Leçons de pleine conscience à l’école : l’apport de la présence attentive en milieu scolaire

Selon l’Institut de la statistique du Québec[1], 17 % des élèves du secondaire présentent des troubles anxieux, soit une augmentation de 8 % depuis la dernière enquête menée en 2010-2011. Or, les situations de classe sont souvent génératrices de stress pour les élèves : prise de parole devant le groupe, peur de l’échec, anxiété de performance, conflit entre élèves, etc. Savoir comment réagir dans de telles situations, qui s’avèrent problématiques pour plusieurs, peut faire toute la différence. Une nouvelle étude s’ajoutant aux précédentes menées sur le sujet atteste que la présence attentive (mindfulness : pleine conscience)[2] en éducation aide les élèves à maintenir une attention soutenue et, par conséquent, à améliorer leur maîtrise de soi.

Pixabay/EME

 

[La pleine conscience pour prévenir l’anxiété à l’école]

 

Grâce à un partenariat entre le Center for Education Policy Research de l’Université Harvard (CEPR), le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et TransformEd, des chercheurs du Boston Charter Research Collaborative ont étudié des interventions basées sur la présence attentive en milieu scolaire et leurs effets sur les résultats scolaires et les habiletés socio-émotionnelles. Pour ce faire, un programme de huit semaines a été élaboré et suivi par des élèves de sixième année de plusieurs écoles de la région de Boston. Quatre fois par semaine, à la fin de leur journée scolaire, ces élèves prenaient part à une séance de 45 minutes soit d’exercices sur la présence attentive, soit d’activités de codage. En effet, des instructeurs d’une organisation à but non lucratif spécialisée en pratiques basées sur la présence attentive enseignaient les techniques à un groupe d’élèves (le groupe expérimental), pendant que les élèves du groupe témoin participaient à des activités de codage informatique avec le logiciel éducatif Scratch. Les élèves du groupe expérimental étaient encouragés à répéter à la maison les techniques acquises lors des séances.

La maîtrise de soi fait référence aux habiletés impliquées dans la planification, le contrôle, la direction et le maintien de l’attention, des émotions et du comportement. Ces aptitudes sont liées positivement aux compétences en lecture, en mathématiques et en langues, […] ainsi qu’à la capacité de traiter les situations sociales avec plus de précision. Par conséquent, les programmes scolaires qui favorisent la maîtrise de soi peuvent être particulièrement bénéfiques pour améliorer le rendement scolaire et l’intelligence sociale.

Bauer et al., 2018

[Traduction libre]

[Anxiété et pleine conscience : la pratique en classe]

Résultats positifs

À la fin des huit semaines du programme, les élèves du groupe expérimental ont déclaré qu’ils se sentaient moins stressés et plus aptes à accepter et à réguler leurs propres émotions. Les exercices de présence attentive les ont aussi aidés à renforcer leur capacité de se concentrer sur le moment présent, augmentant ainsi leurs capacités d’apprentissage.

Les chercheurs ont aussi effectué des tests d’imagerie cérébrale avant et pendant l’étude avec la moitié des élèves (groupe expérimental et témoin) pour évaluer comment réagissait leur amygdale – partie du cerveau qui joue un rôle dans le contrôle, la régulation des émotions – quand elle était soumise à des stimuli négatifs comme des images de visages effrayés. Là aussi, les élèves qui avaient reçu l’enseignement de la présence attentive démontraient une meilleure maîtrise de soi que ceux qui avaient participé aux cours de codage.

Les résultats de l’étude ont révélé que l’enseignement de la présence attentive suivi par les élèves a permis à ces derniers de renforcer leur capacité d’attention, ainsi que de développer des mécanismes d’adaptation au stress. Les chercheurs soutiennent que « ces résultats peuvent être particulièrement utiles pour orienter les efforts qui visent à soutenir les élèves en difficulté, par exemple ceux qui se trouvent en situation de grande pauvreté ou de stress chronique, ou qui souffrent de traumatismes, ce type de difficultés déclenchant une réaction de stress dans le corps » [traduction libre]. Par ailleurs, la recherche montre que les enseignants peuvent eux aussi tirer profit de la pratique et des techniques liées à la présence attentive, puisqu’elles leur permettent d’améliorer leur propre bien-être émotionnel, de mieux comprendre le point de vue des élèves et ainsi d’être plus efficaces dans leurs interventions.

