, D. H. et Kisida, B. (2019, février). Investigating Causal Effects of Arts Education Experiences: Experimental Evidence from Houston’s Arts Access Initiative. Research Brief, 7(3). Repéré à https://kinder.rice.edu/sites/g/files/bxs1676/f/downloads/Brief%20-%20Investigating%20Causal%20Effects%20of%20Arts%20Education%20Experiences.pdf

Barnum, M. (2019, 12 février). Extra arts education boosts students’ writing scores — and their compassion, big new study finds. Repéré à www.chalkbeat.org/posts/us/2019/02/12/study-arts-education-boosted-compassion-and-writing-scores/

Source de l’image : Pixabay/bodobe

Dernière modification : 3 avril 2019.

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