[La pleine attention (méditation) et l’apprentissage]

Limites de l’expérimentation

Même si cette étude prouve que l’enseignement de la présence attentive à l’école a des effets positifs sur la réussite scolaire des élèves, les chercheurs ont constaté que les interventions en classe n’ont pas amélioré les résultats de ces élèves en ce qui concerne les questions de l’échelle de sensibilisation de l’attention consciente (« Mindful Attention Awareness Scale[3] » [MAAS]). Or, il y aurait plusieurs explications possibles à cela, comme l’indiquent les chercheurs. D’une part, « les changements fondamentaux dans le cerveau des élèves qui ont participé à l’étude peuvent ne pas s’être traduits par l’apparition d’une plus grande conscience de soi ou, du moins, d’une conscience de soi suffisante quand ils ont répondu aux questions du MAAS à la fin de l’année scolaire » [traduction libre]. D’autre part, il aurait peut-être fallu que les élèves, une fois écoulées les huit semaines du programme, « continuent d’utiliser les stratégies de présence attentive apprises afin d’en maintenir les gains » [traduction libre].

Outils pour intégrer la présence attentive à l’école

Dans leur rapport, les chercheurs ont formulé plusieurs recommandations. S’y trouvent aussi de nombreuses ressources (ex. : articles, boîtes à outils) pour le personnel enseignant et les directions d’école afin de favoriser l’implantation de cours de présence attentive dans leur école. Comme les techniques relatives à ce type d’enseignement sont associées à une amélioration des habiletés sociales comme l’empathie ou encore l’acceptation des différences, en faire un objectif commun à l’ensemble des membres de l’école peut influer positivement sur la culture de celle-ci. Ainsi, les chercheurs soulignent l’importance d’accorder du temps et des espaces aux enseignants comme aux élèves pour s’approprier ces techniques et en apprendre davantage sur la théorie. Il est essentiel que les enseignants, par exemple, saisissent clairement les buts d’une telle pratique pour bien encadrer ce type d’exercices et pour que tous puissent en retirer des avantages.

Les avantages liés aux interventions à court terme fondées sur la présence attentive présentés dans cette étude devraient inciter d’autres chercheurs à vouloir vérifier si des interventions à plus long terme ou un entraînement plus constant peuvent produire des améliorations durables sur les résultats scolaires et comportementaux des élèves. Cela dit, les résultats prometteurs de l’étude réalisée par Gutierrez, Krachman, Scherer et Gabrieli laissent déjà à penser que les élèves tirent sans aucun doute profit de telles activités dans le cadre scolaire.

 

[Pour consulter l’étude : www.transformingeducation.org/wp-content/uploads/2019/01/2019-BCRC-Mindfulness-Brief.pdf]

 

Références

Gutierrez, A. S., Krachman, S. B., Scherer, E., West, M. R. et Gabrieli, J. D. E. (2019, janvier). Mindfulness in the Classroom: Learning from a School-based Mindfulness Intervention through the Boston Charter Research Collaborative. Repéré à www.transformingeducation.org/wp-content/uploads/2019/01/2019-BCRC-Mindfulness-Brief.pdf

Institut de la statistique du Québec. (2018, 5 décembre). Comment les jeunes du secondaire se portent-ils au Québec? Repéré à www.stat.gouv.qc.ca/salle-presse/communique/communique-presse-2018/decembre/dec1805.html

Malboeuf-Hurtubise, C. (s.d.). Étude évaluant les effets d’une intervention basée sur la présence attentive sur la santé mentale, le bien-être et la satisfaction des besoins psychologiques de base chez des élèves du primaire et du secondaire (Projet de recherche, Concours 2017-2018). Gatineau, Québec : Université du Québec en Outaouais. Repéré à www.frqsc.gouv.qc.ca/partenariat/nos-projets-de-recherche/projet?id=k4hqqst31513280726067

Programme de réduction du stress basée sur la présence attentive / Mindfulness-Based Stress Reduction program (MBSR). (s.d.). Repéré dans le site Web du Groupe de recherche Groupe de recherche et d’intervention sur la présence Attentive (GRIPA) à https://gripa.uqam.ca/?page_id=2280

TransformEd. (2019). Mindfulness Toolkit (Boîte à outils de pleine conscience). Repérée à www.transformingeducation.org/mindfulness-toolkit/

Taylor, G. et Malbœuf-Hurtibuse, C. (2016, janvier). Pratiques basées sur la présence attentive pour promouvoir le mieux-être psychologique des adolescents. Repéré à www.ordrepsy.qc.ca/-/pratiques-basees-sur-la-presence-attentive-pour-promouvoir-le-mieux-etre-psychologique-des-adolescents

Université du Québec à Montréal (UQAM). (s.d.). Programme de 2e cycle sur la présence attentive. Repéré dans le site Web de l’UQAM à https://ppa.uqam.ca/

Warren Brown, K. et Ryan, R. M. (s.d.). Day-to-Day Experiences (Échelle de sensibilisation de l’attention consciente;  « Mindful Attention Awareness Scale » [MAAS]). Repéré à https://ppc.sas.upenn.edu/sites/default/files/mindfulnessscale.pdf

 

Source de l’image : Pixabay/Eme

 

[1] Institut de la statistique du Québec (ISQ). (2018, 5 décembre). Comment les jeunes du secondaire se portent-ils au Québec? Repéré à www.stat.gouv.qc.ca/salle-presse/communique/communique-presse-2018/decembre/dec1805.html

[2] À propos de ce terme, les psychologues Geneviève Taylor et Catherine Malbœuf-Hurtubise écrivent ceci : « On privilégie le terme “présence attentive” en tant que traduction de mindfulness, bien que le terme “pleine conscience” soit souvent utilisé dans les écrits. Comme l’ont mentionné plusieurs auteurs (p. ex. Berghmans, 2010), le terme “présence attentive” saisit mieux l’essence du concept de mindfulness, qui représente avant tout une qualité de l’attention, plutôt qu’une qualité de la conscience. Cette terminologie est de plus en plus utilisée dans les programmes d’intervention qui sont actuellement élaborés au Québec. »

[3] L’échelle de sensibilisation de l’attention consciente (Mindful Attention Awareness Scale [MAAS]) permet de mesurer la présence attentive en tant que telle. Cette échelle se focalise donc sur la capacité des participants à maintenir un certain niveau de vigilance dans le temps, et ce, dans des situations diverses. Cette échelle permet de différencier les « méditants » des « non-méditants », ainsi que de prédire, avec plus ou moins de précision, l’impact positif de la présence attentive pour chacun d’entre eux.

Dernière modification : 19 mars 2019.

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3 commentaires

  1. Il est très intéressant de constater que la recherche valide la pratique de formations dans lesquelles la présence attentive est outil et objectif à la fois ( montessori frein … remédiation du PEI …)
    Le tout abstraction (ou tout conceptuel) des systèmes d’enseignement industrialisés où l’on demande précisément à l’enfant de réduire sa perception à ce qui est (considéré comme) essentiel … est générateur du stress évoqué dans l’article et réduit le développement de la personne.
    La pleine conscience participe d’un enseignement BIO.

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  2. Par Marie-Jo Bousquet le 22 avril 2019 à 10:31

    Bonjour,
    Professeur des écoles dans un petit village du sud ouest de la France, j’effectue, en parallèlement à mon travail d’enseignante un master Conception de Dispositifs d’Aide éducative. Dans le cadre de ce master, je réalise un mémoire sur la méditation de Pleine Conscience à ‘école. Votre article m’intéresse donc au plus haut point. Il amène des éléments de validation de la pratique de la MPC très intéressants. A ce propos,pourriez vous me dire si la recherche menée par le CEPR, le MIT et Transforming Education a fait l’objet d’une publication sous forme d’article scientifique et si oui, où puis-je la trouver ?
    D’autre part l’aticle  » Bauer, C.C.C., Caballero, C., Scherer, E., West, M.R., Mrazek, M.D., Phillips, D., Whitfield-Gabrieli,S., & Gabrieli, J.D.E. (2018). Mindfulness meditation reduces amygdala reactivity to fearful faces and self-reported stress in middle school children » est cité dans les sources comme étant « manuscrit soumis à publication ». Savez-vous s’il a maintenant été publié et si oui est-il accessible ?
    Je vous remercie sincèrement de votre attention.
    Bien à vous
    Marie-Jo Bousquet

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  3. Par Nathalie Couzon le 5 mai 2019 à 22:41

    Pour l’article, voici la seule référence trouvée pour le moment : https://ww5.aievolution.com/hbm1801/index.cfm?do=abs.viewAbs&abs=2882

